La statue de Jacques Fouroux, inaugurée à Auch, est née dans l’atelier de la sculptrice Christine Alias, à Lupiac. Avec l’artiste Yves Duffour, elle a travaillé quatre mois pour donner corps et regard au mythique “Petit caporal”.

C’est dans l’atelier de Christine Alias, à Lupiac, entre bustes en terre et silhouettes en devenir, que Jacques Fouroux a repris forme. La sculptrice modeleuse, dont le portrait est le sujet de prédilection, est à l’origine — avec l’artiste Yves Duffour — de la statue en bronze du légendaire rugbyman, dévoilée à Auch le 20 décembre dernier rue Dessoles et inaugurée au printemps prochain.

Si Christine Alias raconte aujourd’hui l’aventure, elle insiste d’emblée : « C’est un travail que nous avons fait à deux du début à la fin. »

À l’origine, un regard de rugbyman

Le point de départ, c’est Yves Duffour. Ancien joueur de rugby, il entend parler du projet porté par le fonds de dotation Les Gascons d’Honneur : la création d’une statue en hommage à Jacques Fouroux.

« Yves m’en a parlé, se souvient Christine Alias. Il avait cette sensibilité de joueur, cette connaissance du geste. Moi, j’ai tout de suite été emballée. On a décidé de postuler ensemble. »

Le duo présente alors un dossier complet : un portrait, trois maquettes et plusieurs dessins. Face à eux, la famille de Jacques Fouroux, associée au choix final.

« Ils ont aimé notre façon de parler de lui, de le comprendre au-delà de l’image sportive. »

Une vision commune, un cahier des charges précis

Le projet est retenu. Mais un cadre est fixé : « La posture a été choisie de façon collégiale par le fond de dotation et la famille. La main sur le cœur était voulue par la famille. Et le ballon sur la hanche, parce qu’il se tenait souvent comme ça. »

Il s’agissait aussi de représenter davantage l’entraîneur et le meneur d’hommes que le simple joueur.

Commence alors un véritable travail d’enquête. « Nous avons visionné des vidéos, collecté des photos. Yves avait un regard très juste sur l’attitude, l’équilibre du corps, la manière dont un rugbyman occupe l’espace. »

C’est lui qui réalise d’abord un dessin fondateur puis les deux artistes  réalisent ensemble la première maquette. « À partir de là, nous avons construit une structure métallique à l’échelle 1 », explique la sculptrice.

Le dialogue entre le corps et le visage

Autour de cette armature, la terre vient peu à peu donner naissance à la statue.

« J’ai réalisé le portrait, qui est au coeur de ma pratique : voir combien le visage est une fenêtre sur l’âme me passionne.» Mais très vite, le travail devient indissociable. « On a tout repris ensemble, sans cesse. Le corps, les mains, l’attitude générale. C’était un vrai dialogue entre nous. »

Quatre mois de travail, près de 200 kilos de terre modelés. « Yves a été très présent sur la dynamique générale, la posture, l’énergie. Moi, j’étais peut-être plus concentrée sur l’expression, mais tout s’est fait à quatre mains. »

La sculpture achevée fin août, elle est envoyée chez le fondeur Ilhat, à Ramonville, où le moule est réalisé avant la fonte du bronze.

Une aventure humaine autant qu’artistique

« Je suis très honorée d’avoir été choisie avec Yves », insiste Christine Alias. « Travailler à deux sur un projet de cette ampleur, c’est une expérience extraordinaire. »

Les artistes découvrent aussi l’homme derrière la légende. « Jacques Fouroux était une figure haute en couleur, avec un charisme très gascon. »

La famille joue un rôle clé. « Ils sont venus plusieurs fois à l’atelier, toujours avec une grande bienveillance. Leur regard comptait énormément pour nous. »

Une statue à hauteur d’homme

Aujourd’hui, le “Petit caporal” se tient debout dans le centre-ville d’Auch, à taille humaine, sans socle. Crampons aux pieds, maillot frappé de l’écusson de la Fédération française de rugby, main droite sur le cœur, ballon sous le bras, léger sourire : plus qu’un monument, une présence.

« Le but, c’était ça, résume Christine Alias. Que les gens sentent l’homme, pas seulement la légende. J’apprécie cette proximité avec les gens qui s’arrêtent et se prennent en photo en lui tenant  le bras ! « 

À travers cette œuvre née d’un regard croisé — celui d’une portraitiste de la terre et d’un artiste marqué par la culture du rugby — Jacques Fouroux retrouve une place vivante dans sa ville, à hauteur d’homme, comme s’il n’avait jamais quitté le terrain.