Si la direction demande le retour au travail, elle prend soin de ne pas se mettre à dos ses équipages sur le fond du dossier. Elle affirme « partager les préoccupations » concernant le dumping social pratiqué par les navires sous pavillons internationaux.

/ PHOTO ILLUSTRATION GILLES BADER

Le ton a changé sur les quais de Marseille. Face à une grève reconduite par la CGT jusqu’à ce vendredi matin, la direction de Corsica linea a lancé un appel solennel à la reprise de l’activité. Pour l’entreprise, le temps de la négociation doit désormais succéder à celui de la paralysie.

Un appel à la « responsabilité » et au dialogue

Pour Corsica  linea, le maintien des blocages n’est plus justifiable. La direction insiste sur un point crucial : des engagements collectifs ont été actés dès le 5 février lors d’une réunion en Préfecture, aux côtés du Ministère des Transports. Selon l’armateur, ces avancées permettent d’ores et déjà de garantir la défense du pavillon français et de l’emploi des marins. « La direction appelle à une reprise immédiate de l’activité afin de garantir un cadre de dialogue social serein et apaisé », indique le communiqué de la compagnie.

L’entreprise martèle qu’en tant que délégataire de service public, elle ne peut accepter une « prolongation déraisonnée » des perturbations qui frappent les clients fret et passagers. L’urgence est double : rétablir les liaisons avec la Corse, mais aussi relancer les lignes vers l’Algérie et la Tunisie, lourdement impactées depuis le lundi 2 février.

Une solidarité de façade, une rupture de méthode

Si la direction demande le retour au travail, elle prend soin de ne pas se mettre à dos ses équipages sur le fond du dossier. Elle affirme « partager les préoccupations » concernant le dumping social pratiqué par les navires sous pavillons internationaux.

Cependant, la méthode forte employée par les grévistes – notamment le détournement de navires concurrents à Ajaccio et Bastia ou le blocage de paquebots à Marseille – est fermement condamnée. Pour Corsica linea, ces actions de blocage de « l’outil naval » nuisent à l’ensemble de la filière maritime française et à sa fiabilité.

L’attente d’un déblocage

Malgré cet appel à la reprise, la situation sur le terrain reste incertaine. Les syndicats (CGT, SAMMM) maintiennent que les propositions de l’État et des compagnies sont encore « insatisfaisantes » et réclament des engagements écrits fermes avant toute reprise du travail.

L’arrivée de deux médiateurs nommés par le gouvernement est la dernière carte jouée pour transformer l’appel à la reprise de la direction en une réalité opérationnelle. L’enjeu est de taille : éviter un nouveau week-end de paralysie totale pour les ports de Marseille, Bastia et Ajaccio.