C’est le Graal que les cardiologues attendaient depuis des années. Pour des millions de patients, la lutte contre le cholestérol est un combat perdu d’avance : malgré des doses massives de statines, leurs artères continuent de s’encrasser, les laissant avec une épée de Damoclès au-dessus du cœur. La seule solution restante était jusqu’ici contraignante et coûteuse : des injections régulières. Mais une étude majeure publiée mercredi dans le New England Journal of Medicine change la donne. Une simple pilule, l’enlicitide, parvient à imiter la puissance des injections et à effondrer le taux de « mauvais » cholestérol de manière spectaculaire.

Le mur du « mauvais » cholestérol

Pour comprendre l’enthousiasme des médecins, il faut rappeler l’impasse dans laquelle se trouvent de nombreux malades. Le cholestérol LDL (le « mauvais ») est l’ennemi public numéro un de vos artères. Il s’accumule, forme des plaques, durcit les vaisseaux et finit par provoquer infarctus et AVC.

La première ligne de défense, ce sont les statines (comme le Tahor ou le Crestor). Elles fonctionnent en freinant la production de cholestérol par le foie. C’est efficace, mais pour les patients à haut risque, c’est souvent insuffisant. Les médecins visent un taux de LDL inférieur à 70, voire beaucoup moins. Or, beaucoup de patients plafonnent bien au-dessus, même avec un traitement maximal. Jusqu’à présent, pour franchir ce mur, il fallait passer à l’artillerie lourde : les inhibiteurs de PCSK9 injectables. Ces médicaments sont miraculeux mais ils ont trois défauts majeurs : ils coûtent cher, ils sont complexes à prescrire, et surtout, ils nécessitent des piqûres. Résultat : une infime minorité des patients qui en ont besoin les reçoivent réellement.

La puissance d’une injection dans un comprimé

C’est ici que l’enlicitide (développé par le laboratoire Merck) réalise un tour de force pharmacologique. C’est une pilule orale qui parvient à bloquer la même protéine cible (PCSK9) que les injections.

L’essai clinique de phase 3, mené sur plus de 2 900 patients à haut risque cardiovasculaire, a livré des résultats impressionnants :

  • Les patients prenaient déjà des statines.

  • Ceux qui ont ajouté l’enlicitide ont vu leur taux de mauvais cholestérol chuter de 60 % supplémentaire en six mois.

  • Cette baisse s’est maintenue sur une année entière.

« Aucune autre pilule additionnelle n’approche le degré de réduction que nous observons ici », s’enthousiasme le Dr Ann Marie Navar, cardiologue au UT Southwestern Medical Center. En clair, on obtient le résultat d’une biotechnologie de pointe avec la simplicité d’un cachet à avaler le matin.

Crédit : Halfpoint

Une seule contrainte (et une inconnue)

Le médicament n’est pas encore en pharmacie, mais la FDA (l’agence du médicament américaine) lui a déjà accordé un statut d’examen prioritaire (« fast-track »), signe de l’urgence sanitaire. Le profil de sécurité semble excellent : les effets secondaires n’étaient pas plus nombreux que chez les patients prenant un placebo. Une seule petite contrainte logistique a été notée : la pilule doit être prise à jeun pour être efficace.

Cependant, la science médicale reste prudente sur un point crucial. Faire baisser les chiffres sur une prise de sang est une chose ; empêcher les morts en est une autre. Si la corrélation est biologiquement logique, elle n’est pas encore cliniquement prouvée pour ce médicament spécifique.

Comme le souligne le Dr William Boden, expert indépendant, il faudra attendre la fin de l’étude à long terme (actuellement en cours sur 14 000 patients) pour certifier que cette baisse spectaculaire du cholestérol se traduit bien par moins d’infarctus et moins de décès. Mais pour les millions de personnes qui vivent avec la peur au ventre et des artères en sursis, l’espoir d’une solution sans aiguille est déjà une victoire.