1 Qu’ont voté les États européens vendredi ?
Les 27 États de l’Union européenne ont approuvé, vendredi 6 février 2026, l’intégration du recyclage chimique dans la part de contenu recyclé obligatoire dans les bouteilles en plastique, de même que le mode de calcul de cette part. Les bouteilles doivent contenir au moins 25 % de plastique recyclé actuellement, puis 30 % d’ici 2030. La Commission européenne a proposé d’intégrer le recyclage chimique à cette règlementation.
C’est une « première étape importante pour la définition de règles en matière de recyclage chimique au niveau de l’UE », a affirmé une porte-parole de la Commission, Anna-Kaisa Itkonen.
2 Qu’est-ce que le recyclage chimique ?
C’est « un ensemble de technologies qu’on peut classer en deux grandes familles, la dépolymérisation et les procédés thermiques », expose Jean-Yves Daclin, directeur général France de Plastics Europe, organisation de la plasturgie comptant parmi ses membres BASF, Eastman, ExxonMobil, Ineos, LyondellBasell, Shell ou TotalEnergies.
La première consiste à « casser des longues chaînes de polymères » composant le plastique, à l’aide de solvants par exemple.
Certains plastiques, représentant la majorité des déchets, ne peuvent pas être transformés de la sorte. Les recycleurs recourent alors à la pyrolyse, les chauffant à haute température pour casser les molécules. C’est énergivore et coûteux, mais le procédé fait partie des options retenues par les autorités pour lutter contre la pollution générée par les emballages plastiques.
À l’heure actuelle, la production est très marginale. « Ce sont des technologies assez innovantes, à des stades assez initiaux de développement », souligne Jean-Yves Daclin, concédant que « le modèle économique est encore à construire » et qu’il « faudra des années avant que l’activité soit significative en termes de volumes » produits.
3 Que lui reproche-t-on ?
Parler du recyclage chimique permet par ailleurs aux industriels de déplacer le débat, « plutôt que de parler de la baisse de production et de la consommation de plastique, qui est le vrai enjeu » pour limiter les effets sur l’environnement, analyse une source au sein de la Commission, qui demande l’anonymat.
Pour l’ONG Zero Waste, le procédé est polluant et gourmand en énergie et entretient le « mythe » d’un recyclage à l’infini du plastique, matériau qui se dégrade tout au long de sa vie et nécessite donc l’apport de matière vierge pour assurer de nouveau ses missions.
4 Quel poids du plastique recyclé ?
La production mondiale de plastique n’a cessé de croître, atteignant 430,9 millions de tonnes de plastique vierge (+4 %) en 2024. Sur ce total, le plastique dit « circulaire » (recyclé mécaniquement, fabriqué à partir de biomasse, recyclé chimiquement ou issu de la capture du carbone) représente 10 %.
Plus de la moitié des matières plastiques issues du recyclage, mécanique et chimique, viennent d’Asie (54,9 %), particulièrement de Chine (30,3 %). Cette région domine aussi la production globale : 57,2 % des matières plastiques mondiales ont été fabriquées en Asie, dont 34,5 % pour la seule Chine.
5 Pourquoi des débats sur le calcul ?
Le vote européen a aussi tranché, vendredi, la méthode de calcul retenue pour déterminer la part de plastique recyclé dans les bouteilles plastiques. En cas de pyrolyse, ce n’est pas une méthode scientifique : à la sortie d’un vapocraqueur, l’installation pétrochimique qui transforme les hydrocarbures en molécules élémentaires, il est impossible de distinguer une molécule d’éthylène issue de plastique recyclé. Les professionnels ne peuvent garantir que « l’origine des produits issus du recyclage », dit Jean-Yves Daclin : 5 % du total par exemple. Néanmoins, ils pourront choisir d’allouer cette part recyclée à une fraction des produits à la sortie : déclarer par exemple que 5 % des produits à la sortie sont 100 % recyclés.
L’industrie « dispose désormais de règles cohérentes et clarifiées pour calculer, vérifier et déclarer la teneur en matières recyclées », a dit la Commission, vendredi.
Pour Zero Waste Europe, la mesure « risque de compromettre l’intégrité de la définition d’un contenu recyclé », avec « une différence entre ce qui se passe dans la réalité et ce qui peut être revendiqué », commente Lauriane Veillard, de Zero Waste Europe. Elle craint que ce vote ne crée un « mauvais précédent » pour le reste du recyclage plastique.