Pour Uber, la rentabilité à court terme
attendra. L’entreprise a décidé de mettre les bouchées doubles sur
la conduite autonome, acceptant de voir ses marges s’éroder
temporairement.

Marquée par un recul de ses bénéfices et une chute de son action
en Bourse, Uber est loin de réduire la voilure. L »entreprise
accélère ses investissements dans le véhicule autonome, convaincue
que l’avenir passe par une flotte de robots-taxis. Avec de nouveaux
partenariats et une expansion prévue dans de nouvelles villes, la
plateforme prépare le terrain pour une révolution des transports,
quitte à sacrifier sa rentabilité immédiate.

Le pari du robot-taxi chez Uber

Alors que les marchés sanctionnent souvent le moindre écart de
conduite, Uber a choisi
de maintenir le cap sur sa vision technologique, même si cela coûte
cher. Le spécialiste du VTC est persuadé que sa plateforme possède
un avantage structurel pour déployer les
véhicules autonomes
. L’idée n’est plus seulement de mettre en
relation un passager et un conducteur humain, mais de devenir le
chef d’orchestre d’une flotte mixte où les robots prennent
progressivement le volant. Cette volonté se traduit par des actes
concrets et des investissements lourds. Pour ne pas
dépendre uniquement de sa propre technologie, Uber noue des
alliances avec des acteurs spécialisés.
Le partenariat
avec la start-up Waabi en est l’exemple parfait.

Après une levée de fonds d’un milliard de dollars le mois
dernier, Waabi s’est engagé à fournir ses 25 000 premiers véhicules
autonomes exclusivement à la plateforme d’Uber. L’objectif est de
sécuriser les flottes futures et de s’assurer que, lorsque la
technologie sera mature, Uber sera le passage obligé pour les
clients. L’expansion géographique de cette offre est déjà
programmée. D’ici la fin de l’année 2026, Uber prévoit de
faciliter des trajets en robot-taxi dans pas moins de 15 villes à
travers le monde
. La liste des nouvelles destinations
montre la dimension mondiale du projet avec des villes comme
Madrid, Houston, Zurich, et surtout
Hong Kong
, qui deviendra le premier marché asiatique à
accueillir ces courses sans chauffeur via l’application. Pour la
direction, ces véhicules ne vont pas voler le travail des
chauffeurs actuels, mais plutôt élargir le gâteau. L’argument est
que les
robots-taxis
, en faisant baisser les prix et en améliorant la
fiabilité du service, vont attirer de nouveaux clients qui
trouvaient jusque-là le VTC trop cher.

Une demande qui résiste

Si la vision à long terme semble claire, la réalité immédiate
est un peu plus opaque. Les résultats financiers présentés
ce mercredi ont jeté un froid, entraînant une baisse de 5 % de
l’action
. Uber a manqué les estimations pour le quatrième
trimestre et a prévenu que ses bénéfices pour le début de l’année
2026 seraient inférieurs aux attentes. Plusieurs facteurs
expliquent cela. D’abord, la volonté de rendre les courses plus
abordables pour attirer plus de monde pèse mécaniquement sur les
marges. Ensuite, la fiscalité se durcit. L’entreprise s’attend à un
taux d’imposition compris entre 22 % et 25 % pour l’année à venir,
une conséquence directe de sa présence dans plus de 70 pays où les
règles fiscales évoluent souvent à la hausse. Néanmoins, ces vents
contraires n’empêchent pas l’activité de tourner à plein régime.
Cela peut sembler paradoxal mais l’entreprise gagne moins
d’argent sur chaque course, mais elle n’a jamais transporté autant
de monde
. Au quatrième trimestre, le nombre de trajets a
même bondi de 22 %.

En coulisses, cet ajustement de cap s’accompagne d’un changement
de tête à la direction. Prashanth Mahendra-Rajah, qui tenait les
cordons de la bourse, va laisser son fauteuil à Balaji
Krishnamurthy. Ce passage de témoin intervient à un moment
charnière. Le nouveau directeur financier devra financer des
investissements importants dans l’autonomie tout en
rassurant Wall Street sur la capacité de l’entreprise à rester
profitable
. En effet, d’un côté, il faut continuer à
séduire l’utilisateur avec des prix bas pour saturer le marché. De
l’autre, il faut dépenser des fortunes pour construire le futur.
Pour l’instant, les investisseurs font la grimace, mais Dara
Khosrowshahi parie que l’histoire lui donnera raison. Il estime que
sa plateforme offre une « meilleure économie » pour les
véhicules autonomes que les services concurrents, grâce à une
utilisation plus intensive des voitures et des temps d’attente
réduits. En clair, Uber veut devenir l’opérateur universel, celui
qui rendra la voiture autonome non seulement techniquement
possible, mais surtout économiquement viable.