On en fait trop ? Demandez donc aux Irlandais ce qu’ils en pensent. « Mickaël Guillard a été exceptionnel », a salué dans sa chronique à « l’Irish Examiner » Ronan O’Gara, le manager du Stade Rochelais, observateur privilégié du large succès du XV de France sur l’Irlande, jeudi soir au Stade de France (36-14).
Depuis ses débuts en Bleus, lors d’une tournée de juillet en Argentine dont le récit sportif a rapidement été éclipsé par le volet judiciaire de Mendoza, Mickaël Guillard n’avait jamais déçu sous le maillot des Bleus. Il a cette fois littéralement illuminé le jeu. On pourrait parler de cet essai qu’il a offert d’une passe soyeuse à Charles Ollivon alors qu’il aurait également pu servir Théo Attissogbe à son extérieur : « Je voulais faire croquer les avants. » Le garçon sait être coquin. Mais c’est avant tout son incessante activité qui a marqué les esprits.
En haut des stats
Cette disponibilité a d’ailleurs trouvé une traduction en données statistiques. Lors de ce match, il est l’avant tricolore à avoir gagné le plus de terrain avec 46 mètres gagnés ballon en main. Et, à égalité avec Thomas Ramos, il figure tout en haut des Français qui ont touché le plus de ballons (17). « C’est sûr que c’est l’un de mes meilleurs matchs », a-t-il souri après coup. « Je suis content quand ça tourne comme ça, ça n’arrive pas très souvent. »
Quand il a lâché, dans la zone mixte du Stade de France, être sorti « lessivé » du terrain, on avoue avoir été rassuré. Oui, il est bien humain. Mais à bien y réfléchir, il est peut-être un peu plus que cela. La nature de sa performance a surtout donné corps aux propos tenus par Fabien Galthié deux jours auparavant : « On ne veut pas jouer comme des Sud-Africains. On essaie de créer notre propre identité. »
À ce titre, Mickaël Guillard est une espèce particulièrement rare. Au cours de son premier mandat, Fabien Galthié qualifiait « d’hybride » les joueurs capables d’évoluer à plusieurs postes. C’était le cas d’un élément tel que Sekou Macalou, capable d’occuper tous les postes de la troisième ligne et de glisser à l’aile. Une polyvalence qu’incarne aujourd’hui encore le flanker Oscar Jegou par sa capacité à dépanner au centre.
« On n’est jamais vraiment installé en équipe de France, on peut très vite faire deux saisons incroyables et après ne plus être appelé »
Le Lyonnais semble toutefois placer le curseur encore plus haut par sa capacité à tenir indifféremment tous les postes de la deuxième ligne comme ceux de la troisième ligne. Alors que le sélectionneur est sans cesse en quête de mobilité et de puissance pour coller aux exigences du niveau international, il lui offre l’opportunité d’aligner un paquet d’avants avec cinq troisième ligne. Rare et précieux.
Statut
Mickaël Guillard a honoré sa première sélection en poste 4 face aux Pumas. Il a été replacé en poste 5 à la fin du Tournoi 2025 lorsque les Bleus ont roulé sur l’Italie (73-24) et l’Irlande (42-27). Et il s’est illustré en numéro 8 lors de la difficile tournée d’été en Nouvelle-Zélande. Suffisamment pour y être reconduit au détriment de Grégory Alldritt pour affronter l’Afrique du Sud en novembre dernier. Un match durant lequel il a joué près de 50 minutes alors qu’il avait pourtant été rapidement victime d’une acromio-claviculaire (17-32). Fort. Avec lui, il n’y a pas d’expérimentation. Il n’y a que des satisfactions.
« Au fur et à mesure des saisons, il a évolué dans le groupe et par ses performances en club ou en équipe nationale. Il a su nous montrer que c’était un joueur important », estime William Servat, le co-entraîneur de la conquête du XV de France : « Sur le déplacement, l’impact et le combat, il correspond aux attentes du très haut niveau. » Comprendre, un joueur dynamique, explosif, qui avance à l’impact et gagne ses collisions.