Guerres de succession, sortants qui remettent leur mandat en jeu, candidats en reconquête, panorama non exhaustif des forces en présence dans les villes de plus de 100 000 habitants, à cinq semaines du premier tour des élections municipales 2026.

C’est souvent à l’aune des résultats dans les métropoles et villes de plus de 100 000 habitants, que l’on juge du succès ou de l’échec aux élections municipales des principales formations politiques aux élections municipales. Tour d’horizon.

En Languedoc, suspense à Nîmes

À Montpellier, Michaël Delafosse (PS), candidat à sa propre succession, fait office de favori, du haut de la traditionnelle prime promise au sortant et de sondages (très) favorables, le dernier, réalisé par Harris Interactive le créditant de 38 % des voix, loin devant la députée LFI Nathalie Oziol (16 %). Qui, avec l’ex-maire Philippe Saurel, s’il se déclare, l’entrepreneur Mohed Altrad, et la députée européenne France Jamet (RN), restent ses principaux adversaires. Sans oublier Isabelle Perrein, la candidate d’une droite républicaine et du centre qui a toujours du mal à percer à Montpellier.

À Perpignan, le plus grand danger pour Louis Aliot, à la tête de la seule ville de plus de 100 000 habitants tenue par le RN, pourrait venir d’une éventuelle inéligibilité consécutive à une condamnation dans le procès en appel des assistants parlementaires du FN. Mais avant que la décision ne tombe, cet été, il peut candidater face à une gauche éclatée (trois listes, dont celle de Place publique menée par la vice-présidente de la région Occitanie, Agnès Langevine), et une droite sans espoir. Et l’Ifop crédite Louis Aliot de 43 % d’intentions de vote au premier tour…

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C’est finalement à Nîmes, dernière ville de plus de 100 000 habitants pour le LR, que le suspense reste le plus marqué dans les grandes cités du Languedoc. Le maire LR Jean-Paul Fournier ne se représente pas, ses dauphins Franck Proust (le président de l’agglomération) et Julien Plantier (qui a fait alliance avec Valérie Rouverand, de Renaissance) se déchirent, et le RN a poussé comme candidat l’ex-maire de Beaucaire et eurodéputé Julien Sanchez (directeur de la campagne du parti au niveau national). Alors que la gauche hors LFI part unie derrière le communiste Vincent Bouget.
D’ici à ce que cela se termine en remake de 1995 avec une quadrangulaire, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas encore.

Toulouse Moudenc brigue un 4e mandat

Dans la capitale de l’Occitanie, le maire sortant (divers droite, ex-LR) Jean Luc Moudenc sollicite un quatrième mandat, dans le cadre d’un scrutin qui s’annonce à nouveau très disputé.
Il trouve sur sa route une gauche hors LFI qui s’avance groupée derrière le socialiste François Briançon. LFI incarne donc la troisième force (avec François Piquemal à sa tête) dans une ville où Jean-Luc Mélenchon avait obtenu 37 % des voix au premier tour de la présidentielle. Et où le RN, avec une liste portée par Julien Leonardelli, ambitionne désormais de passer pour la première fois la barre des 10 % aux municipales.

À Paris, à… cinq au second tour ?

On n’y est pas encore mais si les résultats du sondage Cluster 17 pour Politico publié cette semaine se confirmaient, on vivrait dans la capitale un entre-deux tours explosif. Cette enquête montre en effet que… cinq candidats pourraient passer au second tour ! Emmanuel Grégoire (PS-Ecolos-PCF), est devant avec 33 % des intentions de vote. Il précède Rachida Dati (LR-MoDem-UDI, 26 %), Pierre-Yves Bournazel (Horizons-Renaissance, 14 %), Sophia Chikirou (La France insoumise, 12 %), et Sarah Knafo (Reconquête), qui atteint tout juste les 10 % synonymes de possibilité de qualification au second tour.
Certes, rien n’assure que cette configuration sera effective le 15 mars à 20 h. Pas plus que ce résultat n’indique que ces cinq candidats, le cas échéant, se maintiendraient tous. Mais cela dit quelque chose d’une situation à haut potentiel abrasif, et offrant l’occurrence d’alliances variées et pas forcément prévisibles aujourd’hui. Et à cinq semaines du premier tour, bien malin qui peut envisager la suite avec clarté. Une certitude : le RN ne décolle toujours pas à Paris, Thierry Mariani restant scotché sous la barre des 5 %.

Un gros match annoncé à Marseille

On ne va pas tomber dans la facile métaphore sportive, mais c’est quand même un gros match qui s’annonce à Marseille. S’il en fallait une preuve supplémentaire, le sondage OpinionWay pour Le cercle des élus locaux, réalisé entre les 6 et 12 janvier 2026, l’apporte : le maire sortant Benoît Payan, candidat d’une liste d’union de la gauche se retrouve à égalité, à 31 %, avec le candidat RN-UDR Franck Allisio.
Dès lors, le candidat LFI, le député Sébastien Delogu, et la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal, sont d’ores et déjà vus en juge de paix, ou en faiseur de roi, c’est selon. Ils seront tous deux en position de se maintenir au second tour, et leur décision de se retirer, ou pas, impactera forcément et grandement le résultat final.

À Lyon, Aulas élu dès le premier tour ?

Tiendra-t-on à Lyon le vainqueur le plus inattendu des ces élections municipales 2026 ? Pas impossible.
Car qui aurait déjà pu envisager une candidature de l’ex-président de l’Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas, ne serait-ce qu’à mi-temps du mandat en cours ? Et, surtout, qui aurait imaginé qu’à moins de deux mois du premier tour, un sondage le donnerait en tête avec le score ahurissant de 47 % des intentions de vote (enquête publiée par LyonMag le 26 janvier dernier) ?

D’où la question : Jean-Michel Aulas peut-il être élu dès le premier tour ? Une perspective cauchemardesque pour son principal opposant, le maire sortant écologiste Grégory Doucet, qui, de sondage en sondage, reste autour de 25 %. Et seul un autre candidat, l’UDR Alexandre Dupalais, soutenu par le RN, accroche la barre des 10 %…

Enjeux variés, du Havre à Nice

De nombreuses villes de plus de 100 000 habitants vont être le théâtre d’enjeux majeurs à l’occasion de ce scrutin.
Beaucoup de regards seront tournés vers Nice, où l’affrontement entre Christian Estrosi, maire sortant, et celui qui fut son ex-collaborateur parlementaire puis adjoint, Éric Ciotti, reste particulièrement tendu. En région Paca toujours, Toulon sera observée avec attention : Laure Lavalette fera-t-elle de la cité varoise la plus grande ville détenue par le RN ?

Le destin d’une personnalité peut également cristalliser l’intérêt. On pense à Édouard Philippe au Havre, engagé dans un combat indécis. S’il n’en sort pas vainqueur, cela sonnera le glas de ses ambitions présidentielles. Et quid, pour rester entre anciens Premiers ministres, mais avec moins de suspense, de François Bayrou à Pau ? Et comment ne pas s’attarder sur ces villes gagnées par des têtes de listes Écologistes en 2020 ? Un succès à confirmer, ce qui ne sera pas toujours aisé. À Bordeaux, Pierre Hurmic est donné devant au premier tour mais avec sur ses talons la liste conduite par Thomas Cazenave (Renaissance). Et plus menacée semble être Jeanne Barseghian à Strasbourg, que des sondages placent derrière la revenante Catherine Trautmann, une première fois élue maire de la ville en… 1989.

Reste une question : Roubaix sera-t-elle la première grande ville gagnée par LFI ? Début de réponse le 15 mars.