La Vierge à la Rose (Madonna della rosa) a été peint entre 1518 et 1520 et à l’époque, Raphaël était littéralement la rockstar de Rome. Il croulait sous les commandes et il était de notoriété publique qu’il avait à son service des assistants, à qui il laissait finir une grande partie de ses toiles. Dès le XIXe siècle, de nombreux historiens de l’art grinçaient déjà des dents en observant certains de ses tableaux, particulièrement ceux qu’il a brossés à la fin de sa vie.

Mort la même année que la livraison de ce tableau, Raphaël n’a peut-être pas eu le temps (ou l’envie) d’y apposer tous les coups de pinceaux pour l’achever. Même si cette oeuvre est d’une splendeur inégalée, les doutes des historiens ont trouvé leur confirmation pas plus tard qu’en 2023. Une étude publiée dans la revue Heritage Science au mois de décembre de cette même année a réussi à démontrer, grâce à l’intelligence artificielle, que le grand maître a bel et bien partagé sa toile et qu’il avait délégué une partie de la composition de La Vierge à la Rose.


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L’œil de la machine face au génie humain

C’est une équipe de l’Université de Bradford qui a relancé l’enquête, en utilisant un algorithme taillé sur mesure, basé sur l’architecture ResNet50 développée par Microsoft. Le modèle a été entraîné exclusivement pour reconnaître la patte de Raphaël : gestion des ombres, palette chromatique, micro-texture des pigments, relief de la peinture… (plus de détails sur la vidéo YouTube ci-dessus).

La Vierge à la Rose reprend les codes de l’iconographie chrétienne et représente Jésus, entouré de Marie et de Joseph, ainsi que le petit Saint Jean-Baptiste, le cousin de Jésus. Toutes ces figures ont été analysées, et seul le visage de Joseph, situé en haut à gauche de la peinture, n’a pas passé le test.

Il était le seul, selon les calculs du modèle, à présenter des caractéristiques étrangères à celles du maître. Comme un algorithme ne regarde pas le tableau comme nous le faisons, il décompose l’image en milliers de couches mathématiques pour identifier des motifs invisibles à l’œil nu (Deep Feature Analysis).

C’est ce qui lui a permis de détecter cette différence et, pour les chercheurs, d’en conclure que c’était certainement Giulio Romano, l’un des meilleurs disciples de Raphaël, qui avait peint Joseph. Le peintre le considérait comme son bras droit et il pouvait imiter son style à la perfection… ou presque. Sa technique picturale différait très légèrement et l’IA ne s’est pas laissée berner : le diable se cache dans les détails !

Ces conclusions font-elles pour autant de ce tableau un vulgaire faux ? Absolument pas ; Giulio Romano était tout de même l’un des plus grands artistes de son temps et personne, à l’époque, ne trouvait scandaleux qu’un assistant peigne un personnage secondaire. Il faut se rappeler qu’en 1520, Raphaël était au sommet artistiquement, mais il n’était plus au meilleur de sa forme. Laisser le pinceau à Romano pour ce Saint Joseph était sans doute le seul moyen de livrer cette commande avant que le destin ne l’emporte à seulement 37 ans. Au XVIe siècle, un tableau signé par Raphaël était avant tout une marque et un label de qualité sorti d’un atelier de génies, et son commanditaire ne lui en aurait certainement pas tenu rigueur. Avec plus d’une centaine d’œuvres à son compteur, Raffaello Sanzio avait déjà accompli en une vie bien plus que dix artistes contemporains d’aujourd’hui ; il avait bien le droit à un peu de répit !

  • Une étude utilisant l’IA a confirmé que Raphaël a partagé la création de La Vierge à la Rose avec son assistant Giulio Romano.
  • L’algorithme a analysé des détails techniques et a identifié des différences dans le style, notamment sur le visage de Joseph.
  • Le tableau n’est pas considéré comme un faux, car l’utilisation d’assistants pour des œuvres était courante à l’époque de Raphaël.

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