Lors d’une interview exclusive à Brut, Emmanuel Macron a abordé plusieurs sujets, dont l’impact des jeux vidéo chez les plus jeunes joueurs. Inquiet de ce que le « bon sens » semble désigner comme quelque chose de mauvais, il veut lancer une étude scientifique concernant les effets des jeux, avant de prendre une décision qui pourrait aller jusqu’à l’interdiction.
Dans une longue interview exclusive accordée à Brut, Emmanuel Macron a abordé ce jeudi 5 février un grand nombre de sujets qu’il porte ces derniers mois et qui résonnent également à cause de l’actualité récente.
Au cours de l’interview, Brut fait réagir Emmanuel Macron à une vidéo d’une femme, qui se présente comme enseignante, et qui exprime sa colère après l’attaque de Sanary-sur-Mer. La femme pointe notamment du doigt des « enfants à la dérive », qui à « 7 ou 8 ans (…) jouent à Fornite ».
Interrogé précisément sur la question des jeux vidéo, le président de la République indique qu' »il est clair que la violence, qui s’installe dans la société et chez les plus jeunes, est aussi liée au fait que les enfants, les adolescents sont beaucoup plus exposés à de la violence dans des vidéos qu’ils vont voir sur les réseaux sociaux. Ou dans les jeux vidéo qu’ils vont faire. »
Vers une loi pour interdire ou limiter l’accès aux jeux vidéo?
Emmanuel Macron annonce qu’il « va confier à des experts et au Conseil national du numérique et de l’IA un travail pour justement voir, essayer de mesurer scientifiquement l’effet » que les jeux vidéo peuvent avoir sur les enfants. Un travail scientifique qui sera mené sur deux mois, semble-t-il.
Emmanuel Macron entend agir, mais de manière éclairée et non précipitée, semble-t-il. « Maintenant, avant de prendre une mesure nationale, je veux que la science m’éclaire », explique-t-il, lui qui dit vouloir un « consensus scientifique ».
Le premier acte sera donc de voir « s’il y a un consensus pour dire c’est mauvais en tout, lesquels sont mauvais, pourquoi… », énumère le président de la République. Mais davantage qu’un état des lieux, Emmanuel Macron indique qu’il attend de cette étude qu’elle dise ce qu’il « faut faire, parce qu’il faut qu’on puisse après guider les parents ».
ll souhaite également de ce rapport scientifique qu’il réponde à une question: « Est-ce qu’il faut une interdiction ou pas? »En attendant cette étude et ses résultats, le président de la République ne veut pas prendre position: « c’est trop tôt pour le dire », répète-t-il. En revanche, il donne « rendez-vous en mai, juin ». Emmanuel Macron précise d’un même souffle que « le débat doit être citoyen ».
Le retour de la question des effets des jeux vidéo sur les (jeunes) joueurs
Emmanuel Macron réouvre ainsi un débat qu’on pensait clos depuis longtemps, celui de la capacité des joueurs à faire la différence « entre fiction et réalité ». Il fait ainsi appel au « bon sens » pour dire que « quand on passe des heures dans un jeu vidéo » à descendre « tout le monde », ce n’est « pas ça la vie, parce que ça déréalise, si je puis dire, le rapport à la violence et ça vous conditionne ».
Il nuance néanmoins son propos. « Je suis toujours mal à l’aise quand on met tout dans le même sac », commence-t-il. Rappelant que tous les joueurs ne passent « pas leur jour et leur nuit » à jouer, il précise aussi qu’il y a « des jeux vidéo qui ne sont pas violents. Où on peut interagir, où on joue en réseau, où on va justement développer des compétences. Donc il y a des jeux vidéo qui parfois même ont un aspect éducatif, qui sont bons ».
La responsabilité des parents
Emmanuel Macron met aussi en avant « une responsabilité des parents ». Il pointe aussi le fait que laisser des enfants jeunes jouer à des « jeux vidéo », où « on passe sa journée à tuer » a forcément un impact. « On ne conditionne pas son enfant de la meilleure des manières que ce soit », avance-t-il.
Le président de République souligne une fois encore le nécessaire rôle d’encadrement des parents. « L’école, elle est là pour l’instruction, mais l’éducation à proprement parler, ce sont les familles. », rappelle-t-il.
C’est donc du ressort des parents de faire en sorte que « des enfants trop jeunes, trop fragiles » ne soient pas « trop vite en interaction avec ces jeux vidéo », explique-t-il. C’est d’ailleurs bien pour aider les parents que des systèmes de classification comme Pegi ont été développés et mis en place, en étroite collaboration avec l’industrie du jeu vidéo.
« Par contre, il y a un vrai sujet sur les jeux vidéo. », assure-t-il. « Je pense qu’il faut sensibiliser les parents et les jeunes en disant que passer des heures devant des jeux vidéo où on passe son temps à s’habituer à de la violence, ça vous conditionne, ça ne vous fait pas de bien. » Il en appelle alors directement, et une fois de plus, aux parents: « Je dis aux familles, votre rôle, c’est de faire attention à vos enfants et vos ados, ne les laissez pas passer autant de temps » devant des jeux violents.