Une métropole à contre-récit

Saint-Étienne échappe aux grilles d’analyse dominantes. Vincent Béal explique que la ville « entrait mal dans l’opposition entre grandes métropoles dynamiques et France périphérique ». Il ajoute que Saint-Étienne est « une ville de taille importante avec près de 200 000 habitants dans une agglo de 500 000 habitants, qui a le statut de métropole mais à l’inverse c’est une ville aussi qui connaît un processus de déclin ». Face à cette contradiction, Vincent Béal dit vouloir « rendre compte de cette réalité territoriale (…) assez invisibilisée et pourtant assez partagée en France ».

La relation avec Lyon complique davantage la situation de la ville. Le chercheur souligne que « la présence de Lyon est particulière, il est rare d’avoir, notamment en France, deux villes de cette taille qui sont aussi proches ». Cela entraîne des effets ambivalents avec « des rapports de distance et de proximité, des activités qui sont réorganisées à cette échelle et puis en même temps la présence de Lyon qui rend difficile la centralité de cette ville sur tout un tas de sujets ». Saint-Étienne peine ainsi à se penser et à être reconnue comme une ville pleinement autonome.

Un déclin durable et mal maîtrisé

Le recul de Saint-Étienne s’inscrit dans une histoire longue. Après un essor industriel, la ville connaît, depuis les années 1960-1970, « des processus de désindustrialisation très puissants qui vont faire que l’économie va être fortement fragilisée et en même temps des processus sociaux qui vont affaiblir la ville avec notamment une périurbanisation extrêmement forte ». Sur le plan de l’emploi, « il n’y a pas eu de processus de rééquilibrage », insiste Vincent Béal, qui ajoute que « sur les dernières années on reste sur des processus de destruction d’emplois avec des difficultés récurrentes » que la tertiarisation n’a pas été capable de compenser.

La population de Saint-Étienne peut être qualifiée de populaire, avec « un revenu médian plus faible que dans des villes comme Nantes, Strasbourg ou Lyon » ainsi qu’un niveau de diplôme plus faible et une population vieillissante mais « à l’inverse on a également un niveau d’inégalités qui est légèrement moindre que dans d’autres villes ». Face à ce déclin urbain, les municipalités ont mis en place des politiques d’attractivité qui, jusqu’ici, « ont connu beaucoup d’échecs ». La condamnation de l’ancien maire Gaël Perdriau « a été une crise politique importante », qui a dégradé l’image de la ville mais qui a aussi eu des « effets très concrets d’un point de vue politique » avec le départ de plusieurs cadres municipaux. Mais, selon Vincent Béal, l’affaire ne doit pas masquer l’essentiel : des politiques urbaines « très délétères », combinant projets ciblés et sous-investissement dans d’autres secteurs, notamment l’école, au risque d’amplifier les inégalités existantes.