Notre-Dame-du-Taur retrouve de sa superbe. Cet édifice emblématique de la ville de Toulouse (Haute-Garonne) qui date du 14ème siècle, avait trop souffert des affres du temps. Après deux ans de restauration complète l’église se révèle à nouveau dans sa beauté originelle, en ce début d’année 2026.
La Quotidienne Société
De la vie quotidienne aux grands enjeux, recevez tous les jours les sujets qui font la société locale, comme la justice, l’éducation, la santé et la famille.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter « La Quotidienne Société ». Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité
Rue du Taur, on ne la voit pas tout de suite. Il faut prendre du recul, depuis la rue des Pénitents-gris, pour la remarquer. Là, enlacée par les maisons voisines, l’église de style gothique méridional se révèle, supportant un étonnant clocher-mur, monumental. À l’intérieur, on est saisi par la lumière naturelle qui perce à travers les magnifiques vitraux restaurés.
Tout autour du chœur, les chapelles sont ornées de fresques colorées du peintre toulousain Bernard Bénézet. Notre-Dame du Taur nous fait face, son nom est lié à la fresque murale qui évoque le martyr de Saint-Sernin, traîné dans la ville attaché à un taureau en 250 après J.C. C’est un véritable travail de sauvegarde du patrimoine qui a été réalisé, offrant des découvertes singulières.

12 rue du Taur, façade de l’église Notre-Dame-du-Taur, 14 -ème siècle.
•
© Corinne Carrière
Pascale Gourney, chargée du patrimoine à la ville de Toulouse, nous explique : « C’est une église très ancienne où on a pu retrouver la fresque la plus ancienne du XIVe siècle, la généalogie de Jacob, que vous avez ici, sur ce pan de mur. »

Détail de la fresque du 14me siècle , » la généalogie de Jacob », 6 mètres de large
•
© Corinne Carrière
Elle était devenue sombre, noircie par les affres du temps. Notre-Dame du Taur se réveille éclatante après deux années de restauration complète. Église emblématique de la ville de Toulouse de style gothique méridional, elle a été édifiée au 14ème siècle. Le chœur et les chapelles ont été ajoutées au 15ème et 16 -ème siècle et c’est au 19ème siècle qu’elle bénéficiera d’une grande restauration dirigée par Viollet-le-Duc. L’architecte commandera la réalisation de peintures murales signées par l’artiste Bernard Bénezet et de vitraux sortis des ateliers de Victor Gesta. Depuis, elle n’avait jamais été restaurée et souffrait de multiples blessures. Aujourd’hui, après deux ans de travaux de restauration financés par la ville à hauteur de 5,7 millions d’euros et subventionnés à 33% par la DRAC, Notre-Dame-du-Taur rouvrira ses portes au public le 25 mars prochain. La fin des travaux est prévue au printemps 2026.
Pascale Gourney explique les raisons de cette restauration : « On avait des remontées d’humidité très importantes, on avait des infiltrations par la toiture et de ce fait-là, c’est une église qui était très noire, très noircie par toutes ces impuretés. On a nettoyé toute cette église, on a nettoyé les peintures et on était vraiment en admiration parce que chaque fois qu’on nettoyait les peintures, on les redécouvrait.

La restauration de Notre-Dame-du-Taur touche à sa fin après deux ans de restauration.
•
© Lucas Zanatta
L’histoire de Notre-Dame-du-Taur est racontée à travers une fresque dorée placée au-dessus de l’autel, signée Bernard Bénézet. La scène raconte le martyr de Saint-Sernin. Premier évêque de la ville, Saturnin ou Sernin est martyrisé par les Romains. Il est attaché à un taureau qui le traine dans la ville entière ; il traverse notamment la voie romaine, l’actuelle rue du Taur. L’église aurait été édifiée à l’endroit où le corps du martyr se serait détaché du taureau. Le Père Bogdan Veylyanyk, également recteur de l’église Saint-Sernin à Toulouse, précise : « Là-haut, vous voyez Saint-Saturnin, déjà martyr, arrivant devant la Vierge Marie, et vous avez à peu près toute la panoplie des personnalités toulousaines qui sont représentées comme accueillant le martyr de Saint-Saturnin ».

