
Alinoë Lavillaureix
Crédit : Noëlline Garon
Cela fait un peu plus d’un an que l’usage des contenants en plastique est interdit dans les cantines scolaires. Dans les communes de plus de 2 000 habitants, la loi Egalim est entrée en vigueur le 1er janvier 2025. Pourtant, à Rennes, le plastique reste utilisé.
Dans la capitale bretonne, des barquettes en plastique sont encore employées, y compris pour le chauffage des aliments. Une pratique dénoncée par le collectif « Cantine sans plastique ».
Après une visite de la cuisine centrale, Alinoë Lavillaureix, membre du collectif, affirme avoir pris la mesure du problème.
Une « nourriture polluée », selon le collectif
La mère de famille explique avoir découvert que la viande et le poisson étaient cuits dans des poches plastiques sous vide, selon un procédé de cuisson longue à basse température, au bain-marie. Une méthode qui, selon elle, favorise la migration de substances issues du plastique vers les aliments. « Plus le plastique est chauffé longtemps, plus il libère des phtalates, des bisphénols, des microplastiques ou encore de l’antimoine », affirme-t-elle. Des substances qui se retrouveraient ensuite dans les repas servis aux enfants. Elle parle de « nourriture polluée ».
Depuis plus d’un an pourtant, la loi Egalim interdit l’utilisation de ces contenants en restauration scolaire. La Ville de Rennes indique qu’elle prévoit de passer à des contenants en inox et de sortir totalement du plastique à l’horizon 2029.
Un calendrier jugé trop tardif par le collectif, qui a lancé une pétition en ligne.
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Crédit : Noëlline Garon
Des risques sanitaires pointés
Médecin de profession, Alinoë Lavillaureix évoque des conséquences sanitaires à long terme. Elle parle de « petites intoxications répétées », susceptibles d’avoir des effets durables. Elle dénonce une situation paradoxale : « Faire du bio pollué par le mode de cuisson, c’est aussi toxique ».
Elle évoque notamment des troubles hormonaux liés aux perturbateurs endocriniens, des cancers, des pubertés précoces, l’obésité, ainsi que des effets cardiotoxiques, immunotoxiques et des troubles du neurodéveloppement. « Ce n’est pas immédiat, mais tout ce qui peut être évité doit l’être maintenant », insiste-t-elle.
Il y a quelques jours, le collectif a demandé à la Ville de lancer un audit en urgence.
Alinoë Lavillaureix Alinoë Lavillaureix
Une transition jugée complexe par la Ville
Pour Ludovic Brossard, élu rennais en charge de l’alimentation durable, remplacer le plastique par l’inox implique une réorganisation complète de la chaîne de production des repas, de la cuisine centrale jusqu’aux cantines. Il souligne que certaines écoles, notamment les plus anciennes, ne disposent ni de l’espace ni des équipements nécessaires pour stocker et utiliser des bacs en inox.
L’élu évoque également la question des conditions de travail des agents, l’inox étant beaucoup plus lourd que le plastique, ce qui nécessite des équipements adaptés pour prévenir les troubles musculo-squelettiques.
La Ville assume une transition progressive. Selon Ludovic Brossard, la conception d’une nouvelle cuisine centrale, capable de produire jusqu’à 12 000 repas, ainsi que la modernisation des équipements existants, demandent du temps. Il souligne également les enjeux sanitaires liés à la production des repas et la nécessité de ne pas commettre d’erreurs dans l’organisation future.
Ludovic Brossard, élu à l’alimentation durable à RennesLudovic Brossard, élu à l’alimentation durable à Rennes
Une sortie du plastique prévue en 2029
Le coût total de l’abandon du plastique dans les cantines est estimé à plus de 30 millions d’euros. La Ville de Rennes prévoit une sortie complète du plastique à l’horizon 2029, avec l’ouverture d’une nouvelle cuisine centrale. Cette transition interviendra plus tôt dans certains établissements : dès juin dans les centres de loisirs et à partir de septembre dans certaines écoles.