Publié : 14h51 – Modifié : 14h55 Dolorès CHARLES

SelfCela fait un peu plus d’un an qu’il est interdit d’utiliser des contenants en plastique dans les cantines scolaires. Dans les communes de plus de 2 000 habitants, la loi Egalim est entrée en vigueur le 1e janvier 2025, pourtant à Rennes on trouve encore du plastique !

Dans la capitale bretonne, on continue d’utiliser des barquettes, parfois pour chauffer les aliments, ce que dénonce le collectif  « Cantine sans plastique ». Alinoë Lavillaureix, une maman membre du collectif, a saisi l’ampleur du problème après une visite de la cuisine centrale. Et pour elle, le constat est édifiant !

 

Un constat édifiant : une « nourriture polluée »

 

« Ce jour-là, il y a plusieurs choses auxquelles je ne m’attendais pas trop et les autres non plus… Je n’avais pas du tout saisi que la viande et le poisson étaient cuits dans des poches plastiques sous vide, en cuisson longue basse température, dans l’eau au bain-marie. Et c’est reconnu que cela augmente la migration parce que le plastique, quand on le chauffe finalement, plus c’est long plus ça libère des phtalates, des bisphénols, des micro-plastiques, de l’antimoine, etc. Et tout ça migre dans la nourriture des enfants qui vont manger derrière. » On leur donne de « la nourriture qui est polluée en fait. »

Alinoë LavillaureixAlinoë Lavillaureix

Crédit : Noëlline Garon

Pourtant depuis un peu plus d’un an, la loi Egalim interdit l’utilisation de ces contenants dans la restauration scolaire : la Ville précise qu’elle utilisera des contenants en inox prochainement, et sortira complètement du plastique à l’horizon 2029. « Trop tardif » pour le collectif rennais qui a lancé une pétition 

 

Une pétition en ligne

 

Alinoë Lavillaureix est aussi médecin, et connaît les conséquences sur la santé des enfants : ce sont de « petites intoxications, mais répétées, pour certains enfants tous les jours, qui ont un effet concret sur le long terme. Alors il y a d’autres facteurs environnementaux, mais la grosse différence c’est que celle-là, est évitable.

C’est un peu l’incompréhension qu’on a avec la mairie : faire du bio pollué par le mode de cuisson, c’est aussi toxique !

 

Alinoë Lavillaureix 

 

On reste sur des troubles hormonaux, parce qu’il y a des perturbes endocriniens, des cancers – deuxième cause de mortalité des enfants, les cancers après les accidents – et les pubertés précoces, l’obésité, et cardiotoxiques et immunotoxiques, et même des troubles du neurodéveloppement… Ce n’est pas direct, ils ne vont pas en mourir comme ça, mais tout ce qu’on peut faire maintenant, il faut le faire maintenant ! »

Alinoë Lavillaureix Alinoë Lavillaureix

Il y a quelques jours, le collectif a demandé à la ville de lancer un audit de façon urgente. Pour Ludovic Brossard, élu à l’alimentation durable : « Remplacer le plastique par l’inox, c’est aussi réaménager la chaîne de production des repas, de la cuisine centrale, en passant par la livraison des repas et la réchauffe dans les cantines scolaires.

 

Il faut adapter toutes les cantines, qui parfois datent des années 70

 

Sur les dernières cantines scolaires qui ont été livrées sur Rennes, par exemple Miriam Makeba ou Simone Veil, on a des équipements qui nous permettent de faire de la réchauffe, par exemple, et de stocker les bacs inox, mais ce n’est pas le cas pour l’ensemble des cantines scolaires de la ville, où on a parfois des écoles qui datent des années 70, avec un manque de place qui ne nous permet pas de stocker les contenants inox.

Avec aussi un enjeu de prévenir les troubles musculo-squelettiques chez les agents, puisque l’inox est 20 fois plus lourd que le plastique, on doit aussi équiper les agents de matériel adapté. »

Ludovic Brossard, élu à l’alimentation durable à RennesLudovic Brossard, élu à l’alimentation durable à RennesEcole Miriam Makeba, de Rennes

Ecole Miriam Makeba, de Rennes

Crédit : Yann Launay

Rennes sortira du plastique à l’horizon 2029

 

C’est une transition lente, comme l’explique Ludovic Brossard, cela « peut paraître loin et c’est une situation qui est loin d’être satisfaisante, néanmoins, une cuisine centrale qui doit produire à terme 12 000 repas plus la modernisation de l’actuelle cuisine centrale, cela prend énormément de temps en matière de conception. On ne souhaite pas faire d’erreur sur la manière dont on va produire les repas et il faut être vigilant sur les enjeux sanitaires de production des repas… et la liaison froide offre plutôt des garanties à ce niveau-là.

La conception de la future cuisine centrale, plus le fait d’équiper l’ensemble des groupes scolaires, c’est-à-dire les cantines, de matériel de réchauffe adapté, plus de lieux de stockage, des bacs inox, ça prend du temps parce que ce sont des travaux conséquents à mener sur l’ensemble des cantines. »

Ludovic Brossard, élu à l’alimentation durable à RennesLudovic Brossard, élu à l’alimentation durable à Rennes

L’abandon du plastique dans les cantines a un coût estimé à plus de 30 millions d’euros.

Pour rappel, la ville de Rennes sortira complètement du plastique à horizon 2029 avec l’ouverture d’une nouvelle cuisine centrale, et ce sera possible dès juin prochain dans les centres de loisirs et en septembre dans certaines écoles.