On savait qu’un infarctus ne se traduit pas par les mêmes symptômes chez les hommes (douleur brutale en étau dans la poitrine irradiant le bras gauche et la mâchoire) que chez les femmes (sensation d’épuisement, essoufflement à l’effort, douleur aiguë dans le haut du dos, palpitations, nausées, gêne ou brûlure d’estomac).
Une nouvelle étude publiée dans le Journal of the American College of Cardiology vient de révéler que chez plus de la moitié des femmes de moins de 65 ans, les infarctus ne sont pas causés par les facteurs traditionnels, à savoir l’obstruction des artères par un caillot de sang, mais par d’autres mécanismes auxquels les médecins ne pensent pas toujours.
Près de 1 500 dossiers examinés
Pour mettre ce résultat en évidence, les chercheurs de la Mayo Clinic ont récupéré les dossiers de l’ensemble des résidents de moins de 65 ans du Comté d’Olmsted dans le Minnesota (États-Unis) qui avaient été victimes d’un infarctus entre janvier 2003 et mars 2018. L’analyse des dossiers et des imageries (scanners) a permis d’identifier les six différentes causes physiologiques des infarctus. Pour chaque groupe, les chercheurs ont évalué la mortalité, notamment cardiovasculaire, à long terme.
Ce sont 1 474 cas d’infarctus du myocarde qui ont pu être identifiés. Parmi eux, hommes et femmes confondues, 68 % avaient été victimes d’un infarctus lié à la cause classique de la crise cardiaque, à savoir l’« athérothrombose ». Il s’agit d’un caillot de sang qui se forme au niveau des zones des artères du muscle cardiaque recouvertes de dépôts lipidiques (athérosclérose) et qui, en obstruant le vaisseau, va ralentir ou interrompre la circulation sanguine.
Mais en comparant les sexes, les scientifiques se sont aperçus que cette cause expliquait moins de la moitié des cas d’infarctus des femmes (47 %) contre les trois quarts (75 %) de ceux des hommes. Chez les premières, donc, plus de la moitié des infarctus étaient causés par des facteurs non traditionnels, notamment par une « dissection spontanée de l’artère coronaire » ou DSAC.

Une étude vient de mettre en évidence que, chez les femmes, plus de la moitié des infarctus ne sont pas liés aux plaques d’athérome, ce qui remet en cause le diagnostic et la prise en charge des crises cardiaques dans cette population. © muhammad, Adobe Stock (image générée par l’IA)
Des causes auxquelles les médecins ne pensent pas toujours
La DASC est une déchirure de la paroi des artères du cœur qui engendre une accumulation de sang dans l’espace situé entre les couches de la paroi. Les facteurs de risque sont mal connus, mais il semble que des défauts du tissu musculaire des vaisseaux, la grossesse, un stress émotionnel ou physique puissent la favoriser. Cette déchirure va mener soit à une réduction, soit à une interruption du flux sanguin irriguant le muscle cardiaque. Les auteurs de l’étude ont calculé que la DASC était six fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.
Parmi les autres causes d’infarctus du myocarde identifiées, les chercheurs ont retrouvé l’embolie (circulation d’un caillot sanguin sans lien avec des plaques d’athérome et qui va bloquer une artère coronaire), mais aussi des facteurs de stress physiques comme l’anémie ou une infection qui représentaient la deuxième cause la plus fréquente d’infarctus chez les hommes et chez les femmes, avec un taux de mortalité de 33 % à cinq ans, et ce, même si ces patients avaient des niveaux de lésions cardiaques moins élevés.
« Cette recherche met en lumière les causes des crises cardiaques qui ont été historiquement sous-estimées, en particulier chez les femmes, explique la docteure Claire Raphaël, cardiologue à la Mayo Clinic et première auteure de l’étude. Lorsque la cause profonde d’une crise cardiaque est mal comprise, cela peut conduire à des traitements moins efficaces, voire nocifs. »
Pourquoi cette étude est importante ?
Ces travaux soulignent l’importance de mieux identifier les causes sous-jacentes d’un infarctus. Un SCAD mal diagnostiqué, c’est en effet le risque de prescrire un traitement inutile, tel que la pose d’un stent, et d’augmenter le risque de complications. Reconnaître et diagnostiquer correctement ces crises cardiaques non traditionnelles permet de prodiguer des soins plus appropriés et d’obtenir de meilleurs résultats à long terme.
« Nos recherches soulignent la nécessité de repenser notre approche des crises cardiaques chez cette population de patients, en particulier chez les femmes jeunes adultes, commente le docteur Rajiv Gulati qui a lui aussi participé à l’étude. Les cliniciens doivent être plus attentifs aux pathologies telles que le SCAD, l’embolie et les facteurs déclenchants liés au stress, et les patients doivent exiger des réponses lorsqu’ils ressentent un malaise. »
À la clé, une meilleure guérison et surtout, moins de récidives.