Viktor Vincent, pouvez-vous rappeler ce qu’est un mentaliste ?

« J’aime dire que c’est un illusionniste qui utilise ses cinq sens pour donner l’illusion d’en avoir un sixième. À la différence d’un magicien, qui va couper des personnes en deux ou faire disparaître des objets, le mentaliste joue avec les pensées des gens, pour essayer de deviner des choses en eux ou de faire des prédictions. »

Comment avez-vous découvert cet univers ?

« Je faisais déjà de la magie traditionnelle lorsque j’ai commencé à m’y intéresser en tant que spectateur. J’ai ensuite rencontré un mentaliste qui m’a totalement bluffé et qui est devenu mon mentor. Mes connaissances en magie ne me permettaient pas de comprendre ce qu’il faisait et, pourtant, tout me paraissait réel : c’était incroyable. C’est cette émotion que j’essaie à mon tour de transmettre au public lors de mes spectacles. »

Comment se forme-t-on au mentalisme ?

« Il n’y a pas d’école, et ce n’est pas un don : tout ce que fait un mentaliste est rationnel. Après, c’est en forgeant qu’on devient forgeron : on essaie, on se trompe, beaucoup… Je dirais qu’il suffit d’être passionné. Le travail est alors un plaisir et, donc, on finit par travailler tout le temps ! Il faut aussi avoir le sens du spectacle, du faux, du secret, de l’illusion, du fantastique… »

Le fantastique, c’est justement le thème de votre spectacle…

« Ce que je fais en tant que mentaliste est très proche de ce genre, qu’il soit cinématographique ou littéraire. Je trouvais intéressant d’en raconter l’histoire en partant de sa naissance en France, au XIXᵉ siècle, avec Guy de Maupassant, puis Méliès et ses nombreux films. En faisant des recherches, je me suis d’ailleurs rendu compte que Maupassant vivait au quotidien dans un monde fantastique, puisqu’il était atteint de syphilis, ce qui lui donnait des hallucinations : lorsqu’il voyait une personne en face de lui, il ne savait pas si elle était réelle ou le fruit de son imagination. Ce n’est pas le fait de savoir que quelque chose est vrai ou faux qui crée le fantastique, c’est le fait de ne pas savoir, d’être dans le doute. J’adore cette nuance. »

Quels genres de tours allez-vous réaliser sur scène ?

« On va s’amuser à lire dans les pensées les uns des autres. Une personne va, par exemple, prendre la place d’un médium pour deviner des choses, ressentir des forces invisibles, recevoir des messages… C’est amusant de renverser les rôles et, pour moi, de faire un pas de côté en laissant le pouvoir du fantastique et du merveilleux à un spectateur. »

En tant qu’illusionniste, que ressent-on lorsqu’on parvient à bluffer son public ?

« On peut avoir fait tous les spectacles du monde, c’est toujours celui que l’on est en train de faire qui compte, celui du présent. Et quand ça fonctionne, que l’on arrive à deviner juste, à viser dans le mille et à transmettre l‘émotion souhaitée, c’est la plus grande des récompenses. La réaction du public est agréable, mais c’est parfois une illusion : il m’est arrivé d’applaudir des spectacles que je n’avais pas aimés… Être au rendez-vous avec soi-même et avec ce que l’on attend de moi, c’est le plus gratifiant à mes yeux. »

On peut s‘étonner qu’un spectacle de mentalisme soit à l’affiche d’un festival d’humour…

« Ce que je propose n’est pas du tout un spectacle d’humour, en effet. Les spectateurs viennent plutôt chercher du suspense, de l‘émotion, du mystère, des choses bluffantes… Mais le rire surgit de certaines situations, ce qui fait que les spectateurs sont souvent surpris d’avoir autant ri en sortant du spectacle. C’est plaisant pour moi, car j’adore l’humour : c’est une arme très puissante, et les spectacles qui se prennent trop au sérieux ont tendance à m’ennuyer. »

Malgré votre expérience, vous arrive-t-il encore de vous tromper ?

« Oui, il faut être totalement présent et concentré sur scène, et c’est justement ce que j’aime : ce n’est pas un spectacle que je peux jouer en mode automatique. Je me suis trompé récemment lors d’un tour, et je n’ai compris mon erreur qu’une fois le rideau tombé. C‘était une erreur de débutant, mais je ne regrette pas de l’avoir faite. D’une part, au moins je ne la referai plus, et d’autre part, tout le monde a ri, ce qui a donné un moment délicieux avec le public. Et puis, c’est bon pour la circulation sanguine, parce que, sur le moment, je vous assure qu’on a très chaud ! »

Un dernier mot pour convaincre le public de venir vous voir…

« Mon but est de vous proposer une expérience unique et familiale. Ce que j’aime, c’est parvenir à créer une illusion tellement puissante qu’elle remplace la réalité. Comme avec le cinéma ou le théâtre, on se projette totalement dans une fausse réalité en acceptant de la considérer comme vraie. On sait que tout est faux et, pourtant, les émotions que l’on ressent sont bien réelles : je trouve ça fascinant. Précision importante pour ceux qui auraient peur de monter sur scène : personne ne vous y obligera ! »

Infos Spectacle « Fantastik » de Viktor Vincent, dimanche 15 février à 17 h à La Forge. Tarif unique : 33 €. Renseignements : www.arcomik.com