Publié le 04/02/2026 23:46

Mis à jour le 04/02/2026 23:46

Temps de lecture : 4min – vidéo : 3min

Après quatre ans de guerre et après avoir perdu des dizaines de milliers de soldats sur le front, l’armée ukrainienne doit renforcer ses rangs, car elle manque de troupes. Pour cela, le gouvernement a décidé de recruter dans les prisons. Près de 11 000 détenus ont déjà été envoyés sur le front, principalement des hommes condamnés pour vol. Mais tous n’acceptent pas l’offre, car ils doivent se battre jusqu’à la fin de la guerre

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

Dans la cour d’une prison de la région de Jytomir, en Ukraine, les militaires sont venus pour recruter. « Ceux qui ne sont pas prêts à aller se battre, vous retournez directement dans votre cellule », leur ordonne-t-on. Si les prisonniers s’engagent jusqu’à la fin de la guerre, ils seront graciés. « Les volontaires pour rejoindre la brigade d’assaut, sortez des rangs ! » Moins d’une dizaine de détenus se dirigent vers les recruteurs.

« Vous savez que notre brigade combat dans les endroits les plus chauds », les prévient-on. Au premier rang, un jeune homme de 22 ans est intéressé. Il a été condamné pour homicide volontaire, une bagarre qui, selon lui, a mal tourné. « J’ai tué quelqu’un parce que ma vie était menacée. Et j’ai pris huit ans », affirme-t-il. « C’est énorme. Je préfère quitter la prison pour aller me battre chez moi dans le Donbass et défendre ainsi mon pays », assure-t-il. Il est reçu en entretien par les femmes chargées du recrutement. « Est-ce que tu as déjà purgé un quart de ta peine ? », l’interroge l’une d’elles. « Non », répond le jeune homme. « Dans ce cas, on ne peut pas te prendre pour le moment. »

Sergueï est un ancien militaire. Il a été accusé d’avoir falsifié des documents, une suspicion de désertion et une peine de cinq ans de détention. À 27 ans, il veut se racheter une conduite. Lui, convient. « Il est en bonne condition physique. Il pourra assumer toutes les tâches », juge la recruteuse. Sergueï se dit satisfait : « D’autant plus que j’ai parlé avec plusieurs brigades qui m’ont accepté aussi. Mais la 425ème, c’est un très bon groupe d’assaut », assure-t-il. Dans la salle, plusieurs détenus très jeunes semblent un peu perdus. « Moi, je suis venu pour écouter. J’ai 21 ans, mais je ne vais pas m’engager. Je ne suis pas prêt à mourir », confie l’un d’eux.

Les nouvelles recrues partiront rapidement dans le Donbass, à l’arrière de la ligne de front mais à la portée des drones russes. Comme formation militaire dans la région de Kramatorsk (Donbass), un groupe suit un exercice très proche du réel dans les tranchées. Deux équipes se font face pour des combats au corps à corps. Quelques secondes pour prendre la bonne décision, se protéger, évacuer un camarade blessé, avant de retourner au combat.

Andreï est multirécidiviste. Il a déjà passé 15 ans en prison pour vol avec violences aggravées. Grâce à cet engagement, il est sorti sept ans avant la fin de sa condamnation. « Je suis sur le terrain. C’est fini la cellule. J’ai perdu tellement de temps. Évidemment que je pense à la liberté après la fin de la guerre, mais je pense aussi à la victoire. », confie-t-il.

Et pour que cela fonctionne, il faut mettre au pas ces nouvelles recrues. « Oubliez l’alcool, la drogue. Il faut tout recommencer à zéro. Vous êtes devenus des soldats comme les autres, même si vous étiez prisonniers », les prévient-on. Une partie du bataillon d’Alcatraz a déjà été envoyée sur le front pour des missions extrêmement périlleuses.

Même ces prisonniers désormais soldats aguerris continuent à s’entraîner avant de repartir très rapidement sur le front à quelques dizaines de kilomètres. Quant aux dernières recrues, d’ici trois semaines, ils pourront se retrouver dans une tranchée.