Les toits ne sont presque plus qu’un souvenir tant ils ont été endommagés par les intempéries, les murs sont grignotés jusqu’aux briques et les fenêtres, brisées pour la plupart. La flamboyante ferronnerie Piana, d’où sont sortis le kiosque à musique des Réformés (4e) et le portail de l’Hôtel-Dieu (1er), a perdu tout son lustre d’antan : des ouvriers y ont travaillé jusque dans les années 1960 avant que le site soit progressivement vidé. À l’angle des rues Tobelem, d’Endoume et de la petite rue Pascal, cet ancien îlot industriel – avec quatre hangars et deux maisons de ville – n’est plus qu’un trou de 2 300 m² en plein cœur d’Endoume (7e). Le collectif local Cas7e réclame des explications aux collectivités, tenues pour responsables de l’abandon et la décrépitude des lieux, aux entrées emmurées.
Il y a sept ans, en 2019, c’est la Métropole qui a préempté le site et en 2021, la Ville plaçait les lieux en arrêté de péril, les façades étant trop instables. L’arrêté a été renouvelé début février après une nouvelle visite d’un architecte de la Ville.
1 600 réponses à un questionnaire, et puis plus rien
Les tentatives pour ressusciter cet immense immeuble ont échoué malgré son potentiel dans un secteur dense où les nouvelles constructions sont rares. « Nous n’avons pas le choix que de voir se dégrader irrémédiablement cet édifice alors qu’il aurait pu être sauvé à temps, c’est du gâchis. Pourtant, nous demandons depuis des années que la ferronnerie soit transformée en logement, notamment sociaux, pour les habitants du 7e arrondissement, et en parking pour tous les riverains », liste, en colère, Sandrine Touyon, la présidente de Cas7e.
En 2021, l’espoir d’un vent nouveau avait soufflé l’espace de quelques mois, grâce à l’initiative du collectif Miraa, épaulé par Yes we camp pour espérer faire de ce patrimoine industriel un « tiers lieu hybride ».
Plus de 1 600 personnes avaient répondu à un questionnaire en ligne : « on voulait y faire des bureaux, une salle de spectacle, un restaurant, un espace pour les associations, les besoins et les envies des gens du quartier étaient riches et nombreuses », retrace Kelly Merran, à l’origine du collectif Miraa. Lassée d’être « ballottée entre les services de la Ville et la Métropole », elle renonce deux ans plus tard.
Une nouvelle concertation après les élections ?
La Ville se dit « ouverte à l’étude de différentes pistes » et « regrette que la Métropole n’ait engagé aucune initiative » sur le devenir de la ferronnerie. La Métropole revendique des travaux de sécurisation des bâtiments pour « limiter les risques liés à leur état de dégradation » et s’engage : « après les élections, une concertation sera lancée auprès des habitants et des CIQ pour définir le projet qui sera initié afin d’améliorer la vie des habitants ».