Fendant le ciel de ses 3 776 mètres de haut, le mont Fuji fait la fierté du Japon. Au XIXe siècle, le célèbre peintre Katsushika Hokusai lui dédie une collection entière, intitulée « les 36 vues du Mont Fuji« . Le maître de l’estampe sillonne alors le Japon pour montrer les différentes facettes du pays à travers la montagne, apparaissant discrètement derrière les toits d’un village ou s’érigeant comme un colosse au dessus d’une mer déchaînée.
Presque 200 ans après ce voyage, Julien Rocheblave a suivi les traces du maître de l’estampe pour raconter le Japon d’aujourd’hui à travers son appareil photo. Si le pays s’est métamorphosé depuis l’époque d’Hokusai et est, encore aujourd’hui, en proie à de nombreux bouleversements, sa montagne, elle, continue de veiller sur les habitants. En 2025, Julien est donc arrivé au Japon avec un défi de taille: capturer l’essence d’un pays, en 36 photos et quatre mois. Un projet auto-financé, guidé par son œil et sa passion pour ce pays plein de ruptures, mais aussi de ponts, entre le passé et le présent.
Pour GEO, il détaille l’ambition artistique derrière deux de ses 36 photographies du Mont (disponibles dans le diaporama en tête d’article).
« Aka Fuji »: le défi de la montagne
Vent rouge, esprit clair. 紅風、快心。
© Julien Rocheblave
« C’est la toute première image que j’ai réalisée pour cette série, et aussi l’une des plus difficiles à obtenir » raconte Julien. « Cette teinte rouge sur le mont Fuji est le résultat d’un phénomène météorologique rare, qui n’apparaît que lorsque la montagne est recouverte d’une très fine couche de neige ».
En préparant son voyage, Julien savait le défi qu’allait représenter ce cliché. L’estampe originale d’Hokusai présente un mont Fuji avec un sommet légèrement enneigé sous une lumière rouge très difficile à obtenir. Avec seulement quelques jours autour du 15 octobre pour réaliser cette prise, la fenêtre s’annonçait serrée.
« Lors de mon premier essai (pour l’image ci-dessus), le mont Fuji n’était pas encore enneigé. L’écho à l’estampe d’Hokusai n’était donc pas parfait, mais j’ai tout de même tenté ma chance. En vain : ce jour-là, le brouillard était trop dense et le mont Fuji totalement invisible ».
« S’en sont suivis six jours de chutes de neige continues. J’avais peur qu’à la prochaine éclaircie, la montagne soit trop couverte et que l’effet recherché ne puisse plus se reproduire avant l’année suivante ».
« Lorsque je suis revenu six jours plus tard, sur les conseils d’un Japonais de la région, j’ai découvert la scène parfaite : juste ce qu’il fallait de neige sur les sommets, une magnifique teinte rouge… À cet instant, je me suis senti littéralement plongé dans l’estampe ».
Un dialogue entre deux Japon
Reflets sur le lac Kokoro le long du Tōkaidō. 心、東海道にて
© Julien Rocheblave
« Deux siècles après Hodogaya le long du Tōkaidō d’Hokusai, j’ai souhaité proposer une réinterprétation contemporaine de cette étape emblématique du voyage, raconte Julien. Dans l’estampe originale, Hokusai représente des voyageurs en mouvement, inscrits dans le flux du chemin ».
« Ici, le choix a été d’isoler une figure unique, immobile dans le paysage. La scène est née d’un alignement rare : le lieu, la lumière, et surtout la présence d’un passant dont la silhouette évoque directement les personnages d’Hokusai, notamment ce chapeau blanc qu’il dessinait beaucoup sur les voyageurs du Tōkaidō ».
« Ce détail en apparence, crée un pont visuel immédiat entre l’estampe et la photographie. Le Tōkaidō apparaît alors à deux niveaux : comme un chemin historique inscrit dans le territoire, et comme une continuité iconographique, où certaines figures semblent traverser le temps ».
Les 36 clics du Mont Fuji
Retrouvez l’intégralité du travail de Julien Rocheblave dans notre article diaporama ainsi que sur son site, où vous pourrez commander son livre « Les 36 clics du mont Fuji« .