À quelques centaines de kilomètres de la Burj Khalifa et de la
skyline étincelante de
Dubaï, un autre pays du Golfe fait tout l’inverse. Le
Sultanat d’Oman, voisin discret des Émirats arabes unis, a fait
le choix assumé de se passer de gratte-ciels : ici, pas de forêt de
verre, la mer et les montagnes gardent la vedette.
Alors que la planète construit chaque jour de nouvelles tours de
verre, Oman cultive une image d’Oman sans
gratte-ciels qui intrigue voyageurs et urbanistes. « Oman
ne possède pas de gratte-ciels scintillants. À la place, des
immeubles bas blanchis à la chaux bordent la côte de Mascate »,
observe le Washington Post. Reste à comprendre comment ce choix a
été verrouillé dans la loi.
Oman sans gratte-ciels face aux mastodontes des Émirats
Un gratte-ciel désigne, dans la base Emporis,
un immeuble de plusieurs étages d’au moins 100 mètres ; au-delà de
300 mètres on parle de « supertall » et de « megatall » au-dessus de
600 mètres. Le Council on Tall Buildings and Urban Habitat compte
en 2025 environ 346 tours de plus de 150 mètres aux Émirats,
troisième rang mondial derrière la Chine et les États-Unis, avec la
Burj Khalifa et ses 828 mètres comme vitrine.
Depuis 2008, plus de 1 400 immeubles d’au moins 100 mètres
sortent de terre chaque année, surtout en Asie et dans le Golfe.
Oman reste hors de cette course : Mascate aligne des bâtiments bas
entre mer d’Arabie et montagnes. L’absence de gratte-ciels et de
façades de verre clinquants, si familiers aux Émirats ou au Qatar,
montre une autre facette moins bling-bling du Moyen-Orient.
À Mascate, un urbanisme qui plafonne volontairement à huit
étages
Ce paysage est encadré par le Code de l’urbanisme du Sultanat. À
Mascate, la hauteur des immeubles résidentiels et commerciaux
tourne en général autour de huit étages, souvent alignée sur celle
des minarets ou fixée par décret royal selon les quartiers. Le
guide
du Routard parle d’un « urbanisme conforme aux traditions de
l’architecture arabe : pas d’immeubles hauts, pas de toits
inclinés, couleur sable ou blanche des constructions », manière
d’assumer la différence avec les façades de verre voisines.
La réglementation va jusqu’aux couleurs imposées : blanc, crème
ou ocre. Ces teintes au fort albédo renvoient le rayonnement
solaire, limitent la chaleur intérieure et réduisent l’îlot de
chaleur urbain, là où les tours vitrées fonctionnent comme des
serres climatisées. Oman prépare en parallèle un code national du
bâtiment unifié, censé devenir obligatoire en 2030, pour renforcer
la sécurité et adapter les constructions au climat omanais.
Une modernité discrète qui rassure
climat et voyageurs
En 2020, des rumeurs d’autorisation de gratte-ciels ont agité
Mascate ; le ministère du Logement et de l’Urbanisme a rectifié,
évoquant seulement la possibilité d’ajouter quelques étages dans
certaines zones sans toucher à la silhouette générale. Le pays
affiche des infrastructures ultra-modernes, routes, hôpitaux,
aéroports, mais un centre-ville qui s’étire au ras du sol, de la
corniche de Muttrah à la Grande Mosquée du Sultan Qaboos.
