OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP
Aulas à Lyon, les limites de la candidature de l’ancien « parrain » du foot français
Aulas, c’est là qu’est l’os ? L’ancien président de l’Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas est sans conteste l’une des attractions de ces élections municipales. Candidat entre Rhône et Saône avec le soutien de tous les partis de droite et du centre, il domine outrageusement les sondages pour ravir l’hôtel de ville des mains de l’écologiste sortant Grégory Doucet.
La réputation et la stature de l’homme qui a ramené l’OL des tréfonds de la ligue 2 aux sommets du foot français, même européen, de 1987 à 2023, fait mouche dans l’esprit des Lyonnais. Avant même d’avoir formulé l’ébauche d’une première proposition, « JMA » récoltait déjà plus de 40 % d’intentions de vote au premier tour. Imbattable ?
Jean-Michel Aulas a certes gagné le match aller. Mais derrière cet engouement manifeste, quelques signaux plus délicats tendent à émerger de sa candidature à l’heure où il perd de premières plumes dans les sondages. Comme si les côtés sombres de celui surnommé jadis « le parrain » du football, aussi craint pour son influence que moqué pour ses excès démagogues, ressortaient bien malgré lui.
Recette trumpiste ?
Il y a d’abord la méthode. Comme dirigeant tout-puissant de l’Olympique lyonnais, le natif de L’Arbresle n’a jamais accepté les reproches émis sur sa gestion ou son équipe, brocardant régulièrement en conférence de presse ou sur les réseaux sociaux ceux qui osaient alors émettre la plus légère des critiques.
Une forme de détestation qui l’a conduit, un soir de 2018, à publier la photo volée d’un journaliste du Progrès présent dans l’avion de l’OL, lors d’un déplacement du club en Russie. Il accusait celui-ci de « discréditer l’équipe et le staff », tout en profitant « des largesses » de son club « fair-play et généreux ». Du Trump avant l’heure, diraient les plus critiques.
Comme candidat, force est de constater que « le président » adopte la même recette, en version peut-être allégée, mais tout aussi problématique. Ainsi, les journalistes locaux et nationaux s’émeuvent régulièrement d’être tenus à l’écart de sa campagne. Dernier exemple en date avec les communiqués courroucés du « club de la presse » à Lyon, pointant la mise à l’écart de titres comme Le Monde, Libération, Médiacités ou Tribune de Lyon lors d’une récente visite du candidat. Parfois, Jean-Michel Aulas va même plus loin.
Les doutes sur le programme
Celui qui revendique une forme de filiation avec Bernard Tapie est effectivement coutumier des « procédures-baillons », ces plaintes déposées contre la presse et certaines personnalités pour essayer de les faire taire. Fin janvier, le média d’investigation Rue89 a été relaxé dans un procès pour diffamation intenté par le candidat à la mairie, et son fils, après un article sur leurs investissements en Floride. Peu enclin à composer avec la presse, il est intéressant de noter que Jean-Michel Aulas n’est pas davantage disposé à dialoguer avec son principal adversaire ce printemps.
Pour l’heure, le candidat des Républicains et de Renaissance refuse les débats (en duel) proposés par Grégory Doucet. Craint-il d’être mis en difficulté sur son programme foisonnant ? Outre la méthode, contestée, l’ancien président de l’OL s’appuie effectivement sur un projet fourre-tout, histoire de ratisser large, que d’aucuns jugent franchement irréaliste, voire d’un autre temps. Y compris dans son propre camp.
Il en est ainsi de son projet de méga-tunnel sous Fourvière, un axe de huit kilomètres creusé notamment sous deux fleuves et imaginé pour désengorger les rues de la capitale des Gaules. Impensable pour Philippe Tabarot, le ministre (LR) des Transports selon qui « il y a plus de chances que l’OL remporte la Ligue des Champions avant que l’on inaugure ce projet. » Viril, mais ça joue.
« Même quand il te donne l’heure, ne le crois pas »
Dans ce même esprit, on pourrait également citer son souhait (forcément coûteux) de gratuité dans les cantines ou dans les transports en commun. Une idée plutôt prisée par la gauche ces dernières années mais qui suscite ici un certain scepticisme vu l’absence de mesures de financement concrètes. Même du côté de Valérie Sarselli, sa comparse (LR) pour prendre la tête de la métropole, on peine à assumer une idée qui, par ailleurs, ne dépend pas de la compétence du maire. Dernière innovation en date : un projet de stade dans le quartier populaire de La Duchère… immédiatement contesté par le Conseil national de l’éthique de la Fédération française de football (FFF), lequel s’intéresse à un potentiel conflit d’intérêts de la part de celui qui est encore vice-président de la 3F.
Voilà sans doute l’autre écueil de l’aventure Jean-Michel Aulas à la mairie, personnalité habituée aux projets hors norme – parfois surdimensionné, comme le grand stade – et autres promesses qui n’engagent que ceux qui veulent bien y adhérer. « Même quand il te donne l’heure, ne le crois pas », avait coutume de dire feu Bernard Lacombe, buteur légendaire de l’OL, et compagnon de route du « président » pendant des décennies.
À Lyon, les supporters les plus assidus se souviennent des sorties aussi éruptives que démagogues du président de l’OL. Tantôt contre les supporters adverses qualifiés d’« autistes » pour mieux flatter les ultras. Tantôt sur la bonne forme de l’équipe ou sa santé financière mirobolante. Sans parler de cette promesse : mettre le club sur le toit de l’Europe, en remportant une coupe continentale dans les cinq ans. C’était en 2017. Depuis, l’OL a été vendu à un fonds américain pour combler ses dettes, avant de passer tout proche de la banqueroute.