La plage du Pharo, Édouard Fabiani en rêve. Il y a un peu plus d’un an, cet habitant du quartier a lancé une pétition en ligne, valorisée à grand renfort d’images générées par IA, pour que l’anse du Pharo retrouve « son aspect originel ». Son collectif a réuni 1 300 signatures pour son projet sur le site historique des bains de mer du Docteur Giraudy, qui accueillait à l’aube du XIXe siècle les bourgeois en goguette. « Les Marseillais ne connaissent pas cet endroit pourtant central et magnifique », se désole-t-il. « Avec l’anse du Pharo, d’une superficie égale à celle des Catalans, on pourrait doubler la surface des plages du centre-ville », imagine Edouard Fabiani, espérant ouvrir le débat. Car le site accueille déjà des entreprises, comme le chantier naval Borg ou la Voilerie phocéenne.
Et après une concertation lancée en 2021, la Métropole a mandaté la Soleam pour y créer un village d’entreprises nautiques – alors prévu à l’horizon 2024 mais encore « en phase d’études » selon la Métropole. Son objectif ? Dynamiser la filière navale avec la construction de bâtiments (par le groupe Artelia et Panorama architecture) sur une surface de 4 000 m² environ, pour abriter ateliers et bureaux. « Il faut arrêter de bétoniser », dénonce Édouard Fabiani qui estime son projet à 5 millions d’euros, dont au moins 2 pour la dépollution, et demande un moratoire sur le sujet aux candidats pour les municipales. Pour l’instant seul Sébastien Barles, toujours adjoint à la transition écologique mais tête de liste dans le secteur pour la France insoumise, s’est rangé à ses côtés, et appelle à un rassemblement de soutien ce samedi à 11h devant les grilles de l’anse du Pharo. « C’est dans le programme LFI et on souhaite le mettre en avant, justifie l’élu. Il faut abandonner le projet Soleam pour permettre un espace de baignade sécurisé. C’est une question de volonté politique ».
L’anse du Pharo abrite plusieurs entreprises spécialisées dans l’économie de la mer. Photo LAURENSON Philippe »Une fausse bonne idée »
Du côté du comité d’intérêt de quartier Pharo – Catalans, on regarde avec une certaine circonspection ce rendez-vous pour dire « oui à une plage et non au projet tout béton ». « Ce site pas facile d’accès n’est pas adapté à une plage, c’est un joli et doux projet mais nous, on n’y croit pas du tout… Quel que soit le projet, on veillera à ce qu’il respecte le cadre de vie des habitants », précise son président Jean-Pierre Galeazzi. « C’est une fausse bonne idée », tranche Michel Athenour, le nouveau patron du chantier naval Borg. À la tête de cet atelier de charpente de marine, il note que ce « serait dommage de changer d’activité » et raconte le sol pollué, les entrées maritimes 80 jours par an et le va-et-vient incessant des bateaux à l’entrée du Vieux-Port. « Vu de loin ça fait rêver, c’est sexy… admet Michel Athenour. Et le village d’entreprises est aussi un vieux serpent de mer. » Pour la maire (GRS) du secteur (et tête de liste pour le 1e-7e du Printemps marseillais), c’est justement le temps long de sa mise en œuvre qui « fait fleurir d’autres propositions qui n’ont pas lieu d’être ». Ce pourquoi elle a interrogé lors du dernier conseil métropolitain, sa présidente Martine Vassal, sur le calendrier et le budget. « La Métropole me dit qu’elle va reprendre le projet à sa charge parce que la Soleam n’a plus les moyens de le faire, dit Sophie Camard. On a besoin d’un positionnement clair ». Et martèle que son opinion n’a pas dévié depuis 2020 : « Nous ne voulons pas faire de Marseille, la Côte d’Azur. Et défendons la nécessité de spécialiser l’anse du Pharo sur l’économie de la mer et la création d’emplois, comme celle d’agrandir les Catalans car nous sommes sensibles à l’idée d’une plage pour tous ».
L’accès au littoral, c’est aussi le grand combat des Libres nageurs qui s’associent au collectif pour la plage du Pharo et plaident pour la revalorisation de « ce coin inexploité sur lequel il ne faut pas mettre un sarcophage de béton ». « Quand vous le traversez, il y a l’un des plus beaux belvédères sur la mer, ça pourrait faire une continuité du littoral extraordinaire », s’enthousiasme Benjamin Clasen. Chantre de la nage en eau libre, il se félicite que les politiques « s’emparent de (ses) propositions » – à l’heure où le RN mise sur des plages réservées à des « pass familles seniors » et où la candidate de la droite pense y installer des transats réservés – tout en prenant ses distances : « On ne va pas faire la pub d’un parti ». Et de rappeler qu’un questionnaire a été envoyé à tous les candidats à la mairie sur leurs projets pour la rade de Marseille du cap Croisette aux plages de Corbières. Sans grand succès jusqu’ici.