En 2026, Stellantis et sa filiale ACC
ferment la porte aux gigafactories de Termoli et Kaiserslautern,
promises au boom des véhicules électriques. Derrière ce virage
discret, se joue bien plus qu’un simple réajustement industriel en
Europe.
Il y a encore quelques années, l’équation semblait simple : des
véhicules électriques partout, des usines de
batteries géantes pour suivre, et une Europe moins
dépendante de l’Asie. En 2020, Stellantis misait
gros sur son allié Automotive Cells Company (ACC) pour bâtir trois
« gigafactories » en France, en Italie et en Allemagne, censées
incarner cette nouvelle ère. En 2026, le décor a changé : la
demande en électrique déçoit, les coûts s’envolent, et le groupe
vient d’enregistrer une dépréciation de 22,2 milliards d’euros
(26,5 milliards de dollars) liée à ce virage.
Au cœur de ce retournement, la coentreprise ACC, détenue par
Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies. Son usine
française est lancée, mais les projets jumeaux de
Termoli en Italie et de
Kaiserslautern en Allemagne ont été mis en pause
dès mai 2024. Les syndicats viennent d’apprendre que la pause ne
serait pas temporaire. Et là, pour les deux sites, le message est
brutal.
Stellantis et ACC renoncent aux gigafactories de Termoli et
Kaiserslautern
Le syndicat italien de la métallurgie UILM a indiqué qu’ACC lui
avait annoncé que les projets de gigafactories de
Termoli et Kaiserslautern étaient
« définitivement abandonnés », a déclaré le syndicat, cité par
Reuters. Officiellement, ACC rappelle que ces deux usines
potentielles étaient en stand-by depuis mai 2024 et explique dans
un communiqué du 9 février que les « conditions préalables » à une
relance ont très peu de chances d’être réunies. L’entreprise ajoute
réfléchir à « différents scénarios » pour la suite, sans plus de
détails pour l’instant.
ACC, soutenue par Stellantis,
Mercedes-Benz et TotalEnergies, devait au départ déployer trois
lignes de production, une dans chaque pays, avec
une capacité d’environ 8 GWh par an chacune. Selon les informations
communiquées, le plan est désormais réduit à deux blocs en France,
avec une capacité revue nettement à la hausse, à 13 et 15 GWh. En
Italie, le gouvernement avait déjà retiré en 2024 environ 250
millions d’euros de fonds européens prévus pour
Termoli, un signe précoce que le projet prenait
l’eau dans un contexte où l’Union européenne veut pourtant réduire
sa dépendance aux cellules chinoises.
Capacités recentrées en France et stratégie électrique
revue
Sur le site français d’ACC, la
production de cellules a débuté pour les modèles du groupe
Stellantis. Une source proche du dossier indique
que des batteries complètes pour Mercedes-Benz doivent commencer à
sortir de l’usine à partir de la mi-2026. En concentrant ses moyens
sur ce seul site, ACC cherche à monter en cadence et à gagner en
compétitivité, alors que plusieurs analyses soulignent des coûts
plus élevés et des taux de rebut importants par rapport aux acteurs
asiatiques. Un recentrage qui transforme la France en pivot du
« battery made in Europe » de l’alliance, pendant que
l’Italie et l’Allemagne se retrouvent sans leur usine promise.
Le constructeur explique suivre la situation de près et affirme
rester « pleinement mobilisé » pour évaluer les implications
industrielles et sociales de ces décisions. Ce retrait des projets
de Termoli et Kaiserslautern
intervient alors que Stellantis vient de passer
une charge de 22,2 milliards d’euros, soit 26,5 milliards de
dollars, liée à la révision de ses ambitions sur l’électrique, dans
un marché moins porteur que prévu. La demande en véhicules
électriques progresse, mais moins vite qu’espéré au moment
où ces gigafactories ont été imaginées, et chaque
nouvel investissement massif est désormais scruté à la loupe, en
Europe comme par les constructeurs eux-mêmes.