JEUX OYLMPIQUES DE MILAN-CORTINA – Médaillée de bronze et d’argent aux Jeux de Turin et Vancouver avec l’équipe de France de biathlon et désormais consultante sur Eurosport, Sandrine Bailly livre son analyse sur les chances françaises.
Paris Match. Les épreuves de biathlon commencent ce dimanche 8 février et promettent à la France de belles médailles. À quoi doit-on s’attendre pour ces Jeux Olympiques ?
Sandrine Bailly. On peut s’attendre à – j’espère – pas mal de spectacles avec des équipes qui peuvent rivaliser entre elles et faire le show. J’espère que tout le monde est bien en forme ! Les épreuves ont lieu sur un site qui est très sympa, déjà connu et très beau. Un site qui est exigeant aussi. Donc on ne sait pas trop à quoi s’attendre pour les athlètes qui sont là. On ne sait pas comment ils ont vécu cette période qui a suivi la Coupe du monde. Donc, on repart un petit peu de zéro dans en termes de résultats. Tout est remis à plat et c’est un petit peu comme si on attaquait un début de saison.
Quelles sont les chances françaises chez les hommes ?
C’est une équipe qui a plusieurs têtes. Ils sont tous capables de monter sur le podium. Ils l’ont tous fait au moins une fois. On a une équipe mixte avec des jeunes et des plus anciens, qui ont l’expérience des Jeux Olympiques. Je pense à un Quentin (Fillon Maillet, ndlr) notamment qui a une expérience, une sagesse, qui a déjà eu des titres olympiques et qui va donc avoir plus de recul par rapport à l’événement. Et puis il y a des athlètes plus jeunes comme un Éric Perrot qui était remplaçant et qui arrive en leader de la Coupe du monde… et à la fois ce sont ses premiers jeux, il va falloir composer avec et essayer de passer ses courses comme il arrive à le faire en Coupe du Monde.
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Et chez les filles ?
Chez les filles, c’est pareil, c’est un mélange d’athlètes expérimentées comme une Justine Braisaz-Bouchet, une Julia Simon et puis une Lou Jeanmonnot, qui, a contrario, n’a jamais fait de Jeux Olympiques.
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L’équipe féminine de biathlon a été marquée par la condamnation de Julia Simon en octobre 2025, reconnue coupable d’avoir utilisé la carte bancaire de sa coéquipière Justine Braisaz-Bouchet. Dans ces conditions, comment ont-elles pu se préparer à ces Jeux Olympiques d’après vous ?
En fait, il faut surtout compartimenter son cerveau, ce qu’elles arrivent très bien à faire. Chacune va faire le job et ça donnera probablement de bons résultats sur le papier. Par contre, la cohésion d’équipe ne sera pas là, il n’y aura pas la cerise sur le gâteau de l’émulation collective, de fêter ensemble une réussite. Je pense que ça ne serait pas vraiment sincère, il ne faut pas se voiler la face. Mais on ne peut pas revenir en arrière, et surtout, il y a quand même certaines filles qui s’entendent très bien et qui sont très heureuses de vivre des belles choses ensemble.
« Chacun a des attentes envers soi-même, chacun a son objectif »
Longtemps, la France a été portée par de grands noms du biathlon, Raphaël Poiré, Martin Fourcade… Aujourd’hui, tous peuvent prétendre à une médaille sans se démarquer. Est-ce bénéfique selon vous ?
Je me souviens qu’à mon époque, les attentes reposaient beaucoup sur Raphaël et moi et en tant que leaders, c’était plus difficile d’absorber l’évènement parce qu’on subissait cette pression sur les épaules. Maintenant, nos athlètes français ont cette chance d’être plusieurs à être très forts et attendus. On sait qu’Émilien est capable de gagner, on connaît la capacité d’une Julia Simon à se transcender, ou d’une Justine Braisaz-Bouchet à sortir du bois alors qu’elle est en difficulté. Donc ça rend toute l’équipe attendue et c’est plus reposant sans doute. Chacun a des attentes envers soi-même, chacun a son objectif.
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Aujourd’hui, le biathlon n’a plus à faire ses preuves en France, il est le plus grand pourvoyeur de médailles aux Jeux d’hiver pour les Bleus. Comment expliquez-vous cette réussite et cette longévité ?
C’est un sport qui s’est organisé, qui s’est cadré et s’est professionnalisé. Déjà, en construisant des stades, en formant des coachs. Tout ça doit devenir une base solide et ensuite être structuré. Et ça commence par les clubs, il faut vraiment le dire. Aujourd’hui on voit les Français mais ils ont tous été dans un club, il y a eu un coach qui a su leur donner les bases du biathlon pour qu’ils puissent ensuite intégrer les comités et que tout le monde travaille dans le même sens. Tout a beaucoup progressé et avec ça est apparue la notoriété du biathlon.
La France est-elle la meilleure nation au monde ?
Le biathlon français est devenu ce qu’étaient l’Allemagne ou la Norvège autrefois. Ils avaient 10 ans d’avance sur nous. Maintenant on les a rattrapés et eux n’ont pas su se renouveler. Je pense même qu’on a fini par les dépasser et aujourd’hui la France domine partout, tous les circuits, même le circuit B.
Quel regard portez-vous sur l’époque où vous étiez athlètes, par rapport à aujourd’hui ?
C’était moins structuré c’est sûr, ce n’était pas tout à fait comme aujourd’hui, mais on commençait à bien s’organiser. J’ai eu la chance d’être prise en charge dans un comité, il y avait aussi moins de sélections donc on arrivait en équipe de France junior assez vite. La différence se joue ailleurs. Par exemple, durant les stages de l’équipe de France aujourd’hui, ils ont un cuisinier, ils ont accès à plus de données, des choses très pointues et techniques que nous n’avions pas.
Ses souvenirs des JO
Quels souvenirs gardez-vous de vos trois Jeux Olympiques ?
Les premiers, en 2002, je n’étais pas attendue donc je pense que ce sont ceux que j’ai le mieux vécus quelque part parce que j’étais la petite jeune qui arrivait. Les deuxièmes, à Turin en 2006, je venais de gagner le classement général de la Coupe du monde, tout le monde m’attendait. Sauf qu’en individuel, je n’y suis pas arrivée. J’ai eu le bronze en relais féminin mais j’ai des souvenirs d’une période difficile à vivre. Quand on sent une attente générale et que ne réussit à pas, c’est compliqué à gérer. C’était un moment que j’ai trouvé très dur. Puis, à Vancouver, quatre ans plus tard, j’étais en fin de carrière, donc de nouveau, j’ai obtenu cette médaille en groupe, l’argent, parce que je n’étais pas assez performante pour l’avoir en individuel. Donc ce sont quelque part des expériences à la fois joyeuses avec le groupe mais douloureuses à titre personnel.
Vous avez vécu des Jeux Olympiques d’hiver comme les athlètes pourraient ne jamais les revivre. Aujourd’hui, les équipes sont disséminées à travers plusieurs sites, la cérémonie d’ouverture a eu lieu à plusieurs endroits différents. Est-ce que pour les biathlètes, les JO ne risquent pas de devenir une épreuve de Coupe du Monde classique ?
On a ce genre de retours sur place, c’est vrai. Il y a pas mal d’athlètes qui ont vécu des Jeux Olympiques durant leur carrière et qui peuvent comparer à cette édition 2026. C’est plus dur pour eux parce qu’ils se retrouvent sur un site olympique qui, finalement, n’a rien de différent de ce qu’ils connaissent d’ordinaire alors qu’on attend autre chose de l’expérience olympique, du partage, de la cohésion, des rencontres. Mais je pense qu’ils ont conscience d’être là pour la même chose, défendre le drapeau. C’est quelque chose qui nous dépasse, on ne fait plus ça pour notre petite personne mais pour la nation. C’est ça l’objectif, même si les athlètes ne se croisent pas, ils ont ce point en commun. C’est à double tranchant. Et pour ceux qui n’ont jamais vécu les JO, je pense que c’est leur normalité à eux, ils vont apprendre à connaître les Jeux dans cette version qui sera sans doute celle du futur.
Cette édition de Milan-Cortina, qui sera suivie par celle des Alpes 2030 dans la même configuration, ne montre-t-elle pas les limites des Jeux d’hiver ?
Sans doute que c’est le modèle Jeux Olympiques qu’il faut redéfinir. On sait qu’il y a de moins en moins de neige, et même quand il y en a, ils mettent de la neige artificielle pour les compétitions. Donc on va se retrouver avec très peu d’endroits où on pourra accueillir de tels évènements, mais je pense que le CIO en a bien conscience et qu’il va commencer à imaginer des solutions et se réinventer.