Après des années de lutte et plusieurs
tentatives infructueuses, le syndicat UAW vient de remporter une
bataille face à Volkswagen.

Près de deux ans après un vote historique, les salariés
de l »usine Volkswagen dans le Tennessee
et le syndicat UAW
ont conclu un accord. Ce texte prévoit une hausse de salaire, une
meilleure couverture et des garanties sur l’emploi. Cette victoire
marque un tournant pour le syndicalisme dans le sud des États-Unis,
une région traditionnellement hostile aux organisations ouvrières,
et relance les ambitions du syndicat face aux constructeurs
étrangers.

Un virage historique

Mercredi dernier, le syndicat United Auto Workers
(UAW) a annoncé avoir trouvé un terrain d’entente avec la
direction de
Volkswagen.
Pour bien comprendre son importance, il faut se souvenir que
l’usine Volkswagen du Tennessee a longtemps été le symbole de la
résistance des constructeurs étrangers face à la syndicalisation.
En avril 2024, les salariés avaient créé la surprise en votant
massivement (à 73 %) pour rejoindre les rangs de l’UAW, une
première dans le sud des États-Unis pour une usine automobile
étrangère depuis les années 1940. Ce premier accord vient donc
concrétiser un espoir né après deux échecs en 2014 et 2019. Le
contenu de ce contrat n’a rien d’anecdotique et semble
avoir été calqué
sur les standards obtenus chez les géants
de Detroit. Ainsi, le syndicat annonce une augmentation de
salaire de 20 % sur toute la durée de l’accord, accompagnée d’une
amélioration notable de la couverture santé et de la sécurité de
l’emploi
.

De son côté, la direction de Volkswagen confirme que cet accord
apportera des changements profonds pour la main-d’œuvre, citant
également une hausse du nombre de congés payés. Shawn Fain, le
président de l’UAW, n’a pas boudé son plaisir en affirmant que cet
accord allait tout simplement « changer la vie » des
ouvriers du site.

Cette réussite est le fruit d’une persévérance rare. Les
employés de l’usine de Chattanooga ne voulaient plus être les
parents pauvres de l’industrie automobile américaine. Ils avaient
observé avec attention la grande grève menée fin 2023 chez Ford, General Motors et
Stellantis, qui s’était soldée par une hausse de salaire de
25 %
. En rejoignant le syndicat, les ouvriers de
Volkswagen ont clairement exprimé leur volonté d’obtenir une part
équitable du gâteau, refusant que leur localisation géographique
dans un État du sud serve d’excuse à des rémunérations moins
avantageuses.

Un effet domino ?

Au-delà des murs de l’usine du Tennessee, cet accord est une
rampe de lancement pour la stratégie de l’UAW. Shawn Fain ne s’en
cache pas, son but est d’étendre la syndicalisation à
l’ensemble du pays
. Dans son viseur, on trouve des noms
aussi prestigieux que Toyota, mais aussi et
surtout, Tesla !
Le patron du syndicat sait que le succès chez Volkswagen est une
preuve par l’exemple. Il montre aux ouvriers d’autres
marques qu’il est possible d’obtenir des gains significatifs, même
là où l’on pensait que le syndicalisme n’avait pas sa
place
.

L’enjeu est désormais de transformer l’essai de Chattanooga. Le
syndicat doit prouver qu’il peut s’adapter aux nouveaux modèles
industriels, notamment ceux de l’électrique, où les cadences et les
méthodes de travail diffèrent parfois des usines traditionnelles.
Pour Volkswagen, cet accord permet de stabiliser les relations
sociales sur un site devenu important pour sa production aux
États-Unis. En acceptant ces conditions, le constructeur
allemand achète aussi une certaine paix sociale et s’évite les
conflits qu’ont connus ses concurrents de Detroit.
C’est
donc un pari à long terme, car une main-d’œuvre mieux payée et plus
protégée est souvent une main-d’œuvre plus fidèle et plus
productive. Reste à voir si cet exemple fera école. Si les salariés
de Tesla ou de Toyota commencent à demander les mêmes conditions
que leurs collègues de Volkswagen, c’est tout l’équilibre
économique de l’industrie automobile outre-Atlantique qui pourrait
être remodelé.