Par

Brian Le Goff

Publié le

6 févr. 2026 à 14h55

Le sujet n’en finit plus d’alimenter les débats. À Rennes, l’usine d’incinération des déchets dans le quartier de Villejean est au cœur d’un contentieux opposant la Métropole et l’entreprise italienne Ruths. La collectivité l’avait choisie en 2019 pour mener à bien les travaux de modernisation de cette infrastructure, aussi appelée UVE (usine de valorisation énergétique), à partir d’avril 2022, avant de stopper le chantier en mars 2023. Aujourd’hui, les débats portent sur la dernière expertise judiciaire qui évoque autant les aspects techniques que financiers. Une expertise judiciaire que les élus de la majorité métropolitaine dénoncent tant sur la forme que sur le fond.

Des doutes sur la conception et la réalisation du montage des chaudières

Pour rappel, après plusieurs doutes sur la conception et la réalisation du montage des chaudières, confirmés à travers l’intervention de cabinets d’expertises, la Métropole met en œuvre l’ordre de service, prévu au contrat, pour interrompre les travaux, en mars 2023.

Dès décembre 2023, la Justice désigne un expert judiciaire. Il rend un premier rapport en mai 2024 sur les aspects techniques et les préjudices. Ce rapport valide les choix constructifs de Ruths.

Quatre expertises dans le sens de la Métropole

En janvier 2024, les services de l’État, de leur côté, mandatent un bureau d’études afin de produire une autre expertise. Cette dernière irait dans le sens de la Métropole, comme trois autres expertises menées plus tôt, toujours pour le compte de la Métropole, indique Laurent Hamon, vice-président en charge des déchets.

Ce dernier a tenu à revenir sur les éléments mis en avant par l’expert judiciaire, jeudi 5 février 2026, en amont du conseil métropolitain, après la parution dans la presse ces dernières semaines d’informations du rapport qui remettaient en cause les choix de la Métropole.

Des dommages estimés à 116 millions d’euros pour Rennes Métropole

Dans son rapport complémentaire remis à la justice en novembre 2025, l’expert judiciaire estime les dommages financiers totaux pour la Métropole à 116 millions d’euros, soit plus du double du budget initial de modernisation de l’incinérateur (111 millions d’euros).

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Il ne relève qu’une « seule non-conformité rédactionnelle mineure » : « Rennes Métropole n’avait pas l’expérience métier dans ces domaines de la métallurgie lourde et de la tuyauterie/chaudronnerie industrielle. »

L’expert « a fait du hors-piste »

« Rennes Métropole a contesté tous les éléments de ce rapport », assure Laurent Hamon. « L’expert n’a pas répondu aux contestations. Il a fait du hors-piste. C’est un rapport à charge. »

Sur l’aspect financier dans ce dossier, il n’y a rien qui va. On a des factures pour estimer le préjudice de Ruths qui concernent des excès de vitesse, des achats de bouteilles de vin, de tequila, des factures de nettoyage d’appartements, des doubles factures.

Laurent Hamon
Vice-président de Rennes Métropole en charge des déchets

L’élu explique que, dès le départ, la collectivité a interrogé les techniques utilisées, mais qui ne sont pas pour autant interdites. « 100 % des soudures réalisées entre les différents éléments de tuyauterie ne respectent pas les normes de qualité. »

La technologie de soudure qui devait être appliquée pas respectée

Pour preuve, avec le remplacement de ces éléments par la nouvelle entreprise chargée de finir le chantier, pour une remise en route prévue à l’été 2026, la Métropole a voulu montrer, à travers des échantillons apportés en conférence de presse, que l’entreprise Ruths n’avait pas respecté la technologie de soudure qui devait être appliquée telle que décrite dans les documents de base fournis à la collectivité.

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Sur cette coupure d’élément de tuyauterie de la chaudière réalisée par Ruths, la Métropole estime que les soudures ont été mal faites, avec du vide à certains endroits, et auraient pu avoir des conséquences sur la sécurité du site. (© Brian Le Goff / actu Rennes)

Quand la Métropole a eu les premiers doutes, elle a donc demandé le dossier de conception à Ruths – dossier qui est normalement remis à la fin du chantier – et a mis trois mois à avoir une première version, qui a été révisée à deux reprises.

Finalement, c’est la manière dont ont été réalisées certaines opérations et non la technicité de base de l’entreprise que remet en cause la Métropole depuis le début du litige.

La Métropole engagera bientôt une procédure judiciaire

Cette dernière compte bien engager une procédure judiciaire au moment de la remise en route de l’infrastructure, d’ici quelques mois, contre Ruths, pour faire valoir son préjudice, confirme Laurent Hamon.

Dans son rapport, l’expert judiciaire soulignait également « les pertes de garanties et les très probables difficultés pendant les trois premières années d’exploitation » du fait que « les installations seront restées sans mise sous cocon pendant trois années consécutives » en raison des décisions d’arrêt brutal des travaux par la Métropole.

En tout état de cause, ce sont les services de l’État qui donneront l’autorisation de relancer l’usine l’été prochain, à partir des expertises à disposition.

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