9%. C’est le taux de Français qui ont eu l’occasion de partir à la montagne pour les vacances d’hiver en 2023. Quand on regarde de plus près l’étude du Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) publiée en 2024, on se rend compte que ces Français qui partent aux sports d’hiver sont, à 40 %, des CSP+. Ces chiffres pourraient bien valider le cliché qui veut que le ski est un « sport de riches ».
Cette idée colle aux semelles des chaussures de ski. Alors que le top départ des vacances d’hiver est donné ce samedi 7 février 2026 avec la zone A, l’occasion semblait parfaite pour interroger ce cliché. Et si on se trompait ?
Comme sur tout marché régi par la loi de l’offre et de la demande, il en faut pour tous les goûts… et tous les portefeuilles. En marge des grands massifs alpins, des petites stations, moins connues, proposent des prix abordables.
12 euros la journée
Bessans, Névache, Le Désert d’Entremont, Sixt-Fer-à-Cheval, Serre-Eyraud, Le Semnoz… Ces noms de stations ne vous disent peut-être rien et pourtant, elles mériteraient d’être plus connues. Là-bas, une journée de ski coûte moins de 20 euros.
On le remarque bien assez vite grâce au travail de nos confrères du Dauphiné Libéré qui ont compilé le prix des forfaits de plusieurs stations situées dans l’est de la France : pour skier pas cher, il faut aimer… skier peu. La plupart du temps, les pass les moins chers vous donnent accès à une poignée de pistes (5, 4, voire 2).
Une aubaine pour les débutants qui n’ont, au final, pas besoin d’un domaine skiable particulièrement riche. À Font-Romeu (Pyrénées-Orientales), où M6info a planté sa caméra, les vacanciers peuvent passer la journée sur les pistes pour 12,5 euros. Et ce, grâce au forfait « débutant » qui donne accès à cinq remontées mécaniques.
« Cela nous permet de pouvoir skier plusieurs jours au lieu de faire seulement une journée sur des pistes qu’on n’est pas capable de descendre », témoigne un skieur débutant.
Une offre qui se veut être un produit d’appel. Derrière cette belle promesse, le projet de cette station pyrénéenne est de fidéliser ses clients débutants pour les emmener vers le « vrai » produit : le forfait journée qui donne accès à tout le domaine (46 pistes), vendu au prix de… 48,5 euros.
« Ceux qui savent skier doivent mettre le prix »
Si vous avez quelques notions de godille, le ski pas cher, il vaut mieux oublier. « Ceux qui savent skier doivent mettre le prix, c’est comme pour tout », souligne Laurent Vanat, spécialiste en économie des stations de ski, auprès de RTL.fr. On peut le comprendre : pour prendre du plaisir sur ses spatules, deux pistes vertes et une bleue ne convaincront pas les skieurs aguerris.
D’après les calculs du média spécialisé Alti-Mag, une journée de ski alpin coûte en moyenne 39 euros en France. Dans les grandes stations, notamment des Alpes, les tarifs d’une journée sur les pistes peuvent atteindre des sommets : 80 euros pour les 3 Vallées, 75 euros à Tignes, 66 euros aux 2 Alpes…
Skier « bien » pour pas cher, c’est possible ?
N’y a-t-il pas une offre intermédiaire entre les prestigieux domaines pour les gros portefeuilles et les petites stations aux trois pistes pour débutants ? À Réallon, dans les Hautes-Alpes, on skie à la journée pour 29,50 euros. Le domaine offre 22 pistes, de 1.600 à 2.150 mètres d’altitude. « On a tout d’une grande station », fait savoir Kévin Thirion, directeur de la station, contacté par RTL.fr.
Proposer des tarifs abordables est une véritable volonté. « Si les grosses stations continuent de cibler une clientèle étrangère, on va se couper d’une population qui aime la montagne. Il faut garder des niveaux de prix multiples ».
Si le forfait est raisonnable à Réallon, c’est aussi parce que son modèle économique le permet. La station des Hautes-Alpes est gérée par une régie communale et n’a donc pas d’actionnaires. Ainsi, l’argent généré par la saison de ski est réinvesti dans la station et non pas dans un « capital lambda ». Le modèle tient également car le domaine skiable est financé à hauteur de 50 % par des subventions publiques.
Des coûts incompressibles
Réallon est une exception. Pour bénéficier d’un domaine avec une trentaine de pistes, les forfaits sont plutôt aux alentours de 50 euros, voire un peu plus. Mais pourquoi les prix sont si élevés ? Le coût du forfait est constitué de trois postes de dépenses majeures : les salaires du personnel (30%), le paiement des impôts et des taxes (20%) et le coût d’entretien du matériel, c’est-à-dire des remontées mécaniques, des engins de damage ou encore des canons à neige (18,7%), d’après les données de DSF. Avec ces trois composantes, on est déjà à près de 70% du prix de votre forfait.

La part des différents postes de dépenses dans les charges totales des opérateurs.
Crédit : Capture d’écran dossier de presse DSF
Dans cette répartition, les stations se rémunèrent à hauteur de 7%. « Cela reste minime », analyse Yves Dimier, vice-président de Domaines Skiables de France (DSF), le syndicat professionnel du secteur, auprès de notre rédaction.
« Le ski n’est pas une activité rentable sauf dans les stations où on est au-delà des seuils critiques (les stations internationales des Alpes, ndlr). Le ski n’est pas une machine à faire du cash, contrairement à ce que l’on pense. Le forfait est cher, mais parce que ça coûte aux stations », résume Laurent Vanat.
Des bons plans existent
Yves Dimier en est persuadé : « Il y en a pour toutes les bourses », assure-t-il à RTL.fr. Pour skier moins cher, il existe quelques bons plans (même dans les grosses stations). Pour bénéficier de tarifs réduits, skier hors vacances scolaires ou le samedi vous permet de faire baisser la note. Mais encore faut-il être flexible.
Outre la distinction entre la saison et le hors-saison, de nombreux exploitants proposent la vente de forfaits en tarification dynamique. Suivant le modèle des parcs d’attractions ou des billets de train, le prix du forfait est fixé selon l’affluence du moment. À Val-Cenis, station dirigée par Yves Dimier, cela peut entraîner des réductions jusqu’à -50%.

Une piste de ski en Isère.
Crédit : Hassan AYADI / AFP
On ne le sait pas toujours, mais la plupart des stations, y compris les plus grosses, proposent des remontées mécaniques gratuites. Dans le registre de la gratuité, renseignez-vous si, comme 14% des Français d’après l’étude du Crédoc, vous partez en famille : des stations proposent de ne pas faire payer les plus jeunes. À Tignes (Savoie) par exemple, le forfait est gratuit pour les enfants jusqu’à 8 ans et les tarifs sont réduits jusqu’à 18 ans inclus.
Pas si cher que cela
Nos interlocuteurs s’accordent sur un point essentiel. Finalement, en France, on ne serait pas si mal loti côté tarifs. Chaque année, Laurent Vanat compare les prix de référence des grandes stations internationales des Alpes. « Pour la saison 2025/2026, la France affiche clairement le prix moyen le plus bas des quatre grands acteurs alpins, avec 68 euros la journée », étaye l’expert de l’industrie du ski.
En comparaison, l’Autriche et l’Italie se trouvent aux alentours de 80 euros et la Suisse à 98 euros. Traverser l’Atlantique s’avère d’autant plus fatal : aux États-Unis, une journée de ski peut coûter jusqu’à 200 euros la journée.
La France pourrait-elle s’aligner sur ces prix ? Il ne faut pas en avoir trop peur. Yves Dimier nous rappelle que les prix des forfaits sont validés par les collectivités. Ces dernières ont tout intérêt à ce qu’ils ne soient pas trop élevés. Pourquoi ? Le forfait étant un véritable produit d’appel, il draine l’économie de tout un secteur. Selon les chiffres de DSF, pour un euro dépensé dans le forfait, c’est 6 euros supplémentaires dépensés dans la station. Les collectivités ont alors tout intérêt à pousser pour des tarifs attractifs.
Le directeur de Val-Cenis appelle également à remettre les choses dans leur contexte : « Le forfait peut paraître un peu cher en France mais c’est valable pour toute une journée. Si on compare une heure de ski à une heure de cinéma ou dans un parc d’attractions, on est dans les mêmes niveaux de prix. » De quoi vous convaincre d’effectuer une réservation de dernière minute ?
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