La rencontre de ce mardi 3 février à Moscou entre le français Emmanuel Bonne et son homologue russe, Youri Ouchakov, s’est soldée par un échec, selon trois sources diplomatiques et sécuritaires française, ukrainienne et russe. En réponse à ses ouvertures, le conseiller diplomatique du président Emmanuel Macron s’est vu rétorquer que les revendications de la France et de l’Europe ne correspondent pas à la réalité du rapport de force militaire sur le front ukrainien.

Cette visite intervient dans la foulée de plusieurs déclarations d’Emmanuel Macron en vue de replacer l’Union Européenne au coeur des négociations de paix entre Kiev et Moscou, dont la médiation est aujourd’hui accaparée par le président américain Donald Trump. Ce projet de restaurer un canal de discussion avec Moscou divise jusque dans l’entourage d’Emmanuel Macron, où des généraux le jugeraient stratégiquement inapproprié.

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« La rencontre s’est déroulée dans la même veine que l’épisode de la longue table », décrit une source informée des détails de l’événement, en référence à la table de 6 mètres de long au bout de laquelle le président russe Vladimir Poutine avait placé son homologue français lors d’une visite au Kremlin en février 2022, un choix officiellement justifié par les mesures de distanciation sociale sur fond de Covid-19, mais également perçu comme une tentative de déstabilisation. Pas de table cette fois, mais « Bonne a été reçu seulement pour se faire rembarrer », regrette une de nos sources. Un accueil qui évoque à une autre source la répartie de Donald Trump, « vous n’avez pas les cartes », à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky en février 2025.

Contacté, l’entourage du président de la République a contesté cette version des faits, sans souhaiter commenter dans le détail.

L’initiative française qui interroge

Emmanuel Bonne n’en est pas à sa première mission auprès de Youri Oushakov, l’influent conseiller diplomatique présidentiel russe en poste depuis 2012, précédemment ambassadeur aux Etats-Unis, et l’un des architectes de la politique étrangère du Kremlin. Les deux officiels se sont rencontrés à plusieurs reprises depuis le début de l’invasion en Ukraine, dans un contexte très tendu, en l’absence de contacts directs entre leurs présidents.

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Cette nouvelle initiative française interroge dans certains cercles européens. « Il ne peut pas jouer sur tous les tableaux », estime un diplomate européen : « Le ‘en-même-temps’ ne fonctionne pas dans ces circonstances ». Ce mercredi 4 février, la Première ministre lettone Erika Selina et le président estonien Alar Karis ont exprimé leur soutien à l’initiative, provoquant un débat virulent au sein des classes politiques locales. Le gouvernement estonien – sous l’influence notamment de l’éminence grise du ministère des Affaires étrangères, Jonathan Vseviov – a désavoué la position de son président et réitéré sa ferme opposition à toute ouverture vis-à-vis de Moscou.

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Les dirigeants ukrainiens scrutent avec attention ces tentatives, comme l’ont confirmé plusieurs sources sécuritaires ukrainiennes à L’Express. Elles ont placé de grands espoirs dans la dynamique d’activisme sécuritaire que semblent impulser Paris et Londres sous l’égide de la « coalition des volontaires ». Au sein de l’appareil du service européen pour l’action extérieure (SEAE), l’organe de politique étrangère de l’UE, nos sources estiment que l’Europe n’a pas la crédibilité pour participer activement aux négociations de paix. Depuis plusieurs semaines, un travail a été engagé pour préparer plutôt son insertion dans un système de vérification de cessez-le-feu et de garanties sécuritaires en aval d’un potentiel accord de paix – jugé du reste peu probable à court-terme.

Lors d’une interview avec la chaîne pro-gouvernementale russe RT ce jeudi 5 février, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a qualifié les démarches d’Emmanuel Macron de « diplomatie pathétique ».

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