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Le maire écologiste sortant a une légère avance sur son concurrent macroniste, l’ancien ministre Thomas Cazenave. Si, entre les deux tours, ce dernier bénéficiait du désistement du candidat sans étiquette Philippe Dessertine et que LFI décidait de se maintenir, la ville pourrait basculer à droite.
« Je veux être maire de Bordeaux et maire du Bordeaux »… Ça n’est pas le refrain d’une chanson à boire, mais le slogan que se partagent les candidats à la mairie de la ville. La paternité en revient à Pierre Hurmic. Le maire écologiste entend ainsi rappeler qu’entre le quai des Chartrons et la place Saint-Michel, pour être élu, il faut mettre le vin au cœur de ses priorités. Ses concurrents, comme l’économiste sans étiquette Philippe Dessertine, se sont approprié la formule. Mais c’est bien la seule chose que partagent les deux hommes.
En effet, ce candidat inattendu, professeur à la Sorbonne et directeur de l’Institut de la Haute Finance, crédité de 12 % des intentions de vote, se présente comme un anti-Hurmic. Lors de la conférence de presse qu’il donnait le 3 février dernier pour présenter son programme, il s’en prenait au bilan du sortant : « Nous devons pouvoir circuler dans Bordeaux de jour comme de nuit », ou encore : « Bordeaux doit se réconcilier avec l’automobile » et, au cas où le message ne serait pas assez clair : « En matière de sécurité nous voulons la tolérance zéro »…
Un élu écolo pris en tenaille
Pierre Hurmic est en effet critiqué pour avoir baissé l’intensité de l’éclairage public la nuit, pour avoir chassé les voitures de la ville et pour n’avoir pas su gérer la montée de l’insécurité sur les bords de Garonne. L’autre opposant au maire, le macroniste Thomas Cazenave, émet les mêmes critiques. C’est pourquoi il promet d’augmenter le nombre de policiers et la vidéoprotection, de rétablir l’éclairage toute la nuit et de le moderniser en LED, de prolonger l’offre de transports en commun jusqu’à 2 h 30 les jeudis, vendredis et samedis et d’améliorer la propreté. En revanche, lui n’envisage pas de réintroduire la voiture dans le centre-ville.
Pierre Hurmic, élu dans le sillage de la vague verte post-Covid, est donc pris en tenaille entre deux candidats de droite aux stratégies bien différentes. Mais lui assume son bilan. L’édile écologiste a choisi de favoriser les mobilités douces pour une « ville plus apaisée », selon ses termes.
Depuis 2019, la pratique du vélo a ainsi augmenté d’environ 50 % dans la métropole, et le secteur piéton du centre-ville est passé de 172 hectares à 259. Près de 90 % des rues sont désormais limitées à 30 km/h. « Nous avons mis en place une politique volontariste qui nous a permis de baisser la pollution de l’air de 35 % », assume-t-il. Mais l’écologiste veut aussi incarner le progrès, la croissance… Le 7 janvier dernier, lors de ses vœux au Medef, il a donc annoncé la création d’un supercalculateur IA dans la capitale girondine, rappelant combien « la souveraineté numérique est devenue un enjeu crucial ». Ce projet à 3 milliards d’euros ambitionne d’implanter, à partir de fin 2030, 5 data centers de 50 mégawatts chacun. « C’est au moins une demi-tranche de nucléaire pour le faire fonctionner. Dire que le maire de Bordeaux veut l’autonomie énergétique… », ironise Thomas Cazenave.
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Opposants divisés
Mais la réélection du maire sortant dépend moins de son programme que de ses concurrents. En effet, Philippe Dessertine a maintes fois répété sa volonté de se maintenir au second tour s’il fait plus de 10 %. Il priverait ainsi Thomas Cazenave d’un important réservoir de voix.
Or selon un sondage de novembre, une liste d’union Renaissance, Horizons, MoDem et LR atteindrait 26 %, derrière le maire sortant crédité de 32 %. D’où l’avertissement des équipes de Cazenave : « Voter Dessertine, c’est voter Hurmic », un message qu’elles tentent de faire passer chez les électeurs. Elles ne désespèrent pas pour autant de convaincre le trublion de se désister. Des discussions ont lieu, nous assure-t-on. Mais pour l’instant, elles se résument à un dialogue de sourds.
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À Bordeaux plus qu’ailleurs, l’entre-deux-tours sera déterminant. La candidate RN pourrait elle aussi se maintenir, tout comme le candidat LFI. Ce dernier, Nordine Raymond, est crédité de 15 % d’intentions de vote au premier tour et de 18 % au second. Or la stratégie Insoumise n’est pas au retrait, même face à un maire écologiste. Si la tendance se confirme, et si Philippe Dessertine se désistait, le maintien de LFI pourrait bien faire basculer la ville à droite. Un cas de figure qui pourrait se reproduire ailleurs.