L’enquête ouverte sur le drame du collège – jusque-là sans histoires – de La Guicharde à Sanary-sur-Mer est désormais placée sous la direction d’un juge d’instruction toulonnais.

Mathis (1), âgé de 14 ans, a été mis en examen ce jeudi pour « tentative d’assassinat » et placé en détention provisoire.

L’escorte policière qui l’a emmené vers le quartier des mineurs d’une prison de la région a quitté le palais de justice peu après 18 heures, pendant que le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland, tenait une conférence de presse.

Le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland, lors d’une conférence de presse organisée en fin d’après-midi dans une petite salle du palais de justice de la ville-préfecture.

C’est l’épilogue de la première étape de la procédure ouverte après que « Madame P. » a été grièvement blessée à la pause du cours d’arts plastiques que cette professeure de 60 ans donnait à vingt-deux élèves de troisième, dont son agresseur présumé.

Mathis a reconnu avoir sorti un couteau pliable (avec une lame de 12 cm) de son sac à la pause de 14 h 25 pour «  la planter » – selon ses propres termes. «  [L’information judiciaire] prendra plusieurs mois, pendant lesquels le mis en examen doit juridiquement bénéficier de la présomption d’innocence », prend soin de rappeler le procureur.

Des recherches sur Internet troublantes

L’ado est soupçonné d’avoir porté trois coups de couteau dans l’abdomen de la victime – qui a subi «  de lourdes interventions chirurgicales, encore [ce jeudi] », indique Raphaël Balland. «  Les médecins sont « réservés » sur le pronostic vital, compte tenu de la gravité des blessures.  »

Certains de ceux qui ont croisé Mathis ces dernières quarante-huit heures décrivent «  un garçon tout maigre » avec des traits particulièrement juvéniles. «  On dirait un bébé.  » Un portrait qui tranche avec la nature des faits reprochés.

Le jour des faits, il n’a pensé qu’à «  assassiner » l’enseignante, a-t-il confié aux enquêteurs avant de faire évoluer sa version. «  Il a finalement affirmé qu’il n’avait pas eu l’intention de tuer sa professeure, mais uniquement, je cite, de “la planter pour qu’elle ait mal” », révèle le magistrat.

Cependant, «  les investigations ont démontré qu’il avait effectué des recherches sur Internet quelques jours [auparavant] sur les risques judiciaires encourus par un mineur qui tuerait sa professeure. »

« Il continuera de collaborer »

«  Il estimait que sa professeure avait été injuste avec lui, en relevant plusieurs incidents disciplinaires à son encontre ces dernières semaines », répète le procureur de la République.

«  De fait, sur l’application Pronote (la version numérique du carnet de correspondance d’autrefois, NDLR) de l’Éducation nationale, apparaissent dix incidents depuis le début de l’année scolaire, allant du simple oubli de son matériel, en passant par le fait de jouer avec de la nourriture à la cantine, des bavardages, des retards et des propos irrespectueux à l’encontre de plusieurs professeurs, en particulier à l’égard de la victime, qui avait relevé cinq des dix [faits signalés].  »

Et d’évoquer une vengeance par anticipation «  car il craignait d’être exclu en raison des [écarts de conduite pointés] par sa professeure ». Le collégien a exprimé des regrets à plusieurs reprises, et a mis son acte sur le compte «  d’un coup de folie » que des expertises psy à venir étayeront ou pas.

«  L’essentiel aujourd’hui pour mon client, et ce qui lui importe le plus, c’est la victime (…) Le plus important, c’est qu’elle survive et qu’elle puisse se battre pour sa survie », assure Mᵉ Margot Albertini-Loiseau. «  Mon client a consenti à collaborer et il continuera de collaborer tout au long de cette procédure. »

1. S’agissant d’un mineur, son prénom a été modifié.