L’école primaire de Moussages (Cantal), où travaillait Caroline Grandjean-Paccoud, en septembre 2025. L’école primaire de Moussages (Cantal), où travaillait Caroline Grandjean-Paccoud, en septembre 2025. CÉLINE CASTELLA / AFP

L’enquête administrative diligentée après le suicide de Caroline Grandjean, directrice d’école dans le Cantal victime de propos lesbophobes, qui s’est suicidée en septembre, a conclu à une « défaillance institutionnelle dans le soutien » qui lui avait été apporté, a fait savoir le ministère de l’éducation, vendredi 6 février.

« Ce constat repose en partie sur le sentiment éprouvé par l’enseignante que l’institution n’a pas toujours fait bloc avec elle face aux conflits avec certains parents », souligne le ministère, confirmant une information de La Montagne. Il rapporte que l’enquête a noté « des décisions administratives vécues comme des injustices, par exemple s’agissant du refus d’attribuer une bonification de points liée à son handicap (RQTH) pour sa mobilité ».

Selon le ministère, « bien que cette bonification n’était pas mathématiquement nécessaire pour obtenir sa mutation, ce refus, fondé sur une lecture stricte des règlements, a privé Mme Grandjean d’une forme de reconnaissance et de soutien institutionnel dont elle avait besoin à ce moment-là ».

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« Les responsables ne sont pas reconnus »

« C’est un sentiment de satisfaction que l’éducation nationale reconnaisse une défaillance mais, derrière, il y a des responsables et ils ne sont pas reconnus dans le rapport », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Christine Grandjean-Paccoud, dont l’épouse s’est donné la mort le jour de la dernière rentrée scolaire. « Je suis en colère que cette enquête ne soit pas intervenue plus tôt, notamment quand les syndicats ont fait un signalement à la Dasen [direction académique des services de l’éducation nationale] en stipulant qu’elle jouait avec la vie d’un agent et qu’ils n’ont eu aucune réponse. C’est grave », estime-t-elle.

Après le suicide de la directrice, le ministère de l’éducation nationale avait diligenté une enquête administrative sur les causes du suicide. En novembre, Mme Paccoud avait, par ailleurs, porté plainte contre l’éducation nationale pour « harcèlement ». La plainte visait également le maire du village de Moussages, où est située l’école primaire dont elle avait aussi été la directrice.

« Bien sûr qu’il y a des responsables, mais on ne lâche rien, mon avocat fera le reste au pénal pour qu’ils soient reconnus et qu’il y ait un procès », assure la veuve de Caroline Grandjean. « Je me bats pour Caroline, elle me donne la force de le faire », dit-elle, expliquant que l’enseignante de 42 ans n’avait « jamais été reconnue comme victime » : « S’il y a une chose qu’elle détestait c’était l’injustice, je l’ai vu se détruire, elle n’était plus elle-même. »

Le ministère annonce, par ailleurs, « renforcer la formation de ses cadres à la gestion des situations de détresse psychologique », « à la lumière de ces conclusions, et conformément aux recommandations de la mission ». « L’objectif est de garantir qu’à l’avenir nos processus RH [ressources humaines] ne soient pas seulement réglementaires, mais traités avec toute l’humanité et le discernement requis », a-t-il ajouté.

« Un certain nombre de dysfonctionnements »

Thierry Pajot, secrétaire général du syndicat des directeurs et directrices d’école S2DE, est « satisfait, comme toute la communauté enseignante, que les trois inspecteurs généraux concluent à une faute institutionnelle de la hiérarchie de proximité ». « L’éducation nationale a un énorme travail de RH à mettre en place », ajoute-t-il.

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Pour Stéphanie Lavergne, cosecrétaire départemental du Snuipp-FSU dans le Cantal, les conclusions du rapport ne sont pas « surprenantes puisque ce sont des défaillances que nous avions signalées ». Ce rapport, selon elle, « met la lumière sur un certain nombre de dysfonctionnements (…) qui auraient pu être évités ».

Saluant la « reconnaissance d’une défaillance », Julia Torlet, présidente de SOS Homophobie, déplore toutefois l’absence de « reconnaissance du harcèlement lesbophobe ». « Si on ne nomme pas les choses, on ne peut pas les combattre. S’il devait y avoir un cas similaire, on risque de se retrouver face au même problème », met-elle en garde.

« Acharnement » de sa hiérarchie

Dans des écrits laissés avant sa mort, Caroline Grandjean évoquait un « acharnement » et un manque de soutien de sa hiérarchie. « Mon combat, c’est qu’elle soit reconnue comme victime », avait déclaré Mme Paccoud à la presse à la mi-septembre, en annonçant son intention de porter plainte contre l’institution.

L’institutrice de 42 ans était la cible depuis septembre 2023 de harcèlements en raison de son homosexualité et s’est donné la mort le 1er septembre 2025. Un drame qui a suscité l’émoi dans le monde enseignant. Des tags « sale gouine » et « gouine = pédophile » avaient notamment été découverts sur les murs de son école de Moussages, un village du Cantal de 200 habitants. Une enquête avait été ouverte concernant ces inscriptions, mais classée sans suite en mars 2025 « en l’absence de faits nouveaux », avait alors expliqué le parquet.

En arrêt-maladie, l’enseignante s’était vu proposer un poste à quelques kilomètres de Moussages pour la rentrée scolaire, mais avait été alors incapable de reprendre le travail.

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Le Monde avec AFP