«Les données sont devenues aussi stratégiques que l’énergie et l’eau, elles conditionnent le fonctionnement des services publics, des entreprises, de la recherche, etc. », estime Benjamin Delaux, fondateur et président de NFU (nouvelles fonctions urbaines) et d’Osae Partners, qui portent le projet BXIA de supercalculateur et de stockage de données liées à l’intelligence artificielle (IA), à Bordeaux.

Le projet, bien que très énergivore, bénéfice du soutien de la majorité municipale écologiste et fin janvier, la métropole a adopté le principe de la cession d’un parking de 20 hectares pour édifier cette infrastructure qui doit permettre d’atteindre progressivement une puissance électrique totale de 380 mégawatts (soit 10 % de celle de la centrale nucléaire voisine du Blayais). Elle représente 3 milliards d’euros d’investissements d’ici 2040.

Le projet comprend aussi un « supercalculateur », au sens où il prévoit « une mise à disposition de conditions pour des puissances de calculs (pour la recherche, de la banque, de l’aéronautique, etc.), ajoute Benjamin Delaux. Cela reviendra à une colocation de besoins de supercalculs d’entreprises souveraines. »

92 % des données stockées hors Europe

« Le but c’est de doter la France et l’Europe d’une capacité souveraine à développer et exploiter l’IA, en réduisant la dépendance étrangère, explicite-t-il. C’est l’idée qui préside à tout dans ce projet. » Il rappelle qu’actuellement 92 % des données sont stockées hors de l’Europe et que la France ne détient que 13 % des infrastructures européennes de stockage de données.

« On est à un moment clé pour remettre la main dessus, insiste le fondateur de NFU. Et la France se doit d’être pionnière en matière d’exemplarité environnementale. » Pour y parvenir, la renaturation d’une partie du foncier, le refroidissement avec de l’eau en circuit fermé, l’injection dans des réseaux de chaleur environnants de la chaleur « fatale » générée par les serveurs font partie de ses engagements.

La géopolitique actuelle plaide en faveur du projet

De nombreuses entreprises, dont les noms doivent rester confidentiels à ce stade, se montrent déjà intéressées et le sujet de la souveraineté sur les données ne fait que monter en puissance. « Compte tenu de la géopolitique actuelle, toutes les grandes sociétés européennes se posent ces questions et prennent la problématique de la souveraineté à bras-le-corps », assure-t-il.

L’infrastructure doit pouvoir permettre de développer un écosystème où chaque entreprise (les grandes mais aussi les entreprises locales, les start-up, les indépendants, etc.) protège ses données, son savoir-faire. « L’industriel qui a, par exemple, un brevet sur un boulon anti-dévissage pour fixer les réacteurs sur les ailes d’avion, fait de la recherche et utilise l’IA, et ne veut pas que ses données soient en danger », illustre Benjamin Delaux. Ses sociétés ont vocation à offrir une infrastructure au projet mais elles ne seront pas en charge de la cybersécurité, confiées dans un second temps à des opérateurs.

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Le premier bâtiment, livré à partir de 2028, sera lié au raccordement du site en électricité (grâce au câble Amitié) pour un coût évalué entre 150 et 200 millions d’euros. En ce moment, une phase d’amorçage se poursuit avec la sécurisation des autorisations administratives et du raccordement RTE. De nombreuses études doivent encore avoir lieu, notamment sur le volet environnemental. Environ 180 personnes travaillent déjà sur ce projet d’ampleur.