«Un cambriolage, c’est un viol de l’intimité et un véritable traumatisme pour les victimes », explique le colonel Bénévent, commandant du groupement de gendarmerie d’Ille-et-Vilaine. En 2025, les cambriolages dans les logements des habitants du département s’imposent comme le principal point noir du bilan de sécurité en Ille-et-Vilaine, au point de cristalliser les inquiétudes des forces de l’ordre et du préfet, Franck Robine.
Sur l’année écoulée, plus de trois mille cinq cents logements ont été cambriolés dans le département, soit une progression proche de dix pour cent en un an. Rapporté au parc de logements, cela représente un peu plus de six cambriolages pour mille logements, un niveau supérieur à la moyenne nationale et régionale. Autrement dit, l’Ille-et-Vilaine est cambriolée plus souvent que la Bretagne et que la France, alors même qu’elle reste perçue comme un territoire à forte qualité de vie. « Contre ces cambriolages, je tiens à rendre hommage aux services de police et de gendarmerie. Ceux-ci ont effectué 218 gardes à vue en 2025, soit une augmentation de 20 %. Encore une fois, l’activité des forces de police et de gendarmerie est importante, mais je crois utile de l’augmenter encore. »
Directeur départemental de la police d’Ille-et-Vilaine, Yannick Blouin, pointe une délinquance d’habitude. « Des délinquants ont parfois à leur actif plusieurs centaines de faits. Depuis l’arrestation de trois d’entre eux en secteur police – qui sont aujourd’hui à l’ombre – l’inflexion de la délinquance est à la baisse. Il n’y a pas de hasard. Cette diminution s’explique par de belles enquêtes et de bons rapprochements entre plusieurs méfaits», indique Yannick Blouin. Devant ce phénomène, Franck Robine ne cherche pas à atténuer le constat. « Il y a un point noir que je désigne très clairement : les cambriolages. » Pour lui, cette hausse heurte frontalement l’image d’un département attractif et résidentiel. Et c’est précisément pour cette raison qu’il appelle, selon ses mots, à une réaction renforcée de l’État et des forces de sécurité.
Ces cambriolages ne relèvent pas uniquement de l’opportunisme local. « Derrière des faits en apparence isolés se cachent souvent des structures criminelles », indique le colonel Bénévent. Le gendarme décrit des équipes très mobiles, la plupart du temps originaires des pays d’Europe de l’Est. « Ils opèrent à une échelle industrielle sur un même secteur avant de se déplacer rapidement vers un autre. » À chaque fois, les cibles sont bien identifiées. « Les bijoux en or restent prioritaires, mais les enquêteurs observent aussi des vols de matériel de valeur, notamment de l’outillage ou des équipements numériques faciles à écouler. » La métropole rennaise n’est pas épargnée, y compris dans ses quartiers urbains. Elle concentre mécaniquement une part importante des faits, du fait de sa densité de logements et de son attractivité.
Les boutiques et les entreprises constituent, quant à elles, un volet distinct mais suivi de près par les forces de l’ordre. En zone gendarmerie, les cambriolages visant les commerces ont plutôt reculé en 2025, signe que certaines stratégies de sécurisation portent leurs fruits. En zone police, notamment à Rennes, ces atteintes restent toutefois surveillées, car elles touchent directement l’activité économique et le sentiment de sécurité des professionnels. Pour lutter contre ce phénomène, les gendarmes et les policiers multiplient les opérations de surveillance dans les zones résidentielles ainsi que les groupes d’enquête spécialisés. Ils signent également des conventions de coordination avec les polices municipales, dont beaucoup ont été renouvelées en 2025. « Une trentaine sont actives en Bretagne », fait remarquer le colonel Bénevent. « Une partie de la réponse passe aussi par la mobilisation citoyenne et les équipements dits de protection passive, comme les alarmes », ajoute Franck Robine.
Les données citées sont issues du SSMI, service statistique du ministère de l’Intérieur, et concernent la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie nationales sur la période 2016-2025. La population de référence est celle de l’Insee 2023. Les cambriolages sont rapportés au nombre de logements et non à la population.