Pour apprendre la Révolution française aux enfants, quoi de mieux que de tourner en dérision les gisants de nos rois de France, au cœur du lieu sacré qui les abrite ? C’est l’idée cynique que semblent avoir eu, le 27 janvier dernier, des animateurs scolaires à l’occasion d’une sortie de classe au sein de la basilique Saint-Denis, nécropole des monarques de France.

« Une insulte envers les rois de France »

« Triomphe de Marat » et bonnet phrygien, c’est dans cette atmosphère grotesque, malgré le caractère sacré du lieu, que des éducateurs grimés en sans-culotte, ont donné lieu à une représentation sur la Révolution française et ses figures, auprès des enfants qu’ils encadraient. Témoin de ce « spectacle », c’est un militant du cercle d’Action légitimiste qui a dénoncé les faits, repris par son association qui a vu dans cette « scène ahurissante » « un véritable blasphème, une insulte envers les Rois de France […] et la propagande républicaine subie par nos enfants ». Sur les photos publiées par le militant, on peut voir le gisant de Charles Martel affublé du bonnet de Marianne.

Charles Martel, une cible pour la gauche et l’islam

Sans même évoquer l’outrage que représente une telle scène dans un lieu de culte, le grand-père de Charlemagne, mort en 741, n’a évidemment aucun lien avec la Révolution française. Son nom renvoie surtout à un tout autre épisode de l’histoire de France, celui de la bataille de Poitiers, en 732, au cours de laquelle il repoussa l’armée arabo-musulmane commandée par Abd al-Rahman. Alors pourquoi s’en être ainsi pris à cette figure, à travers une saynète burlesque et anachronique ?

Ces dernières années, la recrudescence des attaques symboliques contre son personnage a imposé Charles Martel comme une cible récurrente des mouvances islamistes et d’une partie de l’extrême gauche. En décembre 2024, trois jeunes radicalisés avaient ainsi été interpellés alors qu’ils projetaient un attentat islamiste contre la mairie de Poitiers, en référence explicite à la bataille qui avait repoussé les Maures. Deux mois auparavant, dans la même ville, plusieurs rues avaient été rebaptisées du nom de chefs du Hamas et de figures terroristes pro-palestiniennes. Si l’action n’avait pas été revendiquée, elle avait été relayée par le Mouvement des jeunes communistes de la Vienne, conduisant le préfet à saisir le procureur de la République pour apologie du terrorisme.

Accusé d’être instrumentalisé par les milieux identitaires ou patriotes qui voient dans ce personnage le symbole de la résistance française face à un islam conquérant, Charles Martel est encore présenté par certains comme une figure « raciste » ou « islamophobe ».

Dans un tel contexte, le voir utilisé comme support d’une mise en scène révolutionnaire, au cœur de la basilique de Saint-Denis, ne peut être considéré comme anodin. La question se pose alors de ce que ces encadrants ont entendu transmettre à des élèves lors de cette sortie scolaire. L’Éducation nationale avait-elle connaissance de l’organisation d’un tel « atelier pédagogique » ? À ce stade, le Centre des monuments nationaux n’a pas répondu aux sollicitations de Boulevard Voltaire.

Le diocèse « consterné » par cette « offense »

Contacté par nos soins, le diocèse de Saint-Denis affirme de son côté ne pas avoir été informé préalablement de cet événement. Il se dit surpris, attristé et « profondément consterné » par cette représentation, qui ne relève en rien de son initiative, assure-t-il. Le diocèse regrette une mise en scène perçue comme « une offense à la mémoire d’un défunt, à ses descendants » et à la basilique, « lieu sacré dédié à la prière et à la louange divine ». Il indique avoir interrogé le Centre des monuments nationaux, pour avoir des « explications factuelles » sur « ce type « d’atelier pédagogique » qui, selon lui, « ne valorise pas respectueusement l’Histoire de France, patrimoine commun à tous les habitants de ce pays ».


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