Vers une première plainte collective en France pour les victimes d’Ozempic. L’avocat français spécialiste des actions de groupe Me Pierre Debuisson prépare une plainte collective de patients victimes d’effets secondaires graves après avoir utilisé le médicament Ozempic, une première en France, annonce-t-il en exclusivité au groupe EBRA auquel appartient votre journal. « J’ai reçu une demi-douzaine de plaintes jusqu’à présent.
Les patients souffrent de sévères effets secondaires. Les cas les moins graves présentent des douleurs abdominales, des vomissements voire une gastroparésie (paralysie de l’estomac qui entraîne un retard de sa vidange, NDLR) , mais d’autres victimes souffrent d’insuffisance rénale, de pancréatite et une de mes clientes a même subi un AVC qui lui a fait perdre la vue… », détaille le pénaliste toulousain auprès de notre journal. La plainte devrait être déposée au courant de l’année 2026 auprès du procureur de la République du pôle de santé publique du parquet de Paris.
Plus de 1 600 cas graves signalés
Ozempic, Wegovy, Victoza, Trulicity… Ces médicaments utilisés dans le traitement du diabète et de l’obésité sont rassemblés sous l’appellation « aGLP-1 ». Car ils imitent l’action du GLP-1 (Glucagon-Like Peptide), l’hormone de satiété. En coupant l’appétit, ils favorisent la perte de poids. Leur usage est ainsi détourné par de nombreuses jeunes femmes, qui croient à tort aux effets miracles de ces produits sur leur silhouette, au détriment de leur santé.
En France, 870 000 patients sont traités par des aGLP-1. Depuis le début de leur commercialisation en 2019, 1 600 cas graves ont été notifiés à l’Agence nationale de sûreté du médicament (ANSM), dont 65 décès.
Me Pierre Debuisson entend attaquer le géant Novo Nordisk, fabricant de l’Ozempic et du Wegovy, pour « tromperie aggravée, blessures involontaires et homicides involontaires », estimant que le risque de ces traitements a été sous-estimé par la firme pharmaceutique danoise, qu’il accuse également de défaut d’information. Selon lui, comme le laboratoire Servier avec le Mediator, la société est parfaitement informée du détournement de l’usage de son médicament à des fins esthétiques et en profite financièrement.
Le pénaliste prévoit aussi de saisir l’Ordre des médecins car il estime que des professionnels de santé prescrivent ces aGLP-1 dans de mauvaises conditions. « Il faut que les médecins arrêtent de prescrire ces médicaments à des patients qui présentent seulement un léger surpoids. On l’utilise comme un complément alimentaire à visée esthétique. Or, il ne faut surtout pas oublier que c’est un médicament ! », martèle l’avocat toulousain.
« Mal prescrit »
Le Wegovy est recommandé chez des patients qui ont un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30 ou un IMC supérieur à 27 avec comorbidités. Précisons qu’aussi bien l’Ozempic que le Wegovy sont des traitements, délivrés sur prescription médicale, destinés à traiter des maladies chroniques, donc à prendre sur le long cours.
« Le médicament n’est pas forcément trop prescrit, mais il est mal prescrit », confirme le Pr Boris Hansel, endocrinologue-nutritionniste à l’hôpital Bichât à Paris. « L’un des critères qui le démontre, c’est l’arrêt de ce traitement. La majorité des patients l’arrête dans l’année ou dans les deux ans qui suivent. Non pas à cause des effets secondaires, mais souvent, parce qu’il a été prescrit comme un régime, en disant aux gens, vous allez le prendre pour maigrir et après vous l’arrêterez. »
Après s’être illustré dans le scandale des pizzas Buitoni, Me Pierre Debuisson s’attaque à un nouveau dossier d’envergure. Le trentenaire, qui travaille également à l’élaboration d’une plainte collective pour les victimes d’implants anti-hernie, espère rassembler le plus de plaintes possibles afin de renforcer son action.
Aux États-Unis et au Canada, plusieurs actions en justice ont été lancées contre Novo Nordisk et son concurrent Eli Lilly par des patients se plaignant de graves effets secondaires liés à l’Ozempic.
Un rapport bénéfice/risque favorable
« Mon cabinet envisage une action conjointe avec un cabinet d’avocats américain, pour attaquer directement le fabricant danois Novo Nordisk au niveau de son siège social, mais aussi peut-être mener une action aux États-Unis à l’encontre de la société Eli Lilly », complète Me Debuisson.
En France, un groupe de victimes s’est constitué sur le réseau social Facebook. Lancé par Isabelle Charrier, une victime vivant en Charente, il compte plus de 2 400 membres témoignant des effets secondaires plus ou moins graves qu’ils ont rencontré dans l’utilisation de l’Ozempic.
Ce médicament injectable en forme de stylo reste néanmoins très efficace dans le traitement des personnes atteintes de diabète de type 2. « Sans celui-ci, leur diabète se déséquilibre mais surtout le risque d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral est augmenté », appuie la Fédérations française des diabétiques.
Un effet favorable… si l’usage est conforme
L’ANSM surveille de près les effets indésirables rapportés par les patients, et rappelle que les aGLP-1 présentent un effet bénéfice/risque favorable lorsque ces médicaments sont utilisés conformément aux recommandations.
Contacté par nos soins, le fabricant Novo Nordisk nous indique que « la sécurité des patients est une priorité. […] Nous prenons au sérieux tous les signalements d’effets indésirables liés à l’utilisation de nos médicaments. Nous sommes attentifs aux préoccupations des patients et assurons la surveillance et la notification des effets indésirables potentiels rapportés concernant le médicament Ozempic en lien avec les autorités compétentes. À ce jour, nous estimons que le profil bénéfice-risque du sémaglutide (principe actif de l’Ozempic, NDLR) demeure inchangé. »