Par
Marion Travers
Publié le
6 févr. 2026 à 12h18
À l’abri des regards mais sous l’œil attentif de ses agents, le Musée de l’abbaye Sainte-Croix des Sables-d’Olonne prépare sa mue.
Depuis sa fermeture pour plusieurs années en raison d’importants travaux de rénovation et de restructuration, l’activité du musée d’art moderne et contemporain n’est pas pour autant mise en sommeil, au contraire !
Car avant de laisser la place aux ouvriers, il faut déménager les plus de 11 000 œuvres !
Un déplacement qui nécessite des mois de préparation. Un travail mené en interne, par les agents du Masc. « Ce qui démontre leur polyvalence », souligne Jean-François Dejean, adjoint au maire en charge de la culture.
Six agents, dont quatre à temps plein, « bichonnent » peintures, sculptures, dessins, etc., afin qu’ils soient stockés dans les meilleures conditions.
Les agents formés à cette mission délicate
Une mission qui n’a pas été improvisée puisque tous les agents ont été formés pour réaliser le déplacement des œuvres. Le Masc est d’ailleurs accompagné dans cette tâche par ASK, un cabinet d’assistance d’ouvrage.
Ce chantier des collections est financé par les crédits habituellement alloués aux expositions.
Jean-François Dejean
Jusqu’à la réouverture du musée, prévue en 2028, toutes ces œuvres vont vivre de nombreuses étapes : elles ont été répertoriées, leur état a été vérifié, elles sont en ce moment conditionnées, puis elles seront transportées vers leur nouveau lieu de stockage où elles seront traitées par anoxie (traitement curatif de désinsectisation par privation d’oxygène des œuvres).
Cette opération d’anoxie concernera les œuvres identifiés comme « organiques », c’est-à-dire en bois, toile, papier, etc. Elles représentent tout de même 89 % des collections du Masc !
« Tout ceci n’arrive qu’une seule fois dans la vie d’un musée »

Une Onomatomanie de Victor Brauner soigneusement emballée. ©Journal des Sables
L’ensemble des œuvres du musée seront ensuite pointées lors d’un inventaire (récolement) et un constat de leur état sera réalisé. Elles seront toutes numérotées et prises en photo.
Celles qui le nécessitent seront restaurées. Enfin, elles seront stockées en attendant leur retour au Masc, pour celles qui seront exposées dans le nouveau musée.
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Tout ceci n’arrive qu’une seule fois dans la vie d’un musée. Et même dans la vie d’un conservateur !
Gaëlle Rageot-Deshayes, la conservatrice du Masc
Elle ajoute : « C’est un mal pour un bien car on ne voyait que la partie émergée de l’iceberg, ceci un peu au détriment des réserves, il faut bien l’avouer ! »
En effet, ce déménagement des œuvres donne lieu à de véritables découvertes : « C’est très satisfaisant : on retrouve des objets oubliés. On fait de vraies redécouvertes ! »
Une proximité avec les œuvres

Rien n’est laissé au hasard lors de l’emballage des œuvres du Masc alors qu’elles s’apprêtent à quitter le musée pour un nouveau lieu de stockage. Ici une pierre peinte de Gaston Chaissac. ©Journal des Sables
Depuis la mi-novembre et jusqu’au printemps, les agents du Masc travaillent au conditionnement et à l’emballage des œuvres.
Anthony Rompa, Vincent Loyer et Lionel Petitbon sont particulièrement mobilisés sur cette étape cruciale dont dépend l’intégrité des œuvres lors de leur prochain transport.
Ils déplacent, ils portent, ils emballent. C’est un travail répétitif. D’ailleurs, nous avons un kiné qui les suit.
Gaëlle Rageot-Deshayes
Pour autant, cette mission ne déplaît pas aux « trois mousquetaires ». Au contraire. « Il y a un côté proximité avec les œuvres. On les habille », image Lionel qui apprécie la découverte d’œuvres qui lui étaient jusqu’alors méconnues.
Vincent acquiesce : « Là, on peut prendre le temps de redécouvrir les collections. Ce qu’on n’avait jamais le temps de faire lors des installations d’expositions, qu’il s’agisse des collections permanentes ou des expositions temporaires. »
Anthony apprécie quant à lui le « travail méticuleux » que requiert cette mission. L’emballage des œuvres 3D a d’ailleurs sa préférence.
Un travail chirurgical
Papier bulle, Tyvek® (synthétique non-tissé), mousse de protection et autres cartons n’ont plus de secrets pour eux. Œuvres 3D (sculptures), arts graphiques (dessins, lithographies…) et peintures doivent toutes être conditionnés avec une infinie précaution.
« Cela paraît évident mais il faut toujours être très concentré car cela peut avoir des conséquences sur les œuvres. Par exemple, les bulles du papier bulle doivent toujours être positionnées vers l’extérieur », rappelle la conservatrice qui parle d’ailleurs d’un « travail chirurgical ». L’image est plutôt bien choisie car les gants sont impératifs pour manipuler les œuvres et le scalpel est l’outil indispensable à la découpe sur-mesure de la mousse servant à caler les œuvres dans les caisses de transport.
En avril et pendant deux ou trois mois, un transporteur spécialisé dans le déplacement d’œuvres d’art assurera le déménagement vers un lieu de conservation externe. Lieu qui persistera d’ailleurs après l’ouverture du nouveau musée puisqu’il disposera de réserves très réduites par rapport à son ancienne configuration.
L’opération d’anoxie des œuvres organique se déroulera durant l’été, jusqu’à la rentrée. « Puis, dans le centre de conservation, nous procéderons au récolement », poursuit Gaëlle Rageot-Deshayes.
Si les œuvres n’ont pas encore quitté le Masc, le chantier de rénovation de l’abbaye a tout de même déjà commencé. Les travaux sont en cours : curage, démolitions, dépose des cimaises, diagnostics supplémentaires… Jean-François Dejean se félicite : « Pour le moment, les délais des différentes étapes sont respectés. »

Gaëlle Rageot-Deshayes aux côtés de Vincent Loyer, Lionel Petitbon et Anthony Rompa. ©Journal des Sables
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