Selon le Journal of Health, Population and Nutrition, près d’un adulte sur quatre vit aujourd’hui avec un cholestérol trop élevé, souvent sans le savoir. Silencieux, ce déséquilibre augmente pourtant fortement le risque d’infarctus et d’AVC. Si les traitements classiques fonctionnent pour beaucoup, certains patients restent en échec malgré des années de statines.

Une nouvelle pilule expérimentale pourrait bien changer la donne. Ses résultats, tout juste publiés dans The New England Journal of Medicine, attirent l’attention des cardiologues.

Une efficacité inédite pour un traitement oral

L’innovation s’appelle enlicitide, un composé oral développé par le laboratoire Merck qui agit comme les inhibiteurs de PCSK9 existants, mais dans une simple pilule prise tous les jours. L’essai de phase 3 a inclus plus de 2 900 patients à haut risque cardiovasculaire, déjà traités par statines. Ils ont été répartis de façon aléatoire pour recevoir soit l’enlicitide, soit un placebo, et suivis pendant un an.

Les résultats sont sans précédent pour une molécule orale :

  • après 24 semaines, le taux de LDL cholestérol, souvent qualifié de « mauvais cholestérol » a été réduit en moyenne d’environ 60 % chez les patients prenant enlicitide par rapport au groupe placebo ; 
  • cet effet a été maintenu sur 52 semaines, montrant la robustesse de la baisse ; 
  • le traitement a entraîné une baisse significative du LDL-cholestérol, ainsi que d’autres marqueurs lipidiques clés du risque cardiovasculaire.

Ce type de performance n’est pas seulement statistique : elle se rapproche de ce que l’on observe avec des injections comme l’évolocumab ou l’alirocumab, deux anticorps monoclonaux anti-PCSK9 dont il a été démontré qu’ils réduisent le LDL d’environ 50 % ou plus et contribuent à diminuer le risque d’accidents cardiovasculaires.

Le Dr Christie M. Ballantyne (Baylor College of Medicine) précise dans les données du sous-groupe HeFH (hypercholestérolémie familiale) : « Ces données démontrent le potentiel de l’enlicitide pour aider des patients qui ne répondent pas suffisamment aux thérapies actuelles à atteindre leurs objectifs de LDL. »


Le cholestérol LDL s’accumule dans les artères et favorise les infarctus et les AVC lorsqu’il est trop élevé. Le nouveau traitement oral des laboratoires Merck pourrait permettre de le faire baisser fortement chez les patients pour lesquels les traitements classiques ne suffisent plus. © peterschreiber.media, Adobe Stock

Ce que l’on sait déjà et ce qu’il reste à prouver

Le profil de sécurité de l’enlicitide semble comparable à celui d’un placebo, ce qui est un point rassurant pour un médicament qui pourrait être prescrit à très grande échelle. Un petit bémol : la pilule doit être prise à jeun, ce qui peut être un défi pour l’observance quotidienne des patients.

Cependant, une question majeure demeure : une baisse spectaculaire du LDL se traduira-t-elle par moins de crises cardiaques et d’AVC ? C’est exactement ce que cherche à démontrer Merck, dans un essai clinique actuellement en cours sur un grand nombre de patients, une étape indispensable avant l’acceptation réglementaire finale.

Si ces bénéfices cliniques se confirment, cette pilule pourrait bien devenir, dans les années à venir, une composante essentielle de la prévention cardiovasculaire, notamment chez les patients qui n’ont jamais réussi à normaliser leur cholestérol malgré les statines et qui sont réfractaires aux injections.