Notre-Dame-du-Taur
•
© Lucas Zanatta
Père Bogdan Veylyanyk a également participé à la restauration de l’église et se dit émue de pouvoir rouvrir au public cette église emblématique: « On avait presque une larme parce qu’il y avait quelque chose de semblable à l’histoire de Notre-Dame de Paris quand il y avait la première ouverture ici, après quatre ans de fermeture(…), les personnes qui ont travaillé sur le chantier, les artisans, les ébénistes, les électriciens, les restauratrices des pinceaux, elles étaient là et donc elles ont livré aux paroissiens ce qu’ils ont fait. C’étaient des applaudissements et les gens étaient émus de part et d’autre d’avoir cette possibilité de voir les personnes qui ont vraiment travaillé à la restauration. »
Au 15ème siècle, une sculpture de la Vierge à l’Enfant en bois polychromé et doré fut placée à proximité des anciens remparts de Toulouse pour protéger la ville. Elle sera placée en sécurité au sein de l’église du Taur, en 1783 lors de la destruction des anciens remparts de la ville.
Pascale Gourney, chargée du patrimoine à la ville de Toulouse, raconte cette découverte : « On a retrouvé la Vierge du Rempart puisqu’en 1960, ils avaient muré. Donc on a retrouvé la chapelle d’Axiale avec cette Vierge du Rempart et tous les monogrammes de la Vierge, toute la symbolique (…). Et là aussi, pour nous, il faut se rendre compte, c’est un peu magique quand on fait les travaux et qu’on redécouvre ces choses-là, c’est assez splendide. Et donc on a remis ces choses-là tout à fait en valeur ».

Eglise Notre-Dame-du-Taur, restauration de la vierge du rempart.
•
© Corinne Carrière
Murée en 1960 lors d’une précédente campagne de restauration, la chapelle d’axe a été rouverte dans le cadre de ce nouveau chantier de restauration. Avec la mise en lumière des peintures murales et lambris. Une façon de redécouvrir la richesse et la symbolique des décors qui la composent.
Le grand orgue est l’un des plus remarquables témoins de la facture d’Eugène Puget, classé monument historique pour sa partie instrumentale en 1987. Eugène Puget est donc l’auteur de cette construction d’orgue réalisée en 1878. La structure très particulière en trois parties est conçue pour laisser visibles les vitraux. C’est la première fois qu’il est restauré et c’est Jean Daldosso, facteur d’orgue, qui en a eu la charge. Il a été restauré en atelier et, aujourd’hui, les artisans travaillent sur la reconstruction du buffet. Les travaux devraient prendre fin en mars prochain, le temps de remettre en place et d’harmoniser les 2541 tuyaux.
« Il y a quand même beaucoup de choses qui avaient besoin d’un travail sérieux, parce qu’il y a énormément de problèmes dans un orgue quand il vieillit, qui se posent au niveau de l’étanchéité, par exemple de l’air. Il y a beaucoup de choses qui sont faites en cuir. Le cuir a une durée de vie entre 100 à 150 ans. Le cuir avec lequel on fait les soufflets, avec lequel on fait toute l’étanchéité. Donc là, tout ça, c’était au bout du rouleau, donc ça suppose de démonter entièrement l’orgue pour aller partout. C’est l’infrastructure surtout qui était abîmée. »

Le grand orgue de tribune en cours de restauration, église Notre-Dame-du-Taur.
•
© Corinne Carrière
Toute la partie mécanique, la soufflerie, les transmissions mécaniques ont fait l’objet de longs travaux de restauration dus à la complexité de l’œuvre.
« Quand on le regarde visuellement, déjà, on voit la forme divisée en trois parties qui encadrent les vitraux. Donc la console où se trouve l’organiste est au centre. Ensuite, il faut distribuer tout le mouvement, toute la mécanique dans les trois parties, ce qui est déjà assez complexe à ce niveau-là. Il y a des transmissions très complexes en fait », raconte le facteur d’orgue qui travaille depuis trois ans à la restauration de cet ouvrage.
Les chapelles resplendissent à nouveau, étincelantes d’or, d’ocre, de rouge et de bleu, mais il faut savoir également poser son regard sur d’autres trésors. Les qualités des ferronneries d’art, par exemple, ou la restauration des lambris sont des œuvres d’art tout aussi remarquables.

Restauration de la voûte de la sacristie, Notre-Dame-du-Taur, Toulouse
•
© Corinne Carrière
En temps normal, la sacristie n’est pas accessible, mais à l’occasion de cette visite, le Père Bogdan Veylyanyk nous a invités à y entrer, pour y découvrir un travail admirable de restauration au niveau des voutes et des plafonds. Privilège !