«Les malades cherchent des leviers sur lesquels ils peuvent agir, et l’alimentation en fait partie, mais il faut rester prudent », pointe Emilie Groyer, docteure en biologie et rédactrice en chef du site web du magazine de l’association Rose Up, qui accompagne des femmes atteintes de cancers. Un régime strict risque « d’affaiblir » les malades : s’ils sont dénutris, « les patients supportent moins bien les traitements, doivent réduire les doses, et ça joue sur leur pronostic », expose-t-elle, évoquant une adhérente qui jeûnait et, trop fatiguée, a dû suspendre ses soins.

Espérant contrer des effets indésirables dus aux traitements ou améliorer leur bien-être, nombre de personnes touchées par un cancer recourent aussi à des compléments alimentaires, souvent sans avis médical, selon plusieurs oncologues. Or ces compléments peuvent notamment perturber l’élimination par le corps de certains traitements.

«Les victimes ne sont pas coupables, mais victimes de professionnels de l’escroquerie».

«À Gustave-Roussy, on a plusieurs personnes tous les ans qui font des insuffisances rénales ou des hépatites à cause d’une interaction entre un complément alimentaire et un médicament anticancéreux », raconte le Dr Di Palma, insistant sur la nécessité d’un climat de confiance avec le patient.

Plus vulnérables, les personnes atteintes de cancer sont aussi « les cibles privilégiées d’individus mal intentionnés ou de mouvements plus structurés », alerte Hugues Gascan, président du Groupe d’étude du phénomène sectaire (GéPS). Il invite à ne pas « dissocier dérive thérapeutique et dérive sectaire », citant en exemple la « médecine germanique », promue par Ryke Geerd Hamer et reposant sur l’idée, fausse, que le cancer découlerait d’un « nœud psychologique ». Cette approche a donné lieu « au décodage biologique ou à la déprogrammation cellulaire, vendue comme pouvant guérir le cancer », note-t-il.

Après l’annonce de son cancer du sein, Camille consulte une figure de la naturopathie. « Elle lui a dit que le cancer n’existait pas, que ce n’était que des toxines dont on pouvait se débarrasser avec des purges, des huiles essentielles, et en mangeant cru », affirme Laura, sa cousine. Camille ressort avec une « pseudo-ordonnance d’huiles et un régime spécifique », mais son état se dégrade rapidement, son poids chute, ses douleurs deviennent insoutenables. Au bout de deux ans, elle revient vers la médecine mais « c’était déjà trop tard », glisse Laura, dont la cousine décédera quelques années après.

D’où sa volonté d’alerter sur les risques de dérives : « Les victimes ne sont pas coupables, mais victimes de professionnels de l’escroquerie».