Mi-novembre, Saint-Etienne Métropole et l’ETI bourguignonne paramédicale Urgo, fabricant de pansements grand public et pour professionnels de la santé annonçaient la construction d’une nouvelle usine dans la ZAIN Sud Loire, côté Andrézieux-Bouthéon. 60 M€ et 200 emplois créés à la clé d’ici 2030. A l’occasion d’une visite ministérielle mercredi, un protocole d’accord a été signé avec l’intercommunalité et quelques éléments précisés.
Projection architecturale du nouveau site d’Urgo à Andrézieux-Bouthéon une fois achevée vers 2030. Transmis par Urgo
De quoi faire « trois fois et demie le tour de la Terre ». C’est la longueur cumulée par les bandes de compression sur ordonnance produites chaque année par le site Urgo à Veauche. Propriété du groupe depuis 30 ans, agrandie à plusieurs reprises, passée de 50 à 130 salariés, cette usine n’a plus de marge pour pousser ses murs afin de suivre le développement exponentiel de l’activité d’Urgo sur ses produits les plus innovants. En particulier donc ces bandes de cicatrisation destinées au traitement des brûlés, de personnes souffrant d’escarres ou encore d’ulcères veineux. Veauche ne sera pas abandonnée. Mais doublée d’une nouvelle usine : 35 000 m2 situés quelques kilomètres au sud, au sein de la ZAIN sud Loire, côté Andrézieux-Bouthéon.
De quoi ajouter au compteur quelques « tours de Terre » supplémentaires à partir de 2028 si le plan se déroule sans accrocs. L’ETI bourguignonne l’a annoncé en novembre dernier, confirmant ainsi le bienfondé de son arrivée dans la Loire à la fin des années 1990 justifiée par le savoir-faire local autour du textile technique, plus précisément médical. Avec 60 M€ mis sur la table pour créer ce nouveau site, Urgo n’est évidemment pas un petit acteur mais une ETI (entre la PME et la notion de grand « groupe ») qui trouve ses origines à la fin du XIXe siècle et dont le siège se situe en banlieue dijonnaise. 4 000 personnes travaillent pour elle dans le monde dont 1 050 en France, dotée de son centre R&D et de quatre sites de production. Bientôt cinq donc.
Un milliard investi en France sur 30 ans
Parce que « nous investissons deux fois plus en R&D que nos concurrents », insiste auprès d’If Saint-Etienne Guirec Le Lous, président d’Urgo Medical, le groupe se porte bien : 750 M€ de chiffre d’affaires en 2022, 890 en 2024, 930 en 2025. Parallèlement, Urgo, en incluant sa nouvelle unité ligérienne annonce un investissement cumulé en France depuis 2000 et jusqu’en 2030 de 650 M€ en R&D et 350 M€ dans ses sites industriels. Un groupe aux mains familiales : c’est le grand-père Jean, pharmacien qui, en 1958, créa la marque de pansements emblématique. Elle sera reprise par son fils, Hervé, véritable créateur du groupe éponyme dans lequel il va intégrer les vitamines Juvamine lancées à la fin des années 1980. Avant de toujours plus diversifier : Mercurochrome en 1996, Marie-Rose et Super Diet en 1997 puis côté complément alimentaire Herbesan, OM3 ou encore Alvityl en 2007 ou encire l’alcool de menthe Ricqlès puis le charbon végétal de Belloc en 2009.
Nous investissons deux fois plus en R&D que nos concurrents
Guirec Le Lous, président d’Urgo Medical
Voilà pour les produits grand public, directement accessibles. L’autre pan de l’activité d’Urgo porte donc sur les bandes de compression cicatrisantes prescrites sur ordonnance. La création de la nouvelle usine doit conduire Urgo à fabriquer ses produits « innovants, à 100 % dans la Loire » contre 84 % actuellement. Et derrière à une place de leader mondial de la compression médicale, précise l’actuel n°2. D’ailleurs, un nouveau produit dans ce domaine est en préparation pour garder l’avance déjà donnée par UrgoK2, confie Guirec Le Lous. Il devrait se retrouver sur les chaînes de production ligérienne. La construction de cette usine sera progressive : le permis de construire va être déposé d’ici 2 mois et ce sont 14 000 m2 qui doivent être bâtis dans un premier temps à partir de la fin 2026, plus probablement début 2027 pour une mise en service courant 2028.
90 emplois à l’ouverture, 200 à plein régime
La suite est attendue d’ici 2030. A cette date, selon les plans d’Urgo, la nouvelle usine, à plein régime, comptera alors 200 emplois contre 90 à son ouverture. Clamant un approvisionnement en machines-outils faites sur mesure pour son activité françaises, Urgo estime que son investissement va générer 115 emplois indirects dans la région. De quoi cocher toutes les cases du bon élève relatif aux ambitions affichées de réindustrialiser la France. « Cet investissement incarne une vision industrielle pérenne : dans un climat économique exigeant, nous faisons le choix de continuer à investir en France, déclare Guirec Le Lous. Avec cet investissement et la création de 315 emplois, nous réaffirmons notre choix stratégique : produire, innover et construire notre avenir en France. Notre objectif est clair : devenir le leader mondial du textile médical 100 % fabriqué en France, tout en soutenant l’ambition de souveraineté sanitaire de la France ».
La signature du protocole d’accord mercredi à Andrézieux-Bouthéon en présence du ministre délégué chargé de l’Industrie et de Sylvie Fayolle, présidente de Saint-Etienne Métropole, au centre. Guirec Le Lous, président d’Urgo Medical est le 1er en partant de la droite. ©Jérôme Abou/Saint-Etienne Métropole
Tout cela n’a évidemment pas échappé aux yeux de Bercy : le projet était une tête de gondole de la dernière édition, franco-française celle-ci, de Choose France en novembre. Mercredi, une visite de Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, est venue donner un second écho à cet effet vitrine, bon pour la « souveraineté industrielle et sanitaire » du pays. Avant d’enchainer une visite chez Nigay à Feurs (le fabricant de caramel pour l’industrie agroalimentaire a, lui, annoncé fin 2025 un investissement de 45 M€ !), il est passé par l’usine Urgo de Veauche puis s’est rendu à Andrézieux-Bouthéon sur le terrain de 9 ha qui accueillera le futur site. Là, l’attendaient le maire François Driol, Sylvie Fayolle, présidente de Saint-Etienne ainsi que quelques autres politiques locaux pour une signature symbolique du protocole d’accord avec le groupe.
Protocole d’accord
Il y a le terrain – vendu pour un montant non communiqué – dont la cession s’est jouée à échelle intercommunale. Et il y a une subvention à l’investissement à hauteur de 600 000 €, le projet immobilier étant qualifié pour un dispositif de soutien exceptionnel lié la création d’emplois. D’autres aides publiques pourraient tomber de la part de la Région AuRa (pack relocalisation, sinon sur la formation…). Guirec Le Lous nous confirme qu’un dossier est en instruction auprès de cette dernière. De son côté, Sylvie Fayolle a fait part de sa satisfaction pour le territoire : « Oui, je le redis avec force, Saint-Étienne Métropole est un territoire attractif au bénéfice de toutes ses communes et de tous ses habitants. Je me félicite également du travail efficace réalisé en réseau avec l’ensemble des partenaires et des acteurs régionaux de l’attractivité et du développement économique qui permet aujourd’hui de conforter l’ancrage d’un grand groupe industriel français avec une production 100 % locale ».
Les emplois créés porteront « sur les métiers du textile (opérateurs, techniciens, ingénieurs) mais aussi sur de nouveaux profils en automatisme, informatique industrielle, développement industriel ».