Le dernier traité de désarmement nucléaire liant les Etats-Unis et la Russie a expiré jeudi, marquant un tournant majeur dans l’histoire du contrôle des armements depuis la guerre froide. Cette absence d’accord fait craindre une prolifération nucléaire.

« L’expiration du traité New Start, à partir de minuit aujourd’hui [01h00 en Suisse], marque un moment grave pour la paix et la sécurité internationales », a déclaré le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Il a exhorté les Etats-Unis et la Russie à « s’entendre » rapidement sur un nouveau cadre.

« Cette dissolution de décennies d’acquis ne pourrait survenir à un pire moment. Le risque d’utilisation d’une arme nucléaire est à son plus haut niveau depuis des décennies », a-t-il mis en garde dans un communiqué.

Contenu externe

Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Réseaux sociaux.

Accepter Plus d’info

Le traité New Start est le dernier accord de maîtrise des armements liant Washington et Moscou. Signé en 2010, il limitait chaque partie à 800 lanceurs et bombardiers lourds et 1550 ogives nucléaires stratégiques offensives déployées, avec un mécanisme de vérification.

Son expiration marque la transition vers un ordre nucléaire moins encadré, d’autant plus que les inspections ont été suspendues en 2023 à cause de l’offensive russe à grande échelle lancée en Ukraine en février 2022.

>> Voir l’émission Forum de mercredi : Le traité sur le nucléaire New Start arrive à expiration: interview de Marc Finaud Le traité sur le nucléaire New Start arrive à expiration: interview de Marc Finaud / Forum / 3 min. / hier à 18:00 Washington temporise

En septembre 2025, le président russe Vladimir Poutine avait proposé à Washington de prolonger d’un an les termes du traité, une proposition qualifiée alors de « bonne idée » par son homologue américain Donald Trump, mais à laquelle les Etats-Unis n’ont pas donné suite.

>> A lire : Vladimir Poutine propose de prolonger d’un an le traité de désarmement nucléaire New Start

Dès mercredi, la Russie a déclaré n’être « plus liée » par ce traité. « Nous partons du principe que les parties au traité New Start ne sont plus tenues par aucune obligation ni déclaration réciproque dans le cadre du traité », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Cependant, lors d’une conversation mercredi avec son homologue chinois Xi Jinping, Vladimir Poutine « a souligné que dans cette situation, nous agirons de manière réfléchie et responsable », a rapporté le conseiller diplomatique du président russe, Iouri Ouchakov. « Nous restons ouverts à la recherche de voies pour négocier et assurer la stabilité stratégique », a-t-il assuré.

>> A lire : Xi Jinping s’entretient avec Vladimir Poutine, puis avec Donald Trump

Vladimir Poutine et Xi Jinping se sont entretenus mercredi lors d'un appel vidéo. [KEYSTONE - VYACHESLAV PROKOFYEV] Vladimir Poutine et Xi Jinping se sont entretenus mercredi lors d’un appel vidéo. [KEYSTONE – VYACHESLAV PROKOFYEV]

A Washington, les responsables américains temporisent sur leurs intentions. Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, s’est contenté d’expliquer mercredi que Donald Trump s’exprimerait « plus tard » à ce sujet, sans préciser quand, et a rappelé la position américaine qui vise à inclure la Chine dans toute discussion.

L’Europe pointe Moscou

Les capitales européennes ont lancé des appels à trouver une solution, tout en faisant porter la responsabilité de l’échec sur Moscou. La France, seule puissance nucléaire de l’UE, a appelé les grandes puissances nucléaires – Etats-Unis, Russie, mais aussi Chine – à œuvrer pour un système international de maîtrise des armements.

Avec la fin de New Start, « c’est la disparition demain de toute limite sur les plus grands arsenaux nucléaires du monde pour la première fois depuis la guerre froide. C’est l’aboutissement d’une série de reculs des normes internationales concourant à la stabilité stratégique », selon le ministère français des Affaires étrangères, qui désigne « la Russie » comme « responsable de ces reculs ».

La coalition d’ONG ICAN (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires) a, elle, renvoyé dos à dos Russes et Américains en les exhortant à s’engager publiquement à respecter les limites du traité New Start « pendant la négociation d’un nouveau cadre ».

afp/jtr