Caroline Grandjean s’était suicidée le jour de la rentrée scolaire, le 1er septembre 2025, après avoir été la cible de propos homophobes. L’enquête administrative diligentée après le drame a conclu à une « défaillance institutionnelle dans le soutien », rapporte le ministère de l’Éducation nationale ce vendredi.
« Ce constat repose en partie sur le sentiment éprouvé par l’enseignante que l’institution n’a pas toujours fait bloc avec elle face aux conflits avec certains parents », souligne le ministère, confirmant une information de La Montagne.
Il rapporte que l’enquête a pointé « des décisions administratives vécues comme des injustices, par exemple s’agissant du refus d’attribuer une bonification de points liée à son handicap (RQTH) pour sa mobilité ».
Privée d’une « forme de reconnaissance »
Selon le ministère, « bien que cette bonification n’était pas mathématiquement nécessaire pour obtenir sa mutation, ce refus, fondé sur une lecture stricte des règlements, a privé Caroline Grandjean d’une forme de reconnaissance et de soutien institutionnel dont elle avait besoin à ce moment-là ».
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La veuve de Caroline Grandjean a réagi ce vendredi en disant : « C’est un sentiment de satisfaction que l’Éducation nationale reconnaisse une défaillance mais derrière, il y a des responsables et ils ne sont pas reconnus dans le rapport ».
Le ministère annonce par ailleurs « renforcer la formation de ses cadres à la gestion des situations de détresse psychologique », « à la lumière de ces conclusions, et conformément aux recommandations de la mission ». « L’objectif est de garantir qu’à l’avenir nos processus RH (ressources humaines) ne soient pas seulement réglementaires, mais traités avec toute l’humanité et le discernement requis », a-t-il ajouté.
La ministre Élisabeth Borne avait annoncé en septembre 2025 dans un communiqué la saisie de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) pour réaliser une enquête administrative afin de « faire la lumière sur ce drame ».
« Je me bats pour Caroline »
Durant l’année scolaire 2023-2024, cette directrice avait retrouvé des tags et une lettre anonyme avec des menaces de mort concernant son orientation sexuelle. Une enquête avait été ouverte après ces inscriptions mais classée sans suite en mars 2025 « en l’absence de faits nouveaux », avait alors indiqué le parquet. En arrêt maladie, l’enseignante s’était vue proposer un poste à quelques kilomètres de Moussages pour la rentrée scolaire mais avait été incapable de reprendre son travail alors.
L’épouse de Caroline Grandjean, Christine Grandjean-Paccoud, a depuis porté plainte contre l’Éducation nationale pour « harcèlement ». Ce vendredi, son épouse a exprimé des regrets. « C’est un sentiment de satisfaction que l’Éducation nationale reconnaisse une défaillance mais derrière, il y a des responsables et ils ne sont pas reconnus dans le rapport », a-t-elle déclaré à l’AFP.
« Je suis en colère que cette enquête ne soit pas intervenue plus tôt, notamment quand les syndicats ont fait un signalement à la Dasen (direction académique des services de l’éducation nationale) en stipulant qu’elle jouait avec la vie d’un agent et qu’ils n’ont eu aucune réponse. C’est grave », affirme Christine Grandjean-Paccoud.
Selon elle, son épouse aurait dû bénéficier d’une bonification pour changer de poste : « Cela aurait été une reconnaissance ».
« Bien sûr qu’il y a des responsables, mais on ne lâche rien : mon avocat fera le reste au pénal pour qu’ils soient reconnus et qu’il y ait un procès », espère-t-elle en référence à la plainte qu’elle a déposée pour « harcèlement » contre l’Éducation nationale et le maire du village de Moussages, où son épouse enseignait.
« Je me bats pour Caroline, elle me donne la force de le faire », a-t-elle ajouté, expliquant que la directrice d’école, 42 ans, n’avait « jamais été reconnue comme victime » : « S’il y a une chose qu’elle détestait c’était l’injustice, je l’ai vu se détruire, elle n’était plus elle-même ».