Il y a des films où rien ne va et cela a un tel point qu’on se demande si toutes les cases n’ont pas été volontairement cochées pour rentrer dans cette catégorie. Hurlevent d’Emerald Fennel fait partie de ces œuvres mal en point qu’on peine à achever. Cette fresque fait à la fois l’effet de bromure et de soporifique. Seule une musique assourdissante prévient d’un assoupissement durable.

Cathy (Margot Robbie en Barbie aux robes encombrantes et pas toujours seyantes) et Heathcliff (Jacob Elordi qui semble avoir constamment un manche à balai dans le fondement) vivent une passion maudite inspirée par le roman sulfureux d’Emily Brontë. Tout cela va mal finir.

Plus cucul que cul

On attendait davantage de la réalisatrice de Promising Young Woman et Saltburn que ce salmigondis tiédasse entre roman estampillé Harlequin et polissonneries soft façon Cinquante nuances de Grey. C’est amusant de se souvenir que le livre d’Emily Brontë est l’une des lectures favorites de Bella, l’héroïne de la saga Twilight de Nancy Meyer. Hurlevent s’inscrit dans la lignée de ces romances plus cucul que cul, aussi sexy qu’une coloscopie.

Que le film ne soit pas vraiment fidèle au livre n’est pas un souci. Mais on a carrément l’impression qu’Emerald Fennel a pioché des morceaux d’histoire raccordés au petit bonheur la chance. Comme si le film avait subi un montage hâtif destiné à séduire tous les publics, ce qui conduit souvent à n’en satisfaire aucun.

Et le sexe dans tout ça ?

C’est l’éternel problème de films américains au puritanisme chevillé au corps que d’essayer de célébrer le Sexe (avec un grand s). Là encore, on pourrait croire que le film a été sévèrement mutilé tant les étreintes entre les deux amants sont brèves. Leur acte le plus transgressif consiste à se mettre les doigts dans la bouche, parfois – comble de l’érotisme – avec de l’herbe.

"Hurlevent" d'Emerald Fennel« Hurlevent » d’Emerald Fennel - Warner Bros France

Le SM est aussi largement représenté avec jeune personne transformée en chienne et autre dame ravie d’être traitée comme une jument par son bon ami. Le sexe est montré comme ennuyeux quand l’héroïne est avec son mari tendre et plus satisfaisant avec Heathcliff qui la malmène en lui montrant « qui est le bonhomme ». C’est un point de vue.

Toxique à souhait

Les deux héros sont toxiques à souhait ce qui gomme rapidement toute forme d’empathie à leur égard. Cathy est une pétasse gâtée et Heathcliff, un lourdaud propret dépourvu du moindre magnétisme. C’est peut-être pour cela qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. L’esthétique est si léchée qu’elle exclut toute forme de sensualité. Cathy minaude, Heathcliff roule des yeux.

Notre rubrique cinéma

Le spectateur approuve vigoureusement de la tête à chaque fois qu’ils déclarent avec l’air d’avoir besoin de pilules laxatives : « Tout ça doit s’arrêter ». Il faut plus de deux heures pour qu’ils se décident à mettre un point final, qui, paradoxalement, arrive comme un poil de nez dans le consommé tant il est soudain. On ne comprend jamais vraiment ce qu’Emerald Fennel voulait démontrer avec cette fresque au budget digne du PIB de plusieurs petits pays. Hurlevent est tellement raté qu’on se prend à espérer que le film a été remonté contre son gré.