À la tête de la maison familiale fondée par leur grand-père, Yaël et Jonathan Sacy ont résolument fait évoluer les pratiques à la vigne et au chai.

Sur l’étiquette est indiqué «Sacy Sœur & Frère». À sa lecture, beaucoup pensent encore à une simple erreur d’impression. «Tout est parti d’une blague, et puis nous l’avons gardé», sourit Jonathan en évoquant le nom de leur marque créée en 2018, avec l’ambition d’expérimenter ce que Louis de Sacy, maison familiale fondée par leur grand-père, ne pouvait pas encore assumer. Une scission qui n’en est pas vraiment une avec, à ce jour, deux identités parallèles, issues d’un même vignoble et de visions qui auront fini par converger.

Lorsqu’ils reviennent au domaine, en 2011 et en 2013, après des parcours aux antipodes – Yaël sort d’un master à la Sorbonne et d’un volontariat international en entreprise (VIE) aux États-Unis chez Bacardi Martini ; Jonathan, d’études de viticulture –, ils ont cette même envie d’aller vers une «approche plus naturelle». Leur constat est sans appel : «Nous avions déjà un vignoble formidable, c’était largement suffisant.» Exit les achats de raisins qui faisaient grimper la production à 400 000 bouteilles.


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«Nous travaillons sur ce qui nous rapproche»

Si leur père avait déjà réduit la voilure à 150 000 cols, eux vont plus loin encore en se concentrant sur leurs parcelles de Verzy, de Damery et de Fleury-la-Rivière, aux confins de l’Aube. «Une palette très complète», qu’ils décident de vinifier en parcellaires, en mono-cru, en fûts, balayant des décennies d’assemblage et de cuves en inox. Fermentation spontanée, pas de levures sélectionnées, des vins non filtrés, non dosés, tirés liège. «Nous voulions faire parler le terroir, insiste Yaël. À force de déguster et d’échanger avec des vignerons, nous nous sommes rendu compte que c’était possible.»

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Parmi leurs inspirations vigneronnes, ils citent Ruppert-Leroy, Mouzon-Leroux & FilsBérêche & Fils, génération qui a ouvert la voie d’une autre Champagne. «Les parents ont eu peur pour nous», reconnaissent-ils. En 2021, ils osent leur première cuvée sans soufre aux côtés d’un œnologue rompu à l’exercice, qu’ils décident de baptiser Les Chardonnays Perchés. Et c’est à partir de ce vin-là que la création d’une marque à part s’impose comme une évidence. Sacy Sœur & Frère démarre ainsi réellement en 2023 : 6 500 bouteilles commercialisées et un succès fulgurant, qui les force à vendre d’ores et déjà sous allocation. «Certains clients achètent nos champagnes sur les deux structures, mais beaucoup de nouveaux marchés s’ouvrent à nous. Parfois, il est plus intéressant que les clientèles ne se rencontrent pas», observe Jonathan avec un certain pragmatisme.

Entre eux, pas l’ombre d’une rivalité, mais une complicité qui s’impose d’elle-même. «Nous travaillons sur ce qui nous rapproche, et nous sommes d’accord sur les choses importantes, sur ce vers quoi nous essayons de tendre», confie Yaël. Jonathan acquiesce avec douceur : «Les seules fois où nous nous opposons, cela s’apparente à du chipotage. La vision globale est la même, et jamais je ne me dis en me levant : “Je la vois depuis ma naissance, et il va encore falloir que j’y retourne !”» À la vigne, 90 % en bio, travail du sol, agroforesterie, et un travail de dentellière. En cave, des milliers de bouteilles attendent patiemment leur moment de gloire. Et dans leur esprit, «plein d’idées et encore de nouvelles cuvées».