Donald Trump  lors d’un évenement de campagne avec des représentants de communautés latinos, à Miami le 22 octobre 2024

CHANDAN KHANNA / AFP

Donald Trump lors d’un évenement de campagne avec des représentants de communautés latinos, à Miami le 22 octobre 2024

EN BREF Alors qu’il avait obtenu la majorité du vote de la communauté latino en 2024, Donald Trump perd peu à peu son soutien.
La défaite d’un candidat républicain au Texas pourrait préfigurer une déconvenue plus importante aux midterms.
Les difficultés économiques et la politique migratoire de Donald Trump expliquent en partie ce retournement.

Deux salles, deux ambiances. Après son sacre aux Grammy Awards, Bad Bunny va continuer de tutoyer les sommets ce dimanche 8 février où il est attendu sur la scène du Levi’s Stadium de Santa Clara, pour assurer le show de la mi-temps du Super Bowl. Un moment qui risque de se transformer en tribune pour l’artiste qui dénonce les politiques violentes et discriminantes de Donald Trump dont il est une bête noire. Outré du choix du roi de la trap et du reggaeton pour cette soirée, le président américain a même décidé d’organiser sa contre-soirée avec des artistes country.

Pourtant, Donald Trump aurait tort de regarder avec mépris le succès planétaire du Portoricain alors que le vote des latinos, la première minorité aux États-Unis, a contribué à sa victoire en novembre 2024. Jamais auparavant un candidat républicain n’avait recueilli autant de voix au sein de la population hispanique.

L’avertissement texan

Or cette manne électorale semble en partie se dérober sous ses pieds, comme l’illustre l’échec cuisant de l’élection sénatoriale partielle au Texas, où les Républicains ont perdu, dimanche 1er février, un de leur bastion de 30 ans. Le démocrate Taylor Rehmet s’est imposé avec une avance confortable dans la circonscription de Fort Worth grâce, entre autres, à un basculement du vote latino, détaille Bloomberg. Le média évoque à titre d’exemple un quartier du nord de la ville très largement latino où le démocrate a recueilli plus de 80 % des votes, alors que Donald Trump s’y était imposé en 2024 avec 51 % des voix.

Surtout, à dix mois des midterms, le scrutin texan fait écho à la flopée d’études d’opinions sur le mécontentement des latinos, qui s’accumulent depuis des mois, tels des nuages noirs, au-dessus du leader MAGA. L’une des plus parlante est sans doute celle du Pew Center Research publiée en novembre. Entre 60 et 70 % des personnes hispaniques désapprouvent la manière dont il conduit son mandat et son approche de l’immigration, tout comme ils estiment que ses politiques économiques ont plutôt aggravé la situation. Un pessimisme qui ne touche pas de la même façon les partisans de Donald Trump et ceux de Kamala Harris, mais tout de même : au sein des électeurs latinos du président, ils sont 30 % à trouver que la situation est pire désormais pour les hispaniques.

Parmi les promesses qui ont convaincu une large partie de cette minorité à voter pour le candidat républicain, celle d’un miracle économique grâce aux Trumponocis. L’attente dure toujours. « Nous n’avons pas eu ce qu’on pensait avoir (…) L’ensemble de la communauté hispanique a l’impression qu’on l’a laissé tomber », déplore ainsi auprès de Politico, Javier Palomarez président d’une organisation de chefs d’entreprises hispaniques.

De fait, les guerres commerciales à base de droits de douane lancées par la Maison Blanche ont plutôt eu tendance à soutenir l’inflation et donc le coût élevé de la vie. Une étude menée par les équipes de Javier Palomarez, montre que même 40 % des chefs d’entreprises hispaniques et républicains jugent que la trajectoire économique du pays ne va pas aller en s’améliorant.

Une politique migratoire jugée trop brutale

Quant à la politique migratoire animée par des raids violents à l’intérieur même du pays, elle divise de plus en plus. D’autant que les emprisonnements et les expulsions ont conduit à déstabiliser les circuits de mains d’œuvre bon marché, notamment dans les exploitations agricoles, les services à la personne, ou la construction.

« Tous les Hispaniques sont d’accord pour dire que si une personne est ici illégalement et commet des délits, des vols, des meurtres, elle doit être arrêtée et expulsée. Mais je ne suis pas d’accord avec le fait d’expulser des personnes qui sont ici par nécessité et qui n’ont rien fait », confiait récemment à l’AFP un quarantenaire originaire du Mexique et qui a voté Donald Trump en 2024. Même son de cloche pour Maria, une retraitée interrogée par Radio Canada qui regrette son vote : « Il a viré des gens qui venaient vraiment pour travailler. Il les a tous ramassés. Il en a mis certains en prison. D’autres, il les a envoyés ailleurs, dans des pays qui n’étaient même pas les leurs ». Dans un sondage YouGov de début de janvier, près de 60 % des hispaniques se prononcent en faveur d’une dissolution de l’ICE.

De quoi faire dire à plusieurs observateurs que les électeurs latinos pourraient, un comme les « Swing states », faire basculer les élections de mi-mandat de novembre prochain. D’ici là, ce mécontentement grandissant au sein de cet électorat risque de bousculer le redécoupage électoral politique dans lequel se sont lancés de nombreux états républicains sous la pression de Trump. Dont le Texas. En l’état actuel, tous les sondages, à l’exception d’une poignée, donnent les démocrates vainqueurs.