Dans « A pied d’oeuvre » sorti le 4 février, la réalisatrice française Valérie Donzelli adapte au cinéma l’histoire vraie d’un photographe à succès, Franck Courtès joué par Bastien Bouillon, qui abandonne tout pour se consacrer à l’écriture, et découvre la pauvreté.
En 2023, l’écrivain et photographe Franck Courtès fait paraître chez Gallimard son récit autobiographique intitulé « A pied d’oeuvre ». Il y décrit sa précarisation grandissante au fil des petits boulots qu’il accepte afin de financer sa liberté artistique et de préserver ses moments d’écriture. Jusqu’à devenir invisible aux yeux de la société.
Touchée par ce récit, la réalisatrice française Valérie Donzelli (« La reine des pommes », « La guerre est déclarée », « Notre-Dame ») en a tout de suite imaginé un film. « Le récit de Franck et sa façon de raconter la création, la difficulté d’écrire, l’isolement, la solitude et en même temps cette ubérisation du monde, m’ont frappée en plein cœur. J’ai trouvé le texte magnifique et j’avais envie qu’on l’entende. Toutes ces choses m’ont paru évidentes et m’ont parlé pour faire le film », explique la réalisatrice dans l’émission Vertigo du 30 janvier.
Achever un texte ne veut pas dire être publié, être publié ne veut pas dire être lu, être lu ne veut pas dire être aimé, être aimé ne veut pas dire avoir du succès, avoir du succès n’augure aucune fortune.
Franck Courtès, auteur d' »A pied d’oeuvre »
Le scénario du long métrage, co-écrit avec l’écrivain et éditeur français Gilles Marchand, a obtenu le Prix du meilleur scénario lors de la dernière Mostra de Venise.
>> A écouter, l’interview de Valérie Donzelli : L’invitée: Valérie Donzelli, « A pied dʹœuvre » / Vertigo / 25 min. / vendredi à 17:06 Pas d’argent pour écrire
Le film débute lorsque Paul Marquet (Bastien Bouillon), le double de cinéma de Franck Courtès, fait le choix d’arrêter la photographie pour écrire, sachant qu’il a déjà été publié.
« Ce n’est pas quelqu’un qui est dénué de talent, c’est quelqu’un à qui on a fait confiance et à qui on a dit: ‘Vas-y, tu ne te trompes pas’. Sauf qu’il en est à son quatrième livre et que quand il rencontre son éditrice, elle lui demande de retravailler le texte. […] Comme il n’a plus d’économies, il réalise qu’il est devenu complètement précaire et qu’il doit trouver un travail qui ne lui prend pas trop de temps pour pouvoir continuer à améliorer son roman. Et c’est ainsi qu’il se retrouve sur les plateformes [ndlr: des sites de services à domicile] », indique Valérie Donzelli.
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Des salaires misérables
Particularité de ces sites de services, qui recherchent des candidats pour monter une armoire ou déboucher des toilettes: celui qui propose d’être le moins bien payé remporte le job. Sans surprise, les salaires y sont misérables. Pour pouvoir survivre, Paul devient donc homme à tout faire.
« Les écrivains ne sont pas payés pour écrire et très peu vivent de leur métier. Le film raconte comment écrire n’est pas considéré comme un travail, à partir du moment où il ne rapporte pas d’argent. Et c’est cela qui est violent: le travail artistique n’est considéré que quand il a une valeur financière », souligne la réalisatrice.
Le film fait entendre en voix off le texte soutenu de Franck Courtès, un procédé que Valérie Donzelli affectionne particulièrement. Pour « A pied d’oeuvre », ses influences étaient doubles: « J’avais dans ma tête cette idée de faire un film qui se situe entre ‘Le roman d’un tricheur’ de Sacha Guitry, dans lequel il raconte un film de bout en bout, et ‘Sans toit ni loi’ d’Agnès Varda, pour cette espèce de glissement vers un anéantissement, une descente sociale », conclut la réalisatrice.
Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert
Adaptation web: Melissa Härtel
« A pied d’oeuvre » de Valérie Donzelli, avec Bastien Bouillon, Virginie Ledoyen, Marie Rivère, André Marcon, Adrien Barazzone. A voir dans les salles romandes depuis le 4 février 2026.