L’appel est sérieux et urgent. Le parquet de Paris annonce dans un communiqué que toute victime de Christian Nègre, un ex-haut fonctionnaire de la Culture soupçonné d’avoir humilié près de 250 femmes en leur administrant des diurétiques pour les forcer à uriner, est appelée à se manifester « au plus vite », si elle n’a pas encore été entendue.
Il y a urgence
Christian Nègre, ancien DRH du ministère de la Culture, qui a également officié à la direction des affaires culturelles de la région Grand Est, a été mis en examen par deux juges d’instruction, notamment pour « administration de substance nuisible », « violences par personne chargée de mission de service public » ou « atteinte à l’intimité », rappelle Laure Beccuau dans un communiqué.
Six ans après le début de la procédure, 248 victimes ont été recensées, dont « au moins 180 » se sont constituées parties civiles.
« Toute victime non encore entendue est invitée à se signaler au plus vite auprès de l’OCRVP (l’Office central de répression des violences aux personnes, co-saisi avec les services de police judiciaire) et si elle le souhaite à se constituer partie civile », souligne la procureure.
La justice espère effectuer rapidement ces auditions, « afin de pouvoir procéder ensuite aux évaluations et interrogatoires supplémentaires éventuels. La clôture des investigations est attendue d’ici la fin de l’année 2026 », poursuit-elle.

Un défi pour la justice tant les victimes présumées sont nombreuses
Fin 2025, plusieurs victimes avaient fait part de leur exaspération face à la durée de l’instruction, dans ce dossier qui représente un défi pour la justice, par le nombre de plaignantes.
Une réunion d’information a été organisée par les juges d’instruction à l’intention de leurs avocats fin janvier, et une autre est prévue au printemps pour les victimes qui se seront constituées parties civiles.
M. Nègre, alors en poste dans la région Grand Est, avait été surpris en train de prendre sous la table une photographie de son interlocutrice, qui avait porté plainte, entraînant l’ouverture d’une enquête mi-2018, à l’époque sous l’autorité du parquet de Metz.
« L’exploitation de son matériel informatique a permis de découvrir un tableau recensant 181 entretiens avec des femmes, au cours desquels il est apparu qu’il faisait absorber à celles-ci des produits diurétiques dans un café ou thé et attendait qu’elles soient acculées à uriner en sa présence », a rappelé la procureure de Paris, saisie du dossier à partir de la fin 2018.
A l’époque, le ministre de la Culture Franck Riester avait parlé d’une « affaire complètement folle, d’un pervers ».
En attendant un procès, dont l’organisation promet elle aussi d’être un casse-tête, certaines victimes ont pu obtenir des indemnisations notamment devant la justice administrative.