« De quelle contrée venez-vous, voyageurs ? »… Chevelure flamboyante, maquillage noir de jais, fourrure sur les épaules, une guerrière viking accueille les premiers visiteurs de la Cité immersive de Nice. En fond sonore, cris de mouettes et clapotis des vagues. Immersif, vous dites ?
Ce vendredi matin, un vent venu du grand Nord a soufflé sur la Promenade des Anglais. Pas de drakkar tiré sur le rivage, mais presque : derrière une façade discrète, le lieu de 1 000 m2, anciennement Albert Arts, a ouvert ses portes à la presse. Dès ce samedi, le grand public pourra y vivre, pendant environ 60 minutes, une immersion dans l’épopée des Vikings.

Dès l’entrée, les visiteurs sont invités à embarquer pour une véritable odyssée. Une guerrière évoque la mer, les dieux nordiques, le courage des grands navigateurs.
Dylan Meiffret / Nice-matin
« Notre travail, c’est de raconter l’Histoire autrement. Pas avec des vitrines alignées, mais avec un récit, des émotions, des sensations » , explique Jean Vergés, historien de l’art et juriste de formation, co fondateur de la société Cités immersives.
Senteurs de cumin et de hareng fumé
« On veut transmettre un savoir sans être simpliste. Mettre l’émotion au service du savoir. Cette exposition se veut à la fois exigeante, ludique et pédagogique, mélangeant décors spectaculaires, objets réels et expériences interactives », renchérit son associé Anthony Samama, pro du conseil, du commerce et romancier, avant de tirer les épais rideaux noirs du début du parcours.
Pour l’heure, ce sont les sens qui s’activent. La première salle, plongée dans des « ruines fumantes », met dans le bain en donnant l’impression d’un raid viking qui vient de s’achever. On comprend vite que le propos n’est pas de réduire les Vikings à des pillards, mais de raconter la réalité historique – conquêtes, échanges, rencontres et métissages.
Dans le campement reconstitué, on découvre, senteurs de cumin, fenouil, aneth et hareng fumé dans le naseau, la vie quotidienne de ce peuple, la construction de drakkars, la mythologie viking avec la figure de la völva (prophétesse) et le rôle des femmes. « Dans le Nord, les femmes ont le droit de partir quand elles sont mécontentes de leur mari », glisse l’une d’elles, dans une vidéo que l’on écoute au travers des casques audios remis dès l’entrée. Comme quoi, cette société n’était pas si patriarcale.

Des ateliers ponctuent la déambulation : construction de cairns, découverte de l’alphabet runique, jeux de cordage…
Dylan Meiffret / Nice-matin
Philippe Torreton dans le rôle de Rollon
Voilà Philippe Torreton qui apparaît, dans le rôle de Rollon, fondateur de la Normandie. La partie immersive de la cité se passe surtout sur des écrans : une vingtaine de comédiens prêtent leurs traits à des Vikings aussi vrais que nature.

Autour d’un banquet, Rollon, fondateur de la Normandie, raconte comment cette terre devint « celle où tout était possible », où Vikings et Francs bâtirent ensemble.
Dylan Meiffret / Nice-matin
Chaque salle compte aussi son lot de jeux – construction de cairns, nœuds marins ou puzzle géant pour enfants – ou d’éléments plus ou moins interactifs. Ici, le visiteur est libre d’essayer un lourd casque viking, de prendre la pose pour un selfie sur un trône. De tout toucher, ou presque. On évite ainsi la frustration des enfants (que l’on conseille d’amener à partir de 4 ans), pas bête.
Cette dualité entre sens du spectacle et rigueur historique ponctue le parcours. Jusqu’à la dernière salle où du vidéo mapping enveloppe littéralement les visiteurs dans un univers onirique où mers infinies, fjords glacés et silhouettes de guerriers défilent sur tous les murs. Saisissant.

Un trône et des accessoires vikings se prêtent à la pause selfie.
Dylan Meiffret / Nice-matin
L’immersion capte l’attention et là où l’on redoutait un effet « gadget », l’équilibre délicat entre récit historique et divertissement est conservé. Pour une véritable expérience, au contenu dense, que l’on picore ou dévore, au choix.
Une cité du cinéma à Cannes ?
Histoire, technologies immersives et narration spectaculaire. Fondée en 2023 et basée à Paris, la société Cités immersives conçoit, produit et exploite des lieux immersifs dédiés à la découverte du patrimoine et de l’histoire pour un public large et familial.
Aujourd’hui, elle revendique 350 000 visiteurs conquis, exploite trois lieux (dédiés aux Vikings à Rouen et à Nice, Fables à Paris), travaille en parallèle sur d’autres projets (la cité des Ducs de Bourgogne et de Champagne en 2027) et prévoit des ouvertures de Cités à Bordeaux, Marseille, Lille et Lyon ces prochaines années.
Si le règne viking a vocation à être éphémère à Nice, Cités immersives pourrait bien s’installer de façon pérenne avec un site dédié à l’histoire de la capitale de la Baie des Anges. Et l’idée d’une cité du cinéma à Cannes n’est pas exclue…
1 Rue Massenet, à Nice. Ouvert de mardi au dimanche. Entrée adulte 15,90 euros, enfant 9,90 euros. Rens. nice.cites-immersives.fr