La décarbonation est un enjeu majeur pour le maritime, où en êtes-vous ?

C’est un engagement que nous avons pris très tôt, dès 2017, sous l’impulsion de Rodolphe Saadé. Aujourd’hui, notre politique est claire : nous ne commandons plus aucun navire qui ne soit pas capable de brûler des carburants décarbonés, principalement le GNL ou le méthanol. D’ici 2030, nous aurons plus de 150 navires prêts pour ces énergies, une échelle industrielle inédite. Mais notre action ne s’arrête pas en mer. Sur terre, nous équipons nos terminaux et entrepôts de panneaux solaires et nous électrifions nos engins de quais partout où cela est possible. Nous investissons globalement 20 milliards de dollars dans ces nouveaux actifs. Nous testons même la propulsion vélique. On fait le job, l’outil de production est prêt.

Sur la décarbonation, personne ne réussira seul. C’est pour cela que nous avons créé la Coalition pour les énergies du futur avec vingt partenaires mondiaux pour peser auprès des instances internationales. Car le vrai défi reste le coût et la disponibilité des carburants verts. Le client veut du transport propre, mais il n’est pas encore prêt à en payer le prix fort.

Comment l’innovation technologique et l’IA interviennent-elles ?

C’est notre deuxième levier majeur. Nous avons une R & D interne puissante où nos ingénieurs navals développent des outils de pointe. L’idée est d’utiliser l’intelligence artificielle pour optimiser nos routes maritimes en tenant compte des courants, de l’historique statistique ou encore de l’enfoncement du navire. En affinant ce routing, nous visons entre 5 et 10 % d’économies d’énergie. C’est absolument considérable à l’échelle de notre flotte. C’est ce que j’appelle l’efficacité opérationnelle : utiliser ces données pour consommer moins, tout en améliorant la prévisibilité et la maintenance de nos navires.

Vous souhaitez également féminiser la filière ?

Nous avons lancé le programme « She Sails ». Nous partions de très bas, avec seulement 2 à 3 % de femmes parmi nos navigants. En un an, nous avons réussi à doubler ce chiffre. Nous adaptons les carrières pour qu’elles soient compatibles avec la vie des femmes, tout en garantissant un environnement sécurisé. Aujourd’hui, nous avons des femmes commandants et chefs mécaniciens, et notre ambition est de doubler encore ces effectifs l’année prochaine.