Logiquement placée au centre de toutes les attentions, la charnière formée par Antoine Dupont et Matthieu Jalibert a livré une prestation de qualité, que l’ex-ouvreur Jonathan Wisniewski a accepté d’analyser pour nous.

Avant même que la rencontre ne commence, tous les yeux étaient braqués sur eux. Eux, ce sont Antoine Dupont et Matthieu Jalibert, les deux demis qui ont formé la charnière du XV de France dans ce France-Irlande, premier rendez-vous explosif de ce Tournoi 2026. Et ils avaient des raisons d’être au centre de l’attention : Antoine Dupont signait là son retour avec les Bleus après une longue convalescence due une grave blessure au genou (justement subie sur un plaquage de l’Irlandais Tadhg Beirne), onze mois après sa dernière sortie en Bleu. Matthieu Jalibert aussi, signait son retour sous le maillot tricolore, puisque sa dernière (et seule, l’année dernière) titularisation remontait au 8 février 2025, soit presque un an jour pour jour. Leur retour, mieux, leur association, allait forcément être scruté, décortiquée. Et celle-ci était d’autant plus alléchante que les deux hommes marchent littéralement sur l’eau en Top 14 et en Champions Cup. Dupont depuis son retour de blessure, et Jalibert depuis le début de la saison.

« Dupont, tu vois que tout le monde en a peur »

Alors, comment cette charnière cinq étoiles s’en est sortie face à ces diables d’Irlandais ? « Elle s’en est très bien sortie, nous confiait l’ex-ouvreur Jonathan Wisniewski aux 144 matchs professionnels à la mi-temps du match, alors que les Bleus menaient 22 à 0. À l’image de l’équipe du France, sa charnière est très rapidement entrée dans son match. Très vite, les Français ont gagné les collisions, les duels aériens, ont pris l’avantage dans le jeu au sol avec des libérations rapides. Donc la charnière a rapidement été abreuvée de ballon et a pu exploiter son potentiel, mettre de la vitesse et prendre des initiatives. » Mais malgré ce confort dont les deux hommes ont rapidement bénéficié, l’actuel directeur sportif de l’équipe de Valence-Romans a également apprécié leur sérieux dans l’occupation du terrain : « Leurs jeux au pied d’occupation et de pression ont été excellents, d’autant que les Français ont rapidement remporté tous les premiers ballons hauts, donc les deuxièmes ballons étaient très bons à jouer. Matthieu Jalibert a notamment très bien enfermé son vis-à-vis Sam Prendergast qui fut contraint de taper un coup de pied en urgence le long de la ligne de touche, et qui déboucha sur l’essai de Louis Bielle-Biarrey quelques secondes plus tard. J’ai aussi en tête ce petit jeu au pied tapé par-dessus pour lui-même, en première mi-temps, peu avant l’essai marqué par Charles Ollivon. Ce genre de geste montre que Jalibert était en pleine confiance, il jouait totalement libéré. »

Un constat d’autant plus important qu’on a souvent reproché au Girondin de ne pas être aussi performant en Bleu qu’en club : « Là, j’ai vraiment le sentiment d’avoir vu le Matthieu Jalibert de l’UBB. Je pense que le titre en Champions Cup lui a fait le plus grand bien, ainsi que le fait d’avoir rongé son frein a dû décupler sa détermination. Après, il faut tout de même dire que ce fut le scénario idéal pour commencer le premier match du Tournoi avec des avants dominateurs, des duels aériens gagnés et des collisions gagnées. » Un contexte favorable dont a également bénéficié Antoine Dupont, lui aussi très en vue : « Tu sens qu’Antoine Dupont est craint par les adversaires. Tout le monde en a peur, dès qu’il touche le ballon il y a une forme d’inquiétude et il mobilise plus de joueurs autour des rucks. » « The Boss » est de retour…

« Jalibert a été aussi à l’aise qu’en club »

L’ex-ouvreur du Racing 92 ne fut d’ailleurs pas étonné de voir que Dupont offrit un essai à son ouvreur, derrière une mêlée dominatrice du XV de France : « Cela montre une envie des deux hommes de peser partout, tout le temps. Et cette bonne entente s’est surtout vue sur le fait que Dupont a porté le ballon juste ce qu’il fallait pour garder Gibson-Park avec lui, tandis que l’ailier, au moment où il lâche le ballon, est trop juste pour venir chercher Jalibert. Dupont fait le geste juste pour arrêter le neuf et mettre Jalibert dans l’intervalle. Derrière, on connaît la vitesse et l’explosivité du Girondin, qui n’a aucun mal à marquer. In fine, j’ai vraiment eu le sentiment que Matthieu Jalibert a été aussi à l’aise avec le XV de France qu’il l’est tous les week-ends avec Bordeaux-Bègles. » Même si la deuxième mi-temps fut moins à l’avantage des Bleus, notamment en raison du réveil des Irlandais conjugué à une performance moindre des remplaçants français (à l’exception de Lenni Nouchi, seul puncheur), cette paire cinq étoiles Dupont/Jalibert aura une bonne base de travail pour envisager la suite du Tournoi…