Ils font un tabac aux États-Unis. D’après une étude publiée en septembre 2025, près de 12% des Américains ont déjà essayé un médicament agoniste du GLP-1 pour perdre du poids. Les célébrités ne s’en cachent plus: de Kim Kardashian à Elon Musk, en passant par l’animatrice Oprah Winfrey, nombreux sont celles et ceux qui assument ouvertement y avoir eu recours pour se délester de kilos superflus. Dans l’Hexagone, leur utilisation dans le cadre de l’obésité est plus récente et s’est installée de manière plus feutrée. «Les analogues du GLP-1 sont autorisés en France dans le traitement contre l’obésité depuis 2021, soit six ans après les États-Unis», souligne le Dr Jean-Baptiste Cazauran, chirurgien digestif et viscéral à Lyon (Rhône), spécialisé en chirurgie de l’obésité et traitements par analogues du GLP-1.

Initialement prescrits comme antidiabétiques, ces médicaments miment l’hormone intestinale peptide-1 de type glucagon (glucagon-like peptide-1 en anglais, d’où son appellation GLP-1). En agissant notamment au niveau du pancréas, les traitements analogues du GLP-1 augmentent la sécrétion d’insuline, ralentissent la vidange gastrique et favorisent la sensation de satiété.

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En France, trois molécules sont aujourd’hui disponibles dans le cadre du traitement de l’obésité: le sémaglutide, commercialisé par le laboratoire danois Novo Nordisk par le biais de son médicament Wegovy; le tirzépatide, proposé par le groupe pharmaceutique états-unien Lilly avec le traitement Mounjaro; et le liraglutide, vendu sous l’étiquette Saxenda et produit également par Novo Nordisk. Les deux premiers sont autorisés depuis octobre 2024, le Saxenda depuis 2021. Concrètement, les patients s’administrent une piqûre quotidienne ou hebdomadaire, selon le produit, avec à la clé une perte de poids comprise entre 15% et 20%.

Une «petite révolution» médicale

Ces médicaments sont souvent présentés comme une petite révolution dans le domaine médical. Jusqu’alors, la seule alternative proposée aux personnes en situation d’obésité et qui ne parvenaient pas à perdre durablement du poids était la chirurgie bariatrique, une intervention lourde, avec une perte moyenne de 25% de la masse corporelle à long terme. «Avec les analogues du GLP-1, on a développé l’arsenal thérapeutique. C’est un grand pas», s’enthousiasme Jean-Baptiste Cazauran. Un engouement qui s’explique aussi par l’ampleur du phénomène: l’obésité touche près de dix millions d’adultes en France, soit environ 18% de la population.

Jean-Luc Faillie, médecin et chercheur en pharmacologie médicale au CHU de Montpellier (Hérault), appelle toutefois à la prudence. «Pour prendre ces médicaments, il ne suffit pas d’avoir un indice de masse corporelle (IMC) qui dépasse le seuil, précise-t-il. Il faut également une évaluation médicale de l’obésité, associée à une prise en charge nutritionnelle, à de l’activité physique, à un suivi régulier et, parfois, à un accompagnement psychologique.» Au-delà des injections sous-cutanées, le traitement implique donc des modifications conséquentes des habitudes de vie.

En juin 2025, la prescription des analogues du GLP-1 a été élargie à l’ensemble des médecins, alors qu’elle était jusque-là réservée aux endocrinologues, diabétologues et nutritionnistes. Une «très bonne nouvelle en matière d’accès aux soins», selon Jean-Luc Faillie, qui souligne que certains patients ne consultent pas de spécialistes. Les médecins généralistes se retrouvent ainsi en première ligne.

Les pharmacies constatent un essor de la demande

Reste qu’il demeure difficile d’estimer le nombre de Français·es qui ont recours à ces médicaments. Non remboursés par l’Assurance-maladie, ils échappent à la collecte systématique de données par le biais des remboursements. Selon une enquête menée par l’entreprise américaine Iqvia et relayée par Le Monde, qui se base sur les chiffres émanant de 13.000 officines françaises (sur environ 20.000 dans le pays), les ventes de boîtes de Wegovy ont presque doublé entre février et juin 2025, pour atteindre les 23.000 unités vendues. Pour le Mounjaro, la progression est plus spectaculaire encore: 3.400 boîtes ont été écoulées en février 2025, contre 15.100 quatre mois plus tard en juin. De plus en plus de patients passent le cap et la tendance se reflète désormais… sur les réseaux sociaux.

Depuis la fin de l’année 2024, les comptes de Français·es –principalement des femmes– qui documentent leur quotidien sous Wegovy ou Mounjaro essaiment. Sur TikTok, de simples utilisatrices ou des créatrices de contenu chevronnées publient, parfois quotidiennement, des vidéos étiquetées de hashtags au nom de leur traitement ou de leurs objectifs (#pertedepoids, #onsuitleplan).

Face caméra, certaines annoncent fièrement les kilos perdus, d’autres partagent leurs ressentis ou évoquent sans détour les effets secondaires: nausées, ballonnements, diarrhées, vomissements. Déborah, enseignante de 38 ans, en situation d’obésité morbide depuis de nombreuses années, a franchi le pas en août 2025, alors qu’elle débute son traitement par Mounjaro. «J’ai ouvert un compte TikTok pour retracer mon parcours et illustrer en images ma perte de poids.»

@delise971 Quand faut y aller .. #mounjaro #weighloss #pertedepoids #motivation ♬ son original – On suit le plan ! 💪🏾🙌🏾🍑❤️

Le soutien s’organise en ligne

Celle qui se dit «tétanisée» par ce nouveau médicament développe peu à peu une communauté de soutien: des abonnées qui vivent une situation similaire la rassurent, la félicitent ou lui donnent des conseils. En six mois, Déborah a perdu 12% de sa masse corporelle. Elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin: «Je prends ce traitement très au sérieux, je consulte une diététicienne et je fais du sport cinq fois par semaine. Je suis très impliquée et j’attends des résultats.»

Fanny Jaillet a elle aussi choisi de partager son expérience sur le réseau social chinois, au moment où elle a commencé à prendre du Wegovy, en novembre 2024. «En publiant sur TikTok, je souhaitais partager mon quotidien de manière transparente», explique l’influenceuse aux 14.900 followers. En huit mois, cette trentenaire a perdu 34 kilos, avant de devoir interrompre temporairement son traitement en raison de calculs biliaires. La monétisation de ses contenus et plusieurs placements de produits lui ont permis de gagner plus de 10.000 euros. Une rémunération bienvenue au regard du prix actuel des molécules.

@fannycrj Une nouvelle aventure… #wegovy ♬ son original – Fanny Jaillet ✨

Une alternative réservée aux plus aisés

Car aujourd’hui, le principal frein à la diffusion de ces médicaments demeure leur coût: entre 200 et 400 euros par mois, selon la molécule et le dosage, sans prise en charge par l’Assurance-maladie. «Un remboursement ciblé, en priorisant les patients atteints d’obésité sévère, permettrait de rendre plus égalitaire un traitement aujourd’hui réservé à ceux qui en ont les moyens», estime le pharmacologue Jean-Luc Faillie.

La Haute Autorité de santé (HAS) a déjà donné son feu vert au remboursement du Wegovy et du Mounjaro sous conditions, notamment lorsque le traitement est proposé en seconde intention à un patient adulte dont l’IMC est supérieur à 35. Dans un avis rendu le 18 décembre 2025, la HAS a précisé les critères de priorisation de la prise en charge. La décision finale reste entre les mains du ministère de la Santé. Au préalable, des négociations tarifaires entre le Comité économique des produits de santé (CEPS) et les laboratoires doivent avoir lieu. Au vu des enjeux de santé publique, ces discussions s’annoncent délicates.

Un traitement à vie?

Le Dr Jean-Baptiste Cazauran se montre néanmoins confiant. «J’ai bon espoir pour nos malades que ces médicaments soient remboursés dans le futur. Aujourd’hui, les chirurgies le sont déjà, alors qu’elles représentent aussi un coût élevé.» D’autant plus que, pour maintenir la perte de poids, les patients doivent prendre leur traitement à vie. Une étude publiée le 7 janvier 2026 dans la revue médicale British Medical Journal conclut qu’en moyenne, les patients retrouvent leur poids initial dix-huit mois après l’arrêt des injections. «En arrêtant le traitement, la sensation de faim revient, détaille Jean-Luc Faillie. Si les habitudes alimentaires n’ont pas été durablement modifiées, les personnes reprennent du poids.»

Les patientes que nous avons interrogées n’envisagent pourtant pas la prise de ces substances médicamenteuses sur le long terme. Si elles apprécient ne plus penser «en permanence» à la nourriture –ce qu’elles attribuent directement à la molécule–, le coût des injections finit souvent par s’imposer comme un facteur contraignant décisif. «Rien que pour des questions financières, je ne me vois pas m’injecter ce produit toute ma vie», résume Déborah.

Malgré les inégalités d’accès persistantes, les analogues du GLP-1 offrent une alternative précieuse dans la prise en charge de l’obésité. Mais tant que la question du remboursement par l’Assurance-maladie restera en suspens, la promesse de ces traitements demeurera, pour beaucoup, hors de portée… Et ce, malgré leur popularité sur TikTok.