Les positions politiques du chanteur latino ont poussé l’organisation Turning Point USA, fondée par le militant ultraconservateur Charlie Kirk, à préparer un concert « alternatif » pour la pause de ce match très regardé.
Publié le 08/02/2026 13:38
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Le chanteur portoricain Bad Bunny a été choisi pour assurer le très regardé concert de mi-temps de la 60e édition du Super Bowl, qui aura lieu à Santa Clara (Californie) le 8 février 2026. (MIKE COPPOLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
Les Américains divisés jusque dans leur salon. Le Super Bowl, rencontre finale de la Ligue nationale de football américain (NFL), fait autant jaser les parieurs sportifs que les commentateurs politiques pour sa 60e édition, prévue dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 février (heure de Paris) à Santa Clara, sur la côte ouest des Etats-Unis.
L’événement sportif le plus regardé du pays (près de 128 millions de téléspectateurs nationaux en 2025) prévoit cette année un concert du groupe de rock Green Day, pour l’avant-match, et du chanteur Bad Bunny pour le très attendu show de la mi-temps. Mais les discours de ces artistes, hostiles à Donald Trump, sont loin d’enchanter les partisans du président américain, qui sont appelés à regarder un concert « alternatif » quand les joueurs des Patriots et des Seahawks regagneront leurs vestiaires.
La politique s’est souvent invitée dans le football américain ces dernières années, avec le célèbre genou au sol initié par le joueur Colin Kaepernick en 2016, mais aussi la mise en scène engagée du rappeur Kendrick Lamar lors du dernier Super Bowl, rappelle le média The Conversation. Mais pour cette première finale depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les tensions sont à leur comble. Billie Joe Armstrong, chanteur du groupe Green Day, répète à longueur de concert son aversion pour le président américain et son mouvement MAGA (pour Make America Great Again, soit en français « Rendre sa grandeur à l’Amérique), qu’il compare volontiers aux suprémacistes blancs du KKK.
Quant à l’artiste portoricain Bad Bunny, couronné du Grammy Awards du meilleur album de l’année, il est également très critique envers les politiques de Donald Trump. Et plus particulièrement contre l’ICE, la très controversée police fédérale de l’immigration soutenue par le président américain. « Dehors, l’ICE ! », a-t-il encore lancé lors de la cérémonie des Grammys. Bad Bunny, qui ne chante qu’en espagnol, irrite les nationalistes américains, alors que Donald Trump milite pour établir l’anglais comme langue officielle. Face à cette programmation musicale, le président américain a critiqué « un choix terrible », « qui ne fait que semer la haine ». Il a, de plus, fait savoir qu’il ne se trouverait pas dans les tribunes pour la grande finale, alors qu’il avait fait le déplacement en 2025.
Dimanche soir, la bataille des télécommandes aura donc lieu pour la mi-temps du match. Cette année, la rencontre est diffusée officiellement par la chaîne câblée NBC, ainsi que sur certaines plateformes de streaming. Lors de la grande pause, les partisans de Donald Trump sont appelés à basculer sur un spectacle « entièrement américain », selon le terme employé par Turning Point USA, l’organisation ultraconservatrice fondée par le militant Charlie Kirk, assassiné sur un campus le 10 septembre 2025. Ce dernier avait souligné l’importance du Super Bowl pour sa bataille culturelle, dans un extrait utilisé pour promouvoir le concert.
Le mot d’ordre de ce spectacle est écrit noir sur blanc : il s’agira de « célébrer la foi, la famille et la liberté », pose Turning Point USA. Quatre artistes bien plus favorables à Donald Trump ont été choisis pour animer ce concert. Il s’agit du chanteur Kid Rock, ainsi que trois figures de la musique country, dont Brantley Gilbert, connu pour son engagement pro-armes, et la chanteuse Gabby Barrett, qui s’était produite à la Maison Blanche pour un concert de Noël en 2018, lors du premier mandat de Donald Trump.
THE LINEUP FOR THE ALL-AMERICAN HALFTIME SHOW IS HERE! 🔥
Watch Kid Rock, Brantley Gilbert, Lee Brice, and Gabby Barrett THIS SUNDAY 🇺🇸 pic.twitter.com/xwurEhdB13
— Turning Point USA (@TPUSA) February 2, 2026
Pour visionner cette série de concerts, les téléspectateurs pourront zapper sur l’une des chaînes du réseau médiatique conservateur, qui prend de l’ampleur aux Etats-Unis. La chaîne chrétienne évangélique Trinity Broadcast Network ou encore les stations Real America’s Voice (« La vraie voix de l’Amérique ») et One America News, connue pour relayer des théories conspirationnistes, font partie des canaux de retransmission de ce spectacle.
Le flux sera également disponible sur les réseaux sociaux de Turning Point USA et du compte YouTube de Charlie Kirk, qui compte toujours plus de 5,5 millions d’abonnés. Le concert sera également retransmis par Rumble, une plateforme de partage de vidéos interdite en France à cause de son absence de modération et des contenus d’ultradroite ou pro-Poutine qui y prolifèrent. Selon un sondage en ligne YouGov, 35% des répondants préfèrent regarder le concert de Bad Bunny, contre 28% pour le concert alternatif. Sans grande surprise, le premier show a surtout la préférence des démocrates, alors que le second intéresse davantage les électeurs républicains